SUR LE DEVANT
AUTRE GANDIN. Voilà qu'ou va fermer les portes, -r Estelle longue à se déshabiller! — Tout le monde est déjà parti ! — Dieu ! que c'est ennuyeux d'avoir des actrices pour maîtresses. — Les sergents de ville me regardent en riant, je suis sûr que j'ai l'air d'un gandin qui attend sa bonne amie... (u s'éloigne un peu.) Il est une heure, le temps de nous en retourner, de souper; je ne serai pas couché avant quatre heures, et il faut que je sois à la Bourse à dix heures... Que c'est ennuyeux' cristi I
Transportons le lecteur dans la loge de ractrice à impatiemment attendue.
l\ctRICK, à un jeune homme qui Taide & se rhabiller. Crois-tu qu'elle est drôle celle-là : on m'attend de chaque côté du théâtre, par devant et par derrière; comment faire pour m'en aller avec toi?
Le jeune homme, qui n*est autre qu'un acteur de la maison. — C'est difficile, à moins de s'envoler par la fenêtre... Je veux cependant t'accompagner.
l'actrice. Et moi aussi, — c'est épineux...
Lz JEUNE HOMME. Ce que c'est que d'avoir deux amants à la fois!
L aci'rice. Oui, c'est là le côté désagréable.
LE jeune homme. Si j'étais jaloux cependân^'
l'actrice. Ne dis donc pas de bêtises !
le jeune homme. Il est une heure et demie, faut trouver un moyen de s'en aller, nous ne pouvons rester ici toute la nuit, — si en bais-
saut ton voile et en marchant Irès-TÎte, tu tâchais de l'éviter. . .
l'actrice. Ce n'est pas possible, il me reconnaîtrait à ma robe, c'est lui qui me l'a achetée.
LE JEUNE HOMME. Et par dovaut ?
l'actrice, a mon chapeau, il me vient de lui.
LE JEUNE HOMME. Comment faire?
l'actrice. En voilà une situation de vaudeville ! Si Cho^e était là, il en ferait une pièce.
LB JEUNE homme. As-tu uuc idée ?
l'actrice. Oui, il m'en pousse une !...
Elle se dëshabUle vivement et endosse un costume de titi avec lequel elle vient de jouer.
LE JEUNE HOMME . Parfait! charmant! en homme ils ne te reconnaîtront pas. Veux-tu mon cache-nez?
l'artiste. Oui, donne... Là... s'ils me reconnaissent, il faudra qu'Usaient de bons lor-
gnons. Descends devant; cherche une voiture et attends-moi au coin du faubourg.
LE JEUNE HOHiiE. Tu y Viendras?
l'actbice. Je te le jure. Je filerai entre leurs jambes.
LE JEUNE HOMME. Bravo ! Tieus, tu es une femme forte, toi 1
l'actbige. — Merci.
Le jeune homme descend et passe fièremeni devant les gandins en faction.
(a lui-même.) Posez» mes enfants» vous poserez longtemps. Voilà ime soirée qu'il faudra passer au chapitre des profits et pertes.
DEUXIÈME GANDIN. Doux hcurcs moiiis le quart ! crois-tu qu'elle y met le temps! Elle ne sortira jamais...
PREMIER GANDIN. Tu ne vcux pas me croire:
elle est passée par devant. Je suis sûr qu'elle nous cherdie siu^le boulevard.
DEUXIÈME GANDIN. Gc doit être fermé sur le devant.
PREMIER GANDIN. Voilà qu'on ouvrc la porte.
C'est elle. Non, c'çst un homme.
L'actrice, costumée en gamin, la figure enfoncée dans le cache-nez, sort, passe devant eux , bouscule celai qui est devant elle et s'éloigne tranquillement, sans avoir été reconnue.
DEUXIÈME dANDIN, qui la regarde s'en aller. C'est un employé du théâtre. Bon, voilà qu'on éteint tout; allons, elle est partie.
PREMIER GANDIN. ^Viens-nous-en... tu la verras demain.
DEUXIÈME GANDIN. Attsudons eucore deux minutes. Tiens, comptons jusqu'à cent ; à cent nous partirons.
PREMIER GANDIN. Je veux bien... mais ne comptons pas plus de cent. . . ne fais pas comme l'autre fois où tu as compté quatre ou cinq mille.
DEUXIÈME GANDIN. Nou, ceut, juste... vas-y... une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit...