PAR ANTOINE FERRAND, ANCIEN MAGISTRAT
21 GERMINAL, Alt XII.
M. Ferrand était autrefois conseiller au parlement, il avait la réputation d'un magistrat distingué. Il consacrait ses loisirs à faire des tragédies ; elles étaient lues daus ses sociétés intimes ; dans ces sociétés elles étaient comparées aux plus belles pièces de Corneille et de Racine.
M. Ferrand quitta la France au commencement de la révolution ; sa haine pour les principes de l'Assemblée constituante et son esprit., le mirent fort avant dans la confiance des princes ; il fut un de leurs principaux agens. On le crut l'auteur d'un manifeste publié au nom du prétendant, répandu avec profusion, dans lequel il annonçait que l'on pouvait compter sur sa clémence lorsqu'il rentrerait dans sa patrie. Pour preuve , le manifeste promettait de ne faire pendre qu'un seul garde national par municipalité: cela aurait fait quarantequatre mille pendus! Lorsque le mot clémence donne une semblable addition , il est permis de le trouver singulièrement placé. M. Ferrand désavoue cette production et il fait bien.
DK STANISLAS G1RAKD1N.
L'ouvrage que je viens de lire a été commencé pendant son émigration, et fait en haine de la république; il a été achevé depuis le 18 brumaire an 8. M. Ferrand a mis à contribution l'histoire ancienne et moderne , pour prouver que le gouvernement républicain n'a jamais pu subsister dans un grand état, et que l'homme, parvenu au pouvoir , n'a jamais fondé un empire s'il n'a pas commencé par établir une dynastie. Ces deux propositions sont positivement démontrées et particulièrement la dernière par l'examen de la conduite d'Auguste. C'est, sans doute , le meilleur morceau de son ouvrage ; il eût été infiniment plus utile s'il avait pu se défendre de l'esprit de parti, niais il le pousse au point de regarder le pouvoir absolu et la religion catholique comme les deux plus belles inventions de l'esprit humain,etde conseiller àBonaparte d'être Monck II. C'est à cet esprit de parti que l'on doit attribuer le succès prodigieux de ce volumineux ouvrage. On l'achète, i° parce que l'on est surpris qu'il se vende publiquement; a° Parce que l'on croit y découvrir les secrets de la politique du Consul; et quelques autres bonnes personnes, parce qu'elles croient Bonaparte disposé à suivre les conseils de l'ancien conseiller au parlement.
Les deux premiers volumes de l'esprit de l'histoire sont écrits avec soin , les derniers sont faits à la hâte et ne peuvent être considérés que comme une compilation. Le style en est concis, quelquefois énergique, mais toujours maniéré. C'est un livre qui a exigé un travail long et assidu : on eu
eût parlé plus long- te m s si le gouvernement eût fait la sottise de le défendre ; il en a permis la vente, et dans quelques mois Ton n'en parlera plus.