LUNDI , 19 GERMINAL , KV XII
M. de Bunau a dit à son valet-de-chambre, à neuf heures du matin, qu'il voulait mettre les pieds dans l'eau et qu'on lui préparât tout ce qui était nécessaire pour cela dans le petit cabinet qui donne sur le jardin. Ce cabinet est bien nommé le petit, car il n'a pas sept pieds de large. Lorsque M. de Bunau y fut établi, il chargea son valet-dechambre d'aller chercher de l'eau chaude ; il descendit à la cuisine. Un moment après M. Bunau entendit du bruit dans le salon ; on entr'ouvrit la porte de l'endroit où il était, et il vit paraître un grand bras armé d'un pistolet ; un coup de pistolet part ; M. Bunau effrayé , et cela peut paraître assez naturel, tombe à la renverse; revenu de sa première frayeur et convaincu qu'il n'était pas blessé, quoiqu'il fût couvert de sang, il voit un homme mort à ses pieds: cet homme était son cuisinier. Son maître l'avait renvoyé depuis huit jours et lui avait permis néanmoins de rester dans sa maison jusqu'au moment où il pourrait parvenir à se placer ; déterminé à se tuer après s'être vengé , il prit
deux pistolets , il dirigea celui qu'il tenait dans la main droite, contre son maître; et tourna contre lui le pistolet qui était dans la gauche. Le pistolet destiné à faire sauter la cervelle de M. Bunau prit amorce; le cuisinier tira au même moment la gâchette de celui qu'il avait appuyé contre son front et se tua roide.... O Vatel! Que ta mort a élé féconde ! ! ! ô point d'honneur ! que tu as d'empire sur le corps des cuisiniers!