SÉANCE DU 9 HIVOSE AN X, COUPS- LÉGISLATIF
Daunou, en concurrence avec le général Lamartillière, a obtenu i3o, suffrages, et l'autre 124.
Les intrigues qui eurent lieu au Corps-Législatif le 9, se répétèrent au Tribunat le 1 1 : elles avaient déjà eu lieu depuis deux jours dans la salle des conférences; des députés du Corps-législatif s'y étaient énergiquement exprimés. Chénier, Benjamin, Gara t-Mailla, Emile Gaudin,ne négligèrent rien pour assurer la nomination de Daunou. Le 1 1, après une séance très-longue, et à cinq heures et demie, après le rejet d'un projet de loi sur la jouissance et la privation des droits civils, on demanda qu'il fût procédé au scrutin pour la présentation d'un candidat au Sénat-Conservateur. Sur 88 votans, Daunou réunit 48 suffrages, Lamartillière 3q.
DE STANISLAS Gl R AH D IN. Z^"
Les deux autorités législatives furent décidées, principalement par la certitude de faire, en portant Daunou, un acte extrêmement désagréable au gouvernement, et en particulier au premier Consul.
C'est de la haine qu'elles ont pour lui. Un des membres de l'opposition m'a dit que ce sentiment était le mobile principal de leur conduite dans cette occasion.
Cambacérès, d'un caractère très-modéré, disait, à l'occasion de la présentation de Daunou au Sénat, que les corps constitués, qui jusqu'ici n'avaient montré que de l'opposition, venaient de se mettre en insurrection; que la nomination de Daunou était une attaque faite à la théorie du gouvernement actuel , et une volonté clairement manifestée dé vouloir le renverser. «Peut-on en effet oublier, poursuivait Cambacérès , qu'après le 1 8 brumaire , Daunou a été nommé membre de la commission législative des Cinq-Cents;
« Que son opposition aux principes de la Constitution de J'an Vlll a été constante;
« Que, chargé de la rédiger, il a profité de cette occasion pour en foire une rédaction malicieuse et hostile ;
« Que, nommé conseiller d'État par Bonaparte* il n'a point voulu accepter;
« Qu'enfin, dans la dernière session du Tribunat, il a déclaré ne vouloir plus y revenir, parce qu'il y avait tyrannie dans le gouvernement.
« D'après ces faits, il parait démontré que si Ja
î>48 JOURNAL ET SOUVENIRS
majorité du Tribunat et du Corps-Législatif eût été attachée au gouvernement, Daunou n'eût point été nommé. Sa nomination doit être considérée comme une déclaration de guerre contre le premier Consul ».
Les partisans de Daunou, pour augmenter le nombre des chances qui pourraient lui être favorables, firent faire le scrutin indicatif au Corps- Législatif le ii, ce qui est contre l'usage. Le iq nivose an X, Chazal, Chénier, Garât, voulurent faire suivre cet exemple au Tribunat; mais il fut décidé que , conformément à l'usage suivi jusqu'à présent, le scrutin indicatif ne serait fait que lorsque le choix du Sénat nous aurait été officiellement annoncé.