FRIMAIRE
Le nombre des votans est de a3a, la majorité de 117. Grégoire obtient 1 58 suffrages; il est proclamé candidat.
4 hivoisr.
Le Sénat-Conservateur annonce , dans un message, que le citoyen Grégoire a réuni la majorité des suffrages pour une place vacante dans son sein.
*44 IOURNAL ET SOUVENIRS
Il avait pour concurrens les citoyens Desmeuniers, tribun, et Latnartillière, général d'artillerie, présentés, le premier par le Tribunat, le second par le premier Consul.
On s'attendait généralement à voir tomber le choix du Sénat sur le général Lamartillière. Celui des trois candidats qui paraissait avoir le moins d'espoir, était Grégoire : c'est précisément celui qui a été préféré; il a eu trois voix de plus que Lamartillfère. Ce choix totalement opposé aux vues du premier Consul , prouve qu'il n'a pas une influence positive dans le Sénat. Grégoire a été désigné par le Corps-Législatif parce qu'il a été membre de la Convention , et il a été choisi par cette raison.
Le Consul qui , l'année dernière , avait témoigné le désir de voir Desmeuniers entrer au Sénat, ne l'a point porté lorsque le Tribunat l'a présenté. II le devait néanmoins par politique, et par égards pour la majorité des Tribuns; par politique, parce qu'il lui importe d'avoir dans le Sénat des hommes dévoués par principes, et par intérêt à Tordre des choses actuel (Desmeuniers est bien certainement de ce nombre); par égards, c'est en manquer que de ne point tenir à un corps ce qu'on lui a promis. Voici ce qui, dit-on, a fait changer le premier Consul d'opinion sur Desmeuniers.
Le premier projet de loi , relatif au Code civil et à la publication des lois, a été défendu par Desmeuniers. Il s'est attaché particulièrement à faire ressortir les avantages de la disposition qui portait que les lois n'auraient pas d'effet rétroactif.
DE STANISLAS GIBAKDIN. ^45
Thiessé, en réfutant Desmeuniers , dit que la contre -révolution tout entière était renfermée dans cette maxime; qu'il voyait la résurrection des parlemens, de la noblesse, des droits féodaux. Desmeuniers expliqua son opinion d'une manière très-modérée en répondant à Thiessé.
Sa modération fut blâmée par le Consul; il crut y découvrir un défaut de courage, et déclara qu'il ne le désignerait point pour candidat au Sénat- Conservateur. Le 25 frimaire an X, il reprocha devant moi à Desmeuniers de n'avoir point mis plus de chaleur dans sa réponse à Thiessé. « Pour- « quoi ne lui avoir pas demandé où il était lors de « la nuit du 4 août; ce qu'il a fait lorsque vous « attaquiez les privilèges et l'autorité , quand iï y « avait danger à les attaquer? »
« Ma position était tellement délicate, répondit «Desmeuniers, qu'elle seule peut expliquer ma « modération; car, ajouta-t-il en souriant, raescol- « lègues, vous le diront : je suis naturellement colère « comme un dindon. »
Au tort de n'avoir pas désigné Desmeuniers comme candidat au Sénat-Conservateur, le premier Consul joignit celui de proposer à la fois ses candidats (Lamartillière, Jourdan et Berruyer), et de se priver, par cette présentation prématurée, de l'avantage d'attendre que celle des autorités fût connue pour faire la sienne.
La faute du Consul dans la présentation de ses candidats a servi merveilleusement les mauvaises intentions de ses nombreux ennemis. Ils en ont
profité pour opposer Daunou à Jourdan. Tout le parti conventionnel, le seul parti existant en France, le seul fort parce qu'il est uni, et qu'il le sera toujours, a profité de cette circonstance pour faire présenter un de ses chefs, par le Corps-Législatif et le Tribunat. Il a intrigué avec son habileté ordinaire, et triomphé avec son succès accoutumé. Ses nombreux auxiliaires sont dans le Corps-Législatif les prêtres constitutionnels. Ils y sont au nombre de plus de soixante. Les suffrages pour Daunou y ont été brigués avec hardiesse. Les députés disaient hautement à leurs collègues : « Nommez Daunou; il esta la fois l'ennemi du gouvernement, et l'ennemi personnel du Copsul. »