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râlement superficielles, souvent incomplètes ou fausses, quelquefois même contradictoires, il est juste de reconnaître qu’on y rencontre fréquemment des rapprochemens ingénieux , des observations fines 5 que le style, toujours élégant et clair, a souvent de la chaleur et quelquefois de l’énergie. Malheureusement , ces qualités sont ternies par l’esprit d’injustice et
de dénigrement qui perce à chaque page.
Rivarol travailla aussi avec Peltier aux Actes des Apôtres , recueil politique , dirigé contre l’Assemblée constituante, et dans lequel régnait habituellement le ton du persiflage. Il y avait peu de succès, et, nous ajouterons , peu d’honneur à espérer d’une entreprise de ce genre. Rivarol y dépensa, sans fruit et sans gloire , beaucoup d’esprit et de gaieté qu’il lui eût été facile de mieux employer.
* On prétendit que Rivarol était payé par la cour pour écrire contre la révolution : quelques dépenses qu’on lui vit faire à cette époque , et qu’on trouva excessives pour l’état de sa fortune , donnèrent naissance à cette supposition qui ne paraît pas suffisamment motivée.
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Quoiqu’il en soit , Rivarol essaya de sortir de France en 1790. Reconnu dans sa fuite, il fut arrêté par la garde nationale. Lui-même a fait , dans une lettre fort gaie , le récit de son arrestation. Une seconde tentative, en 1792, lui réussit mieux : il parvint à gagner l’étranger, et se* retira à Londres.
Ce fut là que Rivarol apprit la sortie de France - et l’arrestation de M. de La Fayette, il partageait , à l’égard de ce général , les sentimensde liaine que les adversaires de la révolution avaient voués à l’homme qui s’en était montré le plus constant défenseur. L’infortune du général aurait dû les désarmer ou du moins leur imposer silence : elle ne fit que stimuler les ressentimeus de Rivarol , qui saisit ce momçnt pour publier, sous le
titre de Vie politique de M. de La F '. ,
un libelle où les droits de la vérité ne sont pas moins outragés que les droits du malheur.
Nous voudrions pouvoir effacer de la vie de Rivarol cette page avilissante : il est pénible de voir un homme de talent descendre à ces indignités.
Il fallait subsister sur la terre étrangère.
Rivarol avait, dans son talent , une ressource
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assurée, s’il eût voulu l’employer; mais sa paresse naturelle ne lui permit d’en faire que peu d’usage. Cependant, s’étant fixé à Hambourg , il prit des arrangemens avec un li r braire pour la composition d’un nouveau Dictionnaire de la langue française. Le libraire lui payait pour cet ouvrage mille francs par mois (i) ; cependant l’ouvrage avançait peu ; déjà le terme fixé pour son achèvement était arrivé , sans qu’un seul article fût encore terminé. Alors , s’il faut en croire un des biographes de Rivarol, le libraire prit un parti singulier pour presser son travail : « Il l’attire » chezlui , l’y loge , l’y enferme , met des senti- » nelles à sa porte , la défend aux écouteurs, » dont Rivarol aimait à s’entourer ; en un mot,
» il le force d’écrire Voilà comment
» Rivarol accoucha , au bout de trois mois , » de la première partie de son discours préli— » mina ire. »
Cette anecdote , que nous sommes loin de garantir , expliquerait le peu de maturité qu’on
■ (i) On a dit , à l'honneur de Rivarol , que sur cette somme il entretenait plusieurs de ses compatriotes réfugiés , qui travaillaient et vivaient avec lui. « Ils croient m’être fort utiles, » disait-il quelquefois , et je le leur laisse croire. »
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remarque dans le plan de ce discours , dans lequel toutefois la critique est forcée de reconnaître un talent distingué. Chénier nous paraît l’avoir jugé trop sévèrement dans son Tableau de la Littérature française. « En vou- » lant traiter de la nature du langage en géné- » ral } Rivarol , dit-il, parcourt, ou plutôt » mêle ensemble toutes les questions qu’em- » brasse l’analyse de l’entendement. Il 6’en » faut beaucoup qu’il y répande des lumières
» nouvelles Condillac est précis ,
» clair et profond ; Rivarol est verbeux , ob- » scur et superficiel. Du reste , il écrit avec » agrément. Si l’on trouve souvent de la re- * » cherche dans son style , on y trouve aussi » le mouvement , le ton et la chaleur d’une » conversation animée j mais quand il déj) veloppe avec une longueur pénible la série » des sensations , des idées et du langage , on j) sent un homme d’esprit qui , par malheur , Irveut enseigner ce qu’il aurait besoin d’ap- » prendre. » .
Nous oserons ne pas être tout-à-fait de l’avis de Chénier, qui , juste envers le style de R'ivarol , nous semble manquer un peu de justice à d’autres égards. Sans doute, la doctrine de cet -
NOTICE SUR RIVAROL
écrivain ne peut entrer en parallèle, avec celle de Condillac , dont il n’a ni la profondeur, ni la raison toujours sûre. Mais la manière dont il expose ses idées n’est, ce nous semble , ni verbeuse ni obscure : ses vues ont généralement de la finesse , quelquefois de la nouveauté ; et si toutes ne soutiennent pas également l’examen, peut-être serait-ce le cas d’appliquer à Rivarol ce mot d’un de nos plus spirituels académiciens ( i ) à l’égard de Marmontel : Ses erreurs font penser.
Ce morceau parut imprimé à Hambourg en 17 9 7. Les attaquas que l’auteur y avait mêlées contre les principes et les hommes de la révolution, le firent prohiberen France par le Directoire. Quant à l’ouvrage auquel il devait servir d’introduction, l’entreprise n’alla pas plus loin. Le libraire se lassa de faire des avances pour un travail dont il était impossible de prévoir le terme. Sur ces entrefaites, Rivarol qui Hambourg , où son humeur caustique avait indisposé les esprits (2). Il vint à Berlin; il y
(1) M. "Villemain ; Discours sur les avantages et les inconvé— niens de la critique littéraire.
(a)C’cstà Hambourg que Rivarol, voyant, dans un souper, les convives embarrassas pour comprendre un trait qui venait de lui échapper, dit, en se tournant vers un Français placé à côté
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fut accueilli avec bienveillance par le roi et par le prince Henri ; il y contracta des liaisons d’amitié avec une princesse russe.
Malgré l’agrément et la considération que ces relations nouvelles lui promettaient à la cour de Prusse , Rivarol ne cessait de regretter la France. La vraie terre promise , écrivait-il à un ami , est encore la terre ou vous êtes. Je la vois de loin , je désire y revenir , et je riy rentrerai jamais. Un émigré d’un grand nom lui demandant pourquoi il n’avait pas engagé son frère à venir le joindre, nMon- » sieur , répondit Rivarol , j’ai laissé derrière • » moi un patron pour tâcher de me faire sor- » tir de l’enfer. » Il fit , en effet , auprès du Directoire, pour obtenir sa rentrée, plusieurs tentatives infructueuses. Le 18 brumaire ranima ses espérances 5 elles allaient , dit- on ,
de lui : V oyez-vous ces Allemands ? ils se cotisent pour entendre un bon mot.
Rivarol rencontra , dans la même ville, l’auteur des Jardins , qu'il avait critiqué avec si peu d’indulgence. La communauté de fortune rapprocha les deux exilés ; ils se réconcilièrent , et Delille , parmi plusieurs choses obligeantes , fit à Rivarol l’application de ce vers de Rome sauver :
Je t’aime, je l’avoue , et je ne te crains pas.
Un Allemand, présent à cette entrevue, s’écria naïvement : Pour moi , je retourne le vers.
XIV NOTICE SUR RIVAROL
se réaliser, lorsqu’il fut atteint , à Berlin , d’une maladie mortelle. II expira le u avril 1801, à l’âge de quarante-sept ans , après six jours de maladie. Le procès-verbal des médecins porte qu’il est mort d’apoplexie. On lit , à l’instant même, son buste, qui fut porté à l’Académie de Berlin. Quelques biographes ont dénaturé le récit de sa mort par des fables que sa veuve a démenties.
Rivarol avait épousé , à l’âge de vingt-sept ou vingt-huit ans , Louise Materflint , fille d’un maître de langues , auteur elle-même de quelques écrits. Il a laissé un fils, âgé de douze ans à là mort de son père , et qui , depuis , est « entré au service de Danemarck.
Il avait un frère , homme de mérite , dont on connaît quelques ouvrages, et qui , en 1 790, fit recevoir au Théâtre-Français une Tragédie, Guillaume le Conquérant. Rivarol disait de ce frère : Il serait V homme d’esprit d’une aut refamille , et c'est le sot de la notre (1).
Outre les ouvrages dont nous avons parlé,
(1) Ce mot a du rapport avec celui du vicomte de Mirabeau, frère du célèbre orateur : Dans une autre famille. , je passerais pour un homme d'esprit et pour un mauvais sujet ;-dans la nôtre, je passe pour un sot et pour un homme range', v
NOTICE SUR RIVAROL
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et quelques autres moins importans , Rivarol avait entrepris un Traité qu’il devait intituler Théorie du corps politique. Ceux qui en ont entendu des fragmens en parlent avec beaucoup d’éloge. I la aussi laissé, dit-on, un nouvel ouvrage satirique , achevé , mais qui n’a point encore vu le jour.
Dans tout ce que nous connaissons de Rivarol , il n’y a point d’ouvrage assez considérable pour fonder une haute renommée littéraire. Ses facultés étaient brillantes, mais elles restèrent souvent oisives ou se consumèrent
en travaux de peu d’intérét. La paresse , la dissipation , les succès de société , le goût de la satire et du persiflage , ne lui permirent point d’entreprendre ou de terminer des compositions vastes et sérieuses. Cependant il n’est aucun de ses écrits qui ne se fasse lire avec plaisir : on y trouve de la linesse , du trait, de l’élégance, souvent du mordant et de la verve ; de temps en temps de la recherche et de l’affectation , mais toujours de l’agrément et de la clarté. Si nous suivons Rivarol dans la société, nous verrons en lui un homme de beaucoup 11 d’esprit, brillant dans la conversation , riche en traits piquans, en saillies épigrammatiques.
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