‹ Mémoires de Robert-S.-M. Bouchette, 1805-1840Chapitre 4 sur 26 · MA FAMILLE — MES DÉBUTS · texte numérisé non relu

MA FAMILLE — MES DÉBUTS

Mon grand-père, Jean-Baptiste Bouchette, commandait l'escadre sur les grands lacs ou les mers intérieures du Canada. Officier consciencieux et intrépide, le seul Canadien, depuis Iberville, qui ait commandé en chef une flotte de guerre, l'histoire et les romans historiques nous ont conservé le souvenir de quelques-uns de ses exploits. (L) Iï mourut avant ma naissance.

Mon père est bien connu pour ses travaux géographiques, scientifiques et littéraires. On a publié sur lui, depuis sa mort, de nombreuses notices biographiques. (2) Il était d'un caractère chevaleresque et l'honneur incarné.

(1) a. Voyages du duc de LaRochefoucault-Liancour en Amérique, 1787.

b. Les Bastonnais, J. Lespérance.

c. La note suivante adressée par S. A. R. le duc de Kent au commodore Bouchette fera voir quel cas on faisait de ses services.

" Kensington Palace, March 9th, 1802.

" Captain Dodd, Military Secretary and Aide-de-Camp to the Duke of Kent, is commanded by His Royal Highness to inform Captain Bouchette that conceiving it might be an object of great convenience to him to retire from his présent laborious situation, provided he could be permitted to retain his whole pay, as his retreat ; the Duke has taken an opportunity of sounding the Lords of the Treasury upon the subject, and has reason from their answers to think that if a Mémorial were presented from Captain Bouchette, stating his long and faithful services and advanced âge, and praying leave to retire upon his full pay, it would be attended with success.

" His Royal Highness has therefore instructed Captain Dodd to make the circumstance known to Captain Bouchette and to acquaint him that if he feels disposed to solicit his retreat on thèse terms and to memorialize the Lords of the Treasury to that effect, it will only be necessary for him to transmit his Mémorial to His Royal Highness, under cover to the Secretary at War, and he may dépend upon its being presented with every recommendation and meeting with every support which the Duke can give it.

" Captain Bouchette,

" Commanding His Majesty's armed vessels on Lake Ontario, " Kingston, U. Canada."

(2) Portraits de Canadiens célèbres, W. Notman, partie VIII. — Notice biographique écrite par Fennings Taylor, Lovell, Montréal, 1865.

Voir aussi Bibliotheca Canadensis et autres compilations de M. Henry J. Morgan.

Quoique très occupé par ses travaux, il n'avait pas les impatiences des hommes absorbés; il se montrait toujours, au contraire, doux et charitable dans sa vie de tous les jours.

Ma mère bien-aimée était la seconde des quatre filles de Charles Chaboillez, un des associés de la fameuse compagnie du Nord-Ouest. L'aînée, Marguerite, épousa Simon McTavish, le chef de cette même compagnie; la seconde, Marie-Louise-Adélaïde, mon père; la troisième, Rachel, l'honorable Roderick MacKenzie, seigneur de Terrebonne et membre du Conseil Législatif du Bas-Canada; la quatrième, Charlotte, entra dans la vie religieuse et imourut au couvent de l'Hôtel-Dieu, à Montréal.

Ma mère avait lu beaucoup et bien, tant en anglais qu'en français. Ses lettres étaient des modèles du style épistolaire familier. Elle chantait avec beaucoup d'expression et d'une riche voix de mezzo-soprano. Petite plutôt que grande, sa taille était d'une symétrie parfaite. Ses cheveux noirs et abondants étaient toujours très soignés, ses yeux noirs et expressifs, frangés de longs cils sous des sourcils bien marqués, éclairaient un visage intelligent, aux traits très fins et au teint clair et délicat. Telle était ma mère, et je parle d'elle le cceur débordant d'amour et de reconnaissance à la pensée de sa tendresse et de son dévouement sans bornes pour ses enfants. Elle est morte à Montréal, à l'âge de 67 ans, en 1848. Ses cendres vénérées reposent à côté de celles de mon père dans l'église Notre-Dame, à Montréal. Leurs enfants ont érigé à leur mémoire un monument dans le cimetière de la Côte-des-Neiges.

Je suis né jeudi, le douze mars, 1805, dans la maison qui forme l'angle occidental des rues St-Louis et du Parloir, à Québec. Mon père occupait alors la charge d'arpenteurgénéral du Bas-Canada. Il jouissait de la confiance officielle et de l'amitié personnelle du lieutenant-gouverneur, sir Robert-Shore Milnes; c'est probablement à cette cir-

constance que je dois d'avoir eu celui-ci pour parrain et de porter son nom. Je fis mes études sous la direction du révérend docteur Wilkie, un lettré et un excellent professeur. Avant seize ans j'avais commencé l'étude du droit en qualité de clerc dans le bureau de M. Andrew Stuart, un ami de mon père et un des hommes les plus remarquables du barreau canadien. Mes cinq années de cléricature sous un directeur aussi éclairé, ne furent pas perdues. Outre le droit, auquel je m'appliquai avec ardeur, j'étudiai l'histoire, les lettres et les mathématiques; cette dernière étude surtout était pour moi une récréation. Je cultivai aussi l'italien; avant la fin de ma cléricature, je pouvais lire dans le texte Consolato del mare. Mon patron, M. Stuart, ainsi que son associé, M. Henry Black, plus tard juge de la cour de vice-amirauté du Canada, un homme supérieur aussi, s'occupaient surtout du droit maritime. Je partageais leur goût pour cette branche du droit; aussi est-ce devant la cour de vice-amirauté que j'ai peut-être plaidé le plus souvent. Je fus admis à la pratique du droit le 15 mars 1826. J'avais vingt et un ans.

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