JO MÉMOIRES
avec une morne tristesse le supplice de Danton et de Camille Desmoulins. Quelle possibilité , en effet, de prendre pour des aristocrates l'éloquent apôtre de la république , et le jeune et bouillant patriote qui avait , suivant sa propre expression, improvisé l'insurrection et la cocarde nationale dans la soirée du ii juillet!... En voyant de tels hommes condamnés comme royalistes on dut comprendre que nous étions travaillés par des factions intestines qui s'éloignaient à l'envi des véritables intérêts de la patrie. Chaque citoyen se demandait quand on verrait la fin des condamnations révolutionnaires ; une sorte de stupeur régna dans Paris, et de ce jour-là seulement, tout le monde sentit que trop de sang avait coulé. Le sentiment de malaise et de dégoût qui depuis long-temps travaillait la Convention commençait k se répandre dans tous les rangs du peuple. De toutes parts on se demandait où nous allions, et comment nous pourrions sortir d'une crise que tout le monde avait concouru à faire naître , mais que personne n'était assez fort pour terminer. Chacun commençait à trembler pour sa propre vie. Des têtes avaient été abattues dans tous les partis; ainsi, aucun citoyen ne pouvait se croire à l'abri de vengeances sans règle et dont l'action paraissait en quelque sorte confiée au seul hasard. La position de la Convention et du comité de salut public en devenait d'autant plus pénible* Jusques alors, au moins, la voix publique avait dicté nos décrets et sanctionné la
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terrible énergie du comité ; il en était résulté pour le gouvernecnent révolutionnaire une force immense : mais une fois l'élan général attiédi , une fois toutes les exaltations remplacées par Tégoïsme de la peur, la révolution perdit la vigueur de la jeunesse. Le comité de salut public dut com-. prendre que son véritable pouvoir était désormais sans base ; notre seul travail dut être de mouvoir un corps devenu inerte, et qui , une fois la fièvre révolutionnaire passée, n'était déjà plus qu'un cadavre.
lifais là n'étaient pas les seuls éléments de mort de cette étonnante puissance qui avait bouleversé le monde : elle n'était déjà plus que Fombre d'ellemême. Affaiblie par ses dissensions , la Montagne n'avait plus une majorité bien forte dans le sein' de la Convention , et encore cette majorité étaitelle fractionnée en un grand nombre d'opinions qui toutes avaient à pleurer des victimes; de toutes ces fractions à peine en était-il une qu'oiH pût désigner comme le parti du comité de salut public. Le gouvernement révolutionnaire ne se soutenait donc plus que par les divisions de ses ennemis ; il n^étaît fort qu'à cause des haines qui séparaient sans retour les amis de Danton des anciens partisans d^ébert, et la Montagne des débris de la Gironde, mais il ne pouvait compter sur aucune force intrinsèque , sur aucune opinion qui fût à lui.
La raideur et le fanatisme de Saint-Just lui