III. — LA DEBACLE
Durant les premières semaines qui suivirent l'abdication du Tsar, aucun changement ne parut se faire sur le front, sinon que la joie éclatait sur bien des visages. Les soldats se sentaient heureux, parce qu'ils croyaient voir dans cette nouvelle la fin du cauchemar de la guerre et le prompt retour au village. Les officiers étaient satisfaits, parce que les événements s'étaient passés avec calme et décence, et sans effusion de sang. Déjà, à cette époque, le front était fortement ébranlé, en ce sens que les permissionnaires et les déserteurs étaient si nombreux, qu'ils troublaient les moyens de transport et exerçaient sur les camarades restés à leur poste une très mauvaise influence par le moyen de la contagion de la nostalgie. En avril et en mai 1917, il ne semble pas que le désordre préexistant ait sensiblement augmenté.
Ce qui changea rapidement, ce fut l'attitude des soldats. Au bout de très peu de temps, en effet, des agitateurs arrivèrent de Pétrograd et d'ailleurs, surgirent, pour mieux dire, d'un peu partout, et se mirent à expliquer aux hommes qu'il fallait former des comités. Je souligne ce fait que, durant les premières semaines de la révolution, on ne vit guère d'officiers entrer en contact avec leurs soldats et leur expliquer la signification d'événements dont les échos, souvent incompréhensibles ou tronqués, leur parvenaient par les tranchées et les cantonnements. Les hommes furent donc livrés à euxmêmes pour élire des membres des divers comités. D'ailleurs, divers officiers y furent, dans cette période initiale, élus par les soldats. Chacune des unités et des fractions d'unité eut son comité : l'artillerie, l'aviation, l'intendance, le corps de santé, etc., se groupèrent amsi. Les comités inférieurs choi-
LA DEBACLE 429
sirent leurs délégués aux comités supérieurs (brigade, division, corps d'armée, etc.).
Les hommes manifestèrent de suite un vif intérêt pour cette vie politique qui se révélait à eux. Beaucoup d'entre nous découvrirent à ce moment une qualité inattendue du troupier russe : la facilité d'élocution. Ces hommes indolents et enfants, que leurs officiers dédaignaient,' se sont tout à coup révélés orateurs. Non pas qu'en général ils aient cul-» tivé les grandes phrases — cela resta le monopole des demisavants nourris de littérature révolutionnaire, - mais, sur une question donnée, on voyait les soldats les plus simples exposer leur opinion d'une manière en général assez nette, et avec une facilité qui surprenait. Les mots arrivaient sans accroc à leur place dans la phrase commencée. Quelques-uns même manifestaient un véritable talent oratoire.
Sans doute, un nombre considérable de soldats restèrent insensibles à ces parlotes et continuèrent à n'envisager qu'une solution, celle du retour immédiat au foyer. Mais, lorsque la question de la répartition de la terre commença à être agitée, ces hommes eux-mêmes prêtèrent une oreille attentive aux innombrables discours dont on les gratifiait. L'intérêt manifesté par la plupart des soldats pour l'institution des comités s'expliquait aisément. Ces hommes étaient, depuis plusieurs années, comme retranchés du monde : au cours de cette immense période d'ennui sans issue, rien d'intéressant n'était venu rompre la monotonie de leur existence, privée à la fois de plaisirs physiques, de délassements intellectuels et de nouvelles Mais voici qu'il venait de se produire un événement d'une formidable importance et qui les touchait d'intiniment près. Du jour au lendemain, eux, les soldats, qui, la veille encore ne comptaient pour rien en face d'un ofhcier ignorant et imberbe, étaient devenus le centre de l'armée, les électeurs de ces comités qui, maintenant, allaient contrôler les chefs. Comme d'un coup de baguette, ils étaient devenus les maîtres de l'heure. Des inconnus, qui parlaient fort bien, leur adressaient des appellations nouvelles : « Citoyens! Camarades! >, et leur parlaient de choses affriolantes, la Constitution, la Liberté, dont
430 MÉMOniES DE RUSSIE
ils ne comprenaient pas exactement le sens, mais qui n'en sonnaient pas moins doucement à leurs oreilles. Comme le Russe éprouve une joie intense à écouter des orateurs, ce furent, de tous côtés, des parlotes et des discours parmi la population militaire ravie, de ce nouveau joujou.
Petit à petit, un rudiment d'éducation politique se faisait parmi cette masse, et l'on vit les comités des unités supérieures s'aboucher avec les Etats-Majors du même échelon pour examiner avec eux toutes questions pouvant intéresser leurs mandants, c'est-à-dire, simplement, la totalité des questions militaires : comptabilité, ravitaillement, relèves, plans militaires, etc. Peu à peu, ce contact commencé devint si étroit que Comité et Etat-Major ne purent plus travailler l'un sans l'autre, de sorte qu'un rouage nouveau, et non des moins gênants, vint s'ajouter aux rouages de la bureaucratie militaire. Les membres des comités, bien qu'ils fussent pétris de bonne volonté, n'étaient le plus souvent préparés en rien à la tâche nouvelle de contrôle qu'ils venaient d'assumer. Aussi se donnaient-ils un mal énorme, contre-signant, d'ailleurs, presque toujours de confiance, certaines décisions importantes, mais s'accrochant parfois à d'insignifiants détails, sur lesquels ils exigeaient satisfaction. Un officier fut désigné, dans chaque État-Major, pour être en liaison constante avec les comités.
Certains comités ne se contentèrent pas d'un contrôle platonique. Bien que le ministre de la Guerre eût déjà fait des coupes sombres parmi les généraux, j'ai vu le comité de mon corps d'armée mettre à la porte, dans les formes les plus délicates et les plus choisies, le chef d'Etat-Major et le commandant du C. A., en leur exprimant la défiance qu'inspiraient aux soldats leurs capacités militaires. C'était extrêmement hardi : cette démarche produisit un effet moral extraordinaire. D'ailleurs, les deux généraux furent remplacés.
Les officiers ne savaient trop quelle attitude adopter. Les plus anciens hochaient la tête ; plus d'un chef de service, se rappelant tout à coup les négligences de son administration, et voyant se dresser devant lui des témoins insoupçonnés, mais bien informés, trembla. Les officiers plus jeunes se s
LA DÉRACLE 431
demandaient comment il fallait agir. Ceux d'entre eux qui, dès le début, avaient pris contact avec les soldats, et avaient même été élus par eux dans leurs comités, se virent traités avec défiance par leurs chefs, qui les accusaient de faire de la démagogie. D'autre part, il était clair pour tous qu'en affectant de se désintéresser des comités, on risquait de les laisser sans guides. Ce fut pourtant la -solution qui prévalut presque partout. 11 faut avouer d'ailleurs que la collaboration avec les soldats, même les mieux intentionnés, était loin d'être une sinécure et un agrément.
L'avis général qui prédominait parmi les officiers, c'était que la révolution avait éclaté trop tôt, et qu'elle apportait au travail purement militaire les plus sérieuses entraves. Néanmoins, un grand nombre conservaient plein espoir.
La publication de l'ordre du jour n" l du ministre de la Guerre sembla donner un caractère nouveau aux relations des hommes avec leurs officiers. Cet ordre du jour supprimait entre autres choses l'obligation du salut militaire. Il avait été attribué jésuitiquement au ministre par les deux mille énergumènes qui composaient le Conseil des ouvriers et soldats. En soi, c'était un ordre fâcheux. Mais les militaires russes en exagérèrent l'importance. On peut encore trouver en 1920 des officiers russes qui déclarent, de bonne foi, que cet ordre a commencé la dissolution de l'armée! Si l'on regarde les choses de plus haut, on comprend l'antagonisme des deux camps. Les officiers russes, qui ne daignaient pas souvent répondre au salut de leurs hommes, étaient, en revanche, très stricts envers ceux-ci, et les rabrouaient pour un salut omis. On comprend que ce salut ait semblé une inutile brimade à ceux qui étaient presque les seuls à en supporter la charge. Pour les officiers, n'ayant jamais eu avec leurs hommes d'autre contact que par les signes extérieurs du respect, il leur sembla que les hommes leur échappaient, maintenant qu'ils n'étaient plus obligés de porter la main à la visière de leur casquette en croisant leurs supérieurs. Au lieu de faire leur meaculpa, ils s'irritèrent... J'ai dit ailleurs que les soldats ont souvent continué à saluer les officiers qu'ils estimaient.
432 MÉMOIRES T)E TU'SSTE
Pendant ce temps, le ministre Kerenski prêchait avec véhémence la continuation de la guerre; les ofîensives qu'on avait, d'accord avec les alliés, décidé de déclencher au début de la saison, mais qui avaient vu leur préparation suspendue, furent de nouveau envisagées. La préparation en fut reprise, et, malgré les fréquents changements dans le haut personnel militaire,, elles furent engagées : celle du front sud-ouest au mois de juin, celle du front ouest au début de juillet. On en sait le résultat. L'ennemi fut partout écrasé, mais les troupes russes refluèrent sans raison vers l'arrière, menaçant d'ouvrir complètement le front qu'elles auraient pu, d'un élan, libérer du côté autrichien. Il faut dire que le ministre Kerenski avait eu précédemment la criminelle idée de faire supprimer la peine de mort, si bien qu'il n'y avait plus d'arme, ni même la moindre menace contre la lâcheté et la désertion.
Après ces offensives manquées, les rapports devinrent plus tendus entre les officiers et les soldats. Entre le mois de juillet 1917 et 1^ fin de l'année, ou du moins jusqu'au commencement de l'hiver, ils ne cessèrent d'empirer. C'est durant cette période que les soldats, peu à peu démoralisés par des agents révolutionnaires de bas étage, se rendirent coupables de l'assassinat de plusieurs officiers. Dans cerlams cas, ces assassinats avaient pour mobile la haine ou la rancune ; dans d'autres, ils ne correspondaient qu'à une excitation fortuite tôt regrettée. C'est ainsi que mon premier chef d'État-Major de corps d'armée, le général Ziborof, homme intelligent, mais peu maître de lui, fut déchiqueté par des soldats qu'il était allé haranguer comme commandant de division. C'est ainsi également que j'ai vu un commissaire révolutionnaire assassiné à quatre cents mètres de mon bureau, par des hommes qu'il était allé entretenir, et dont nul ne l'avait jamais vu et n'avait quoi que ce fût à lui reprocher. C'est ainsi, enfin, que l'auteur réel de l'ordre n" 1 , le révolutionnaire Sokolof, fut roué de coups dans un régiment où il était allé
LA DEBACLE 433
prendre la parole. Evidemment, la troupe était désorientée et déséquilibrée. Elle ne savait plus distinguer l'ami de l'ennemi, et se jetait, comme un troupeau de brutes, dans le sens que suggérait une voix quelconque partie de la foule : « Frappel Frappe! » Pourquoi frapper, nul ne le savait. On frappait cependant, et l'on tuait, et l'on dépouillait le cadavre. Et le lendemain, ces brutes déchaînées pleuraient...
11 est donc hors de doute qu'un certain nombre d'officiers furent victimes d'actes de vengeance, ou bien de voies de fait, pouvant aller jusqu'à l'assassinat, pour des causes purement fortuites et n'ayant avec le rôle politique aucune espèce de lien. Mais le nombre des ofliciers assassinés par leurs hommes ne paraît pas avoir été aussi considérable que l'ont dit des rapporteurs alîolés.
Le mécontentement ou la rancune des soldats ne s'exprimaient pas toujours par des voies de fait. Fréquemment, les hommes procédèrent à une révision des grades. Cette question m'intéressait et j'eus souvent l'occasion de m'en entretenir avec des ofliciers restés sur le front, et qui étaient, pour la plupart, des jeunes gens qui travaillaient pour moi au service du deuxième bureau; j'ai fait moi-même une tournée sur le front au début de 1918, à un moment oii les commandants de division, fort inquiets, hésitaient à me laisser dépasser leur quartier général. De tous les renseignements ainsi recueillis directement, et de ceux provenant d'autres armées, qui me sont parvenus de seconde main, j'ai retiré l'impression nette que les soldats, lorsqu'ils révisaient les grades, avaient surtout pour but de brimer de mauvais ofliciers : des ivrognes, des débauchés, des paresseux, des ignorants, des brutaux. Les ofliciers qu'ils estimaient — et ils ne se trompaient guère dans leurs appréciations — étaient réintégrés par eux dans leur grade primitif, ou bien même promus à un grade supérieur. Les autres, au contraire, furent ou rétrogrades, ce qui était souvent justice, ou bien remis dans le rang comme soldats de 2*^ classe, et chargés des fonctions les moins relevées de la compagnie : conducteur du tonneau d'eau, aide du cuisinier, etc. A la première occasion, les ofliciers de cette catégorie désertaient : c'est probable-
4M4 MfiMOIl^ES l)K HUSSIE
ment ce que souhaitaient leurs hommes. Je dois déclarer, en toute franchise, que les quelques officiers ainsi dégradés par leurs hommes que j'ai pu rencontrer à la ville m'ont produit la plus pénible impression.de jeunes gens nuls et débauchés. Chaque fois que j'ai fait une expérience de ce genre, je n'ai pu m'empêcher de reconnaître que les jeunes camarades qui me renseignaient avaient raison, et que les soldats avaient montré un discernement très juste en condamnant de pareils chefs.
L'attitude nouvelle que certaines unités prenaient à l'égard des officiers fît naître, surtout dans les Etats-Majors et à l'arrière, une légende effrayante, d'après laquelle la vie d'un officier, surtout d'un officier de troupe, ne tenait qu'à un fil. Comme nous avons été surtout renseignés par des officiers fugitifs, nous avons, en France, adopté cette version. En réalité, ce n'était pas le cas. En pleine période bolchevique, c'està-dire jusqu'à la fin de février inclus, j'ai constaté que, sur le front, tant que nos corps d'armée furent en secteur, les hommes n'inquiétaient pas ceux des officiers qui ne se mêlaient pas d'agitation politique.
Cette légende troublante avait beau n'être qu'une légende, la plupart des officiers s'en inquiétaient. Me sachant officier français, beaucoup d'entre eux venaient me demander un appui ou des conseils, soit pour passer dans l'armée française, soit pour s'enfuir. Je n'avais pas le moyen de leur venir en aide, mais j'étais mis par eux dans la confidence de leurs projets. Ils s'efforçaient de se rendre à Kief ou Novotcherkask, c'est-à-dire soit auprès des Ukrainiens, où l'on s'imaginait alors trouver un appui solide, soit auprès des cosaques de Kalédine et de Kornilof. Il est probable que beaucoup de ces officiers fugitifs furent tués dans ces villes ou au cours des combats qui se livrèrent aux environs. D'autres ont pu constituer le noyau de l'armée des volontaires du général Denikine.
Durant l'hiver 1917-1918, et surtout au cours des mois de décembre, janvier et février, la situation militaire, dans les
LA DEBACLE 435
villes où logeaient des Etats-Majors, ne présentait rien d'agréable. La vie y battait son plein : l'alcool y coulait h pleins bords, et, dans le monde des ofliciers, qui était le mien, je voyais l'ivrognerie et le jeu envahir peu à peu les âmes. On cherchait à s'étourdir. Des hordes de soldats gris-sale emplissaient les rues et les maisons : s'attroupant dans les rues, encombrant les trottoirs et les restaurants, faisant le plein au cinéma. Tout le jour et toute la nuit, on entendait des coups de feu tirés sans raison, par désœuvrement, mais qui parfois tuaient ou blessaient.
Les officiers n'étaient nullement inquiétés. Les soldats avaient, une fois pour toutes, exigé d'eux, dès l'arrivée des chefs bolcheviks, la suppression des insignes et des décorations. Tous les militaires ne formaient plus qu'un immense troupeau gris, rendu plus sale encore par le faitque beaucoup de soldats endossaient leurs capotes comme des robes de chambre, sans le secours du ceiniuron. Néanmoins, les officiers étaient reconnaissables à une certaine élégance dans la coupe des vêtements, et aussi à l'expression du visage : (( C'est étonnant et dégoûtant, disait un soldat bolchevik à un autre, marchant un peu en arrière de moi, dans une rue de la ville : on a beau enlever aux ofliciers épaulettes, cocardes, écussons, décorations, on les reconnaît tout de même à première vue! » 11 avait tout à fait raison! Les ofliciers ne pouvaient donc songer à se fondre totalement dans le troupeau gris, avec l'espoir d'y passer incognito. Force était de rester à son poste, et peu à peu, on s'habituait à cette nécessité.
La situation empirait dans la contrée par suite du brigandage, dont les victimes, réfugiées à la ville, contaient des scènes terrifiantes. Dans les villes, quelques soldats marrons faisaient çà et là du cambriolage; dans les campagnes, ils détruisaient tout. Les brigands (tous soldats) s'organisaient en petits groupes, qui parfois se prêtaient main-forte. Les propriétaires d'exploitations agricoles ou de sucreries savaient que, rester chez soi était s'exposer aux pires sévices : ils restaient cependant presque, tous. En trois ou quatre mois une grande partie de la liussie du sud-ouest et du centre fut littéralement mise à nu, comme par le pas-
436 MKMOIHES DE HCSSIE
sage d'un gigantesque cyclone. Tout ce qu'il existait d'exploitations, de stocks, de machines, de bibliothèques, de tableaux, de monuments du passé, tout, avec les meubles, le linge, les bijoux, la vaisselle, fut pillé, brûlé, dispersé, et disparut à tout jamais.
Le Bolchévisme n'avait pris de l'ascendant qu'en s'appuyant sur les pires instincts de la soldatesque et de la populace déchaînées par la révolution. Pendant les premiers mois, il se trouva complètement débordé par ces troupes indisciplinées. Elles obéissaient toujours quand on les lançait au pillage et à l'assassinat; mais il était aussi impossible de les retenir sur une pente qui leur plaisait, que de leur faire exécuter des ordres qui devaient leur coûter du travail ou quelque sacrifice. Ce furent, durant de longs mois, des troubles, des excès, des cruautés. Partout, on assistait comme à un renversement du sablier, les brigands s'installant à la place de leurs victim^es. Mais, dès que, soit sous l'empire de la crainte provoquée par les soi-disant ennemis de la révolution, soit sous celui de la fatigue, les hommes se laissèrent reprendre en main par les dirigeants bolcheviks, la réorganisation commença. Les grades, les marques extérieures du respect furent rétablis, et bientôt, une discipline de fer régna dans les unités reconstituées. En même temps, les chefs parlèrent aux soldats; ils leur montrèrent que la nouvelle doctrine faisait d'eux les maîtres du pays, et qu'il ne fallait plus qu'un petit effort pour abattre tous les « ennemis de la révolution. »
Sans doute, les bolcheviks n'arrivèrent pas à créer une armée digne de ce nom. Trop d'anciens officiers de l'armée russe d'autrefois y étaient restés ; trop d'étrangers aussi, surtout de Juifs, y exerçaient des fonctions importantes. Enfin, le genre de discipline qu'ils avaient introduit, une discipline conçue par des esprits rigoristes comme ceux des sectaires de toute révolution, n'agissait que d'une façon tout extérieure sur la masse des. soldats. Ce n'est pas quand il est contraint d'agir, mais quand il agit par entraînement personnel ou par
LA DERACLE 437
persuasion, que le Russe fait des prodiges. De là l'inégalité que nous constatons parmi les troupes des soviets : d'un côté des poignées d'hommes qui meurent, farouches, sur leurs mitrailleuses; de l'autre, des foules qui prennent la fuite à la moindre pression de l'ennemi, ou devant une bombe d'aéroplane.
Le succès des Rouges a été rendu possible et assuré par l'incapacité de leurs adversaires russes. En Sibérie, du côté de l'amiral Koltchak, ce fut l'incapacité totale, militaire, diplomatique, politique et sociale; en Russie, du côté du général Denikine, ce fut, semble-t-il, une incompréhension politique et sociale, dont les effets exaspérèrent les populations reconquises, et les rejetèrent dans le bolchévisme. Ces deux hommes, que nous avons soutenus parce qu'ils nous semblaient représenter un principe d'ordre, furent également incapables de comprendre que les populations touchées par la révolution ne pouvaient plus être soumises aux pratiques de TAncien Régime, et qu'il fallait découvrir pour leur usage une formule nouvelle à la fois plus libérale et plus sûre que celle que proposaient les bolcheviks. Par là s'explique l'échec des deux grandes tentatives russes de restauration. Les partis qui se trouvaient en présence n'inspiraient à personne Tenthousiasme : d'un côté, les représentants à peine déguisés du tsarisme; de l'autre, les représentants encore souillés de sang, intolérables à plus d'un égard, mais, à tout prendre, moins répugnants, d'une idée nouvelle de progrès et de liberté. Cette idée, nul ne peut la déraciner pour bien longtemps du cœur des hommes où un bon vent en a apporté le germe. L'issue de la lutte ne pouvait donc être douteuse.
En raison de ses nombreux échecs et de sa dissolution, Tarmée russe apparaît, je le crains, à ceux qui la connaissent mal, et à qui le pays russe n'est pas familier, comme une armée de second ordre. Les lecteurs qui auront pris soin de parcourir ces pages en emporteront, je l'espère, une opinion tout autre.
11 faut, pour comprendre et apprécier l'armée russe, se reporter au pays qui l'a créée. Bien que très voisine, à beaucoup d'égards, des autres grandes armées européennes, elle possédait néanmoins un certain nombre de particularités importantes qui l'en distinguaient. En outre, elle devait lutter contre de formidables difficultés locales, inconnues aux armées des autres grandes nations européennes. Il faut donc étudier cette armée non pas comme une armée en soi, mais avant tout comme une armée essentiellement et fortement nationale. C'est alors seulement qu'on sera en mesure de lui rendre pleine justice. On verra en effet que les causes de ses échecs et de sa tragique dissolution sont au moins aussi nationales que militaires, et qu'au lieu de passer son temps à accabler de reproches les acteurs de cette tragédie, en partie inconscients et irresponsables, il vaut mieux considérer les efforts d'organisation, ainsi que la somme de travail et d'intelligence qui ont été dépensés pour mettre cette armée à la hauteur des progrès modernes.
Au point de vue matériel, nous avons constaté dans quelle infériorité se trouvait la Russie par rapport à ses adversaires. Son réseau ferré, malgré un développement absolu considérable, était d'une médiocrité écrasante dans la région où l'on allait se battre. Peu de lignes de pénétration, beaucoup de lignes à une seule voie; des lignes de rocade insuffisamment soudées. Le matériel roulant était déficitaire avant même l'entrée en campagne, et il n'y avait pas d'espoir de récupérer des wagons, même en cas de succès, car l'écartement des voies au-delà de la frontière était moindre qu'en Russie, et les Russes n'avaient aucun matériel prêt pour exécuter rapidement la transformation nécessaire. Les distances qu'avaient à parcourir les transports de troupes et les ravitaillements étaient énormes. Le réseau des voies de terre, peu développé dans une partie de ce qui allait être la zone des armées, était médiocrement entretenu, et mal préparé au travail qu'il allait avoir à fournir pour seconder et môme suppléer les voies fer rées. Peu de ponts sur les rivières et les fleuves; sur les ruisseaux que croisaient les routes, des ponceaux trop souvent peu solides. Bref, une organisation matérielle des voies de communication à peine sortie de l'enfance, alors que, pourtant, ces voies allaient être appelées à fournir un formidable travail.
Les centres de production n'étaient guère mieux préparés à l'elTort. Le nombre des usines qui travaillaient ou pouvaient travailler pour la défense nationale était fort réduit, encore que quelques-unes fussent très considérables. On était donc sûr, en cas de guerre, d'être contraint de recourir à l'étranger, malgré les difficultés et les délais de livraison.
La mer, qui seule permettait à la Russie de prendre contact avec ses alliés, ne lui offrait que des ports lointains, comme Vladivostok, ou délicats d'accès, et gelés durant plusieurs mois, comme c'était le cas d'Arkhangelsk.
Ainsi, au point de vue matériel, de quelque côté qu'on se
tournât, on voyait la Russie aux prises avec des difficultés plus grandes que celles qu'avaient à vaincre ses alliés.
Elle n'avait que deux choses en abondance : du territoire et des hommes. Mais les hommes, encore fciUait-il pouvoir les habiller, les nourrir, les équiper, les encadrer et les instruire. Or, la dernière loi de recrutement, qui, dans un délai d'une dizaine d'années, devait assurer au pays plusieurs millions de réservistes instruits, et des officiers de complément, cette loi datait seulement de 1912 et n'avait pu faire encore sentir son effet. La Russie avait donc beaucoup d'hommes, mais fort peu de soldats, et, toute proportion gardée, un nombre encore moindre d'officiers. Il semblait, en vérité, que tout fût conjuré pour interdire à cet immense organisme qu'était l'Empire des Tsars la défense victorieuse de son territoire.
Combien donc devons-nous admirer la Russie d'avoir, durant près de trois ans, vaincu ces immenses difficultés? Avonsnous le droit d'oublier que, malgré ses moyens de transport ^ si défectueux, elle a pourtant réalisé sa mobilisation avec une avance de plusieurs jours sur l'horaire prévu? Qu'elle a transporté et ravitaillé ses armées jusqu'au cœur de l'Europe occidentale et presque jusqu'aux confins de l'Asie Mineure? Que, pour suppléer à la défectuosité du port d'Arkhangelsk, elle a créé, en eau toujours libre, celui de Mourmansk, et construit une voie ferrée pour l'atteindre; qu'elle a posé à demeure dans l'ensemble, durant ces trois ans de guerre, 6.800 kilomètres de rails, et en presque totalité, doublé la voie du Transsibérien? Que, malgré la pénurie de matériel roulant augmentée par les pertes dues à la retraite, elle a non-seulement fait face aux exigences de la campagne, mais laissé jusqu'en Sibérie une réserve de wagons et de machines qui a duré jusqu'en 1920? Qu'elle a su se procurer un matériel de guerre tellement considérable qu'elle n'en a même pas utilisé la totalité? Qu'elle a mobilisé enfin, habillé, nourri, transporté et enrégimenté une telle quantité d'hommes qu'elle n'en a jamais su au juste le chiffre, qui oscille vraisemblablement entre 13.000.000 et 14.000.000? Combien ne devons-nous donc pas savoir gré à la Russie d'avoir fourni,
dans des conditions si défavorables, le travail, si brillant par endroits, et, somme toute, si utile, qu'elle a fourni?
Les organismes militaires de la Russie offraient, à côté de sérieuses qualités, certains défauts que j'ai cherché à mettre en lumière. Les Etats-Majors nous sont apparus comme une création extrêmement complexe, mais parfois heureuse, d'après des modèles étrangers plus ou moins adaptés à la vie nationale. Nous avons vu, dans ces institutions, une tendance fâcheuse à l'engorgement vers le haut se marquer de plus en plus, à mesure que se prolongeait la guerre. Cette tendance, due à l'individualisme exagéré et au manque de discipline du caractère russe, nous a frappés en particulier dans les grands Etats-Majors, qui s'enflaient outre mesure, sans plus se préoccuper des organisations d'en bas. Cet accroissement démesuré des Etats-Majors qui n'auraient du avoir qu'un rôle de direction, a eu pour résultat d'anémier les Etats-Majors d'exécution, et de paralyser leur croissance ainsi que leur initiative et leur foi au succès.
L'enflure extravagante des organes de commandement placés au sommet de la hiérarchie s'est trouvée compliquée d'une véritable absence de liaison vers le bas. Les rapports écrits ont été multipliés. Il en est résulté une complication telle dans le jeu des rouages de l'administration de guerre, que le libre jeu des opérations en a été bouleversé, et que le travail du front s'en est trouvé comme figé. La guerre moderne n'est pas seulement une guerre de précision : elle ne peut se passer de la liaison. Or, les Russes ont transporté, jusque dans leur faconde conduire la guerre, leur individualisme impénitent.
Nous avons trouvé cependant une branche de services parfaitement organisés : celle des organes de ravitaillement. C'est, qu'ici, la liaison permanente, et non plus fortuite, comme dans les autres services, était indispensable. Aussi le ravitaillement a-t-il été exécuté avec bonheur, en dépit des multiples difficultés qu'il lui fallait vaincre. On pouvait donc
affirmer que, lorsque la grande machine militaire de la Russie travaillait normalement et logiquement, quand, au lieu de se contenter de superposer les échelons, elle prenait soin de les relier les uns aux autres, elle obtenait d'excellents résultats.
Je me suis donc cru autorisé à soutenir que l'organisation militaire russe n'était pas défectueuse en principe, mais que, pour des causes qu'il eût été facile d'écarter, cette organisation n'a pas pu fournir tout le travail utile qu'on était en droit d'en exiger.
Nous avons étudié la formation des officiers d'État-Major. Préoccupés, comme le sont aisément ceux des Russes qui se livrent à l'étude, d'une sorte d'omniscience, plutôt que d'une suggestive méthode d'application, beaucoup de ces hommes, surtout parmi les jeunes, oubliaient de regarder la vie. Le souvenir de l'Ecole de guerre pesait sur la majorité d'entre eux; ce n'est qu'au bout d'un certain nombre d'années d'expérience, que les plus intelligents parmi eux parvenaient à se défaire de cette obsession. Ces officiers étaient peu mêlés à la troupe : corps d'élite qu'on gardait jalousement, on hésitait à lui laisser perdre des années au milieu du monotone travail de garnison. Il en résultait chez eux une fréquente méconnaissance du caractère et des moyens de la troupe, et en même temps, une difïérenciation entre eux et les officiers de troupe, qui était plus marquée que dans les autres armées européennes. C'était là un fâcheux antagonisme; car, s'il privait les officiers d'Etat-Major des suggestions pratiques qu'auraient pu leur fournir leurs camarades du front, il privait du même coup ces derniers des précieux avis et de l'émulation qu'auraient dû leur fournir les anciens élèves de l'Ecole de guerre. La tendance individualiste et orgueilleuse des Etats-Majors s'expliquait par cet antagonisme ; au cours d'une guerre aussi longue et aussi pénible, elle ne pouvait qu'avoir des suites fâcheuses.
Les officiers de troupe, et encore plus les officiers de complément, si peu nombreux au début, et si hâtivement créés
dans la suite, n'étaient en rien préparés aux obligations qu'allait leur imposer une grande guerre. Les écoles, aussi bien que la tradition militaire, ne les avaient préparés qu'au culte du « cran », de l'audace qu'aucun obstacle n'arrête, et qui ne se connaît plus. Nul ne leur avait jamais fait comprendre l'importance de certains principes essentiels, sans lesquels on peut bien être un officier très brave, mais jamais un bon conducteur d'hommes. En particulier, nul ne les avait dressés à cette discipline personnelle qui doit faire d'un officier, aussi bien dans la conduite de sa vie que par la qualité de son obéissance, un vivant exemple pour sa troupe. Le général Gourko raconte, dans ses Souvenirs^ un petit fait caractéristique à cet égard. Se trouvant commander une division sur le front de la Prusse orientale, il avait envoyé, par des routes diiîérentes, quatre détachements de cavalerie pour reconnaître un point donné. Au retour, trois des officiers racontèrent ingénument que, tant pour le plaisir d'être ensemble que pour diminuer les risques, ils avaient emprunté^ la même route. Ainsi, ces officiers, qui étaient excellents et appartenaient à l'armée russe du début, ne comprenaient point qu'un ordre est un ordre et s'exécute tel quel, coûte que coûte. Ils durent être fort surpris, quand le général, un des plus éminents de la Russie, soit dit en passant, les cassa et les remit dans le rang. Ces capitaines avaient fait une faute que pas un aspirant de chez nous n'aurait commise.
Le corps des officiers avait de brillantes qualités, mais il n'était pas dressé à faire l'examen de conscience que doit faire sans se lasser tout homme qui commande à des hommes. De lace résultat qu'ils n'étaient pas des instructeurs complets, et qu'ils s'occupaient du dressage des hommes sans songer h former ceux-ci à la partie morale de la discipline. Par suite de cette erreur, le fossé qui séparait l'officier de ses hommes et de ses sous-officiers s'est creusé chaque jour davantage. Vivant à part, sans se soucier de donner l'exemple du respect de la loi et des vertus militaires, ils ont laissé naître dans l'esprit de leurs hommes l'idée que, quand on avait la puissance, on pouvait suivre ses fantaisies. Ainsi s'est expliqué le mouvement qui a rendu les soldats défiants
et hostiles en face des officiers, dès que se fut effondrée la barrière morale qui les retenait, et qu'ils ont pu se précipiter vers cette vie d'indifférence morale et de jouissance à tout prix dont, presque toujours, leurs chefs leur avaient donné l'exemple.
La Russie, en entrant en guerre, avait donc eu à lutter non seulement contre des difficultés matérielles, mais aussi contre des difficultés morales, provenant de la méconnaissance par son corps d'officiers des devoirs qu'il avait envers la troupe. La désaffection croissante des hommes envers leurs chefs, qui en est résultée, devait inévitablement aboutir à une catastrophe.
Ces officiers avaient entre les mains un matériel humain incomparable, à la fois par ses qualités physiques et par ses qualités morales. Mais, parmi toutes les qualités morales du soldat, ils ne savaient en priser et en utiliser que deux, la docilité et le fatalisme insouciant, se privant ainsi de points d'appui solides qui leur auraient permis d'agir sur leurs hommes aux jours d'orage. Ils sont restés auprès de ces enfants robustes sans se douter qu'ils grandissaient, et qu'un jour ils demanderaient des comptes.
Pourtant, ces Etats-Majors hautains, restés loin de la pratique, ces officiers imparfaits et souvent négligents, et ces soldats que l'on négligeait trop, ont réalisé, dans cette guerre, des choses admirables et généreuses. C'est pour sauver la Serbie que la Russie a accepté la guerre ; c'est pour aider la France à défendre Paris qu'elle s'est lancée à corps perdu dans la Prusse orientale; c'est pour dégager l'Italie menacée, qu'elle a lancé contre les Autrichiens sa grande offensive de 1916. Cette armée si critiquée a conquis la Galicie et une partie de l'Asie Mineure, et a fait échec aux Allemands. Plus ses organes militaires étaient imparfaits, plus le mérite est grand de ses victoires, de sa belle retraite et de ses soubresauts d'énergie.
Avant de se trop avancer dans les reproches adressés au
corps d'officiers, il faut se demander s'il leur était possible d'acquérir, dans un moment aussi particulièrement difficile, les qualités d'ordre, de cohésion, de pénétration du sentiment des masses, qu'ils n'avaient jamais possédées. Dès les premiers jours de la révolution, leur situation avait reçu un coup mortel. Elle a bien pu, çà et là, paraître se rétablir : toujours ses tentatives ont fini par échouer. C'est qu'elle était appuyée sur une conception du soldat et du devoir militaire qui remontait à une époque déjà ancienne. Rien n'avait préparé ce corps des ancien» officiers à devenir les conducteurs d'une nation armée consciente de sa force et de ses droits : ils se trouvaient ainsi comme des îlots de l'ancien régime au milieu de l'océan révolutionnaire. Quels que fussent les qualités, les mérites, le dévouement, la vertu même de quelquesuns, ils étaient des hommes du passé, et il était inévitable que le passé les entraînât dans son écroulement Le fait n'est donc pas déshonorant pour nos camarades russes et ne les diminue pas.
Maintenant, cette armée n'est plus. Inclinons-nous devant les faits, et ne nous laissons pas entraîner à des vitupérations aussi faciles qu'injustes. Je crois avoir montré dans quelle mesure on pouvait accuser le corps des ofticiers d'avoir contribué à la dissolution de l'armée, et dans quelle mesure il en fallait accuser l'état social de la Russie. 11 était peutêtre nécessaire que la Révolution fît table rase avec le passé. Découvrons-nous donc avec tristesse devant cette armée défunte, et qui fut glorieuse, et ne récriminons pas. Récriminer, ce serait à la fois, en se montrant injuste, manquer de générosité et de reconnaissance.
INDEX ALPHABÉTIQUE
Abdication, 103, 467 sq.
Aérostation, 78, 83, 84, 162, 238,
Alcool, 80, 212, 37u, 376, 387, 392,
Alexandre 111,204.
Alexéyef (général), 22, 15i, 164,
Alsaciens-Lorrains, 127, lu5.
Armement, 140, 413 sq. Arrière, (1') 99.
Artillerie, 60, 71, 100, 215, 236,
Assassinatd'officiers, 172, 200, 234,
Attaques partielles, 83, M), l()8.
Aviation, 40, 47, 112, 201, 2L3,262-
Bains, 28, 54, 159.
Balouyrf (général), 75 sq., 107.
BoDisco (général), 210, 216, 220,
Bolcheviks (les), 198, 309, 321,
Bolcheviks (difficultés avec les),
BoROvsKi (colonel), 135, 138.
Broussilof (général), 57, 220.
BuciisENsciiUTz (roininandant), 22,
Bureau (deuxième), 107, 117, 124
Cartographie, 186, 214,215, 303.
Castelnau (général de), 154 sq.
Censure, 14, 17, 19.
Chemins de fer, 32, 38, 44, 79,
CuEVTciiouK (capitaine), 193, 216,
Colombophilie, 177, 222.
Comité commercial et industriel,
Comités révolutionnaires, 196 sq.,
Commandement (le), 93 sq.
Conseil de guerre, 43.
Coups de main, !S9, 133.
Croix-Rouge (la), 254-261.
Danses, 80.
Décorations, 71-74.
Demkine (général), 218,221.
Départ, 350.
Désinfection, 28.
DiDEHiKs (général), 36, 314.
Discipline, 192, 21 1, .367-373.
DouKiioNiNE (général), 310, 315,
DOUMERGUE tM.), 191.
Ecole de guerre, 85-88.
HH
INDEX ALPHAliÈTIOLE
Ecoutes téléphoniques, i'Mu Kmi'Kkmuk (T), \i, 33, 103 sq., 20i;.
Epuration flu corn rrjari<lemeiit, 171,
Espionnage, 20, 24.
Etapes (Points d'), 20.
Etat-iMajor de G. A., 242-248.
Etat-Major de D. T., 249-2.^2.
Etat-Major de Front., 178-189. Etats-Majors (Grands), 149-150, 150.
EvERT (général), 23,24, 77, 93, 115,
126, do7, 175, 178, 182.
Femmes sur le front, 392.
Femmes-Soldats, 225, 234.
Fêtes de Régiment, 123. 132.
Fourniture française, 81.
Francophobie, 104.
Front nord, 46 sq.
Front ouest, 23, 143 sq.
Front sud-ouest, 36 sq.
Front roumain, 262 sq.
Gaz (vagues de), 114 sq., 117.