‹ Mémoires de S. GirardinChapitre 49 sur 64 · AVRIL · texte numérisé non relu

AVRIL

J'ai rencontré M. Louis chez l'archi-chancelier. J'ai causé long-tems avec lui en sortant de table. Il arrive de La Haye, où il a passé quelque teins, je lui ai demandé s'il serait possible d'y ouvrir un emprunt pour le compte du roi de Naples. — «Non pas, me répondit-il, dans le moment actuel. Le roi n'y donnera son consentement que lorsque le sien sera rempli , et il est de 85 millions; il en a le plus pressant besoin ; car les finances sont dans un état déplorable; sur 100 millions de recette, il doit au moins 75 millions. Lorsque son emprunt sera couvert soyez sûr qu'il favorisera de tous ses moyens celui de son frère. »

DE STANISLAS GIRARDIN. 3o,I

5 avril.

Un homme dont le nom est à jamais célèbre clans l'histoire de la révolution , s'est approché de moi chez le ministre des finances avec le désir d entamer une conversation. — «Monsieur, écri- « vez-vous au roi de Naples. — « Souvent. — Oui, « mais vous m'entendez , c'est-à-dire ce qui ne se « confie pas à la poste. Il serait d'une haute im- « portance qu'il fut instruit de ce qui se passe en « l'absence de l'empereur, et surtout de ce qui se « passerait si....— Oui, il est fâcheux que Joseph «soit aussi éloigné.» — Il est bien loin! cela ne « ferait rien si l'on voulait exécuter les lois; mais « des hommes qui auraient frémi il y a quelques « mois à l'idée d'un danger pour l'empereur , pa- « raissent aujourd'hui avoir pris leur parti sur les «périls dont il est enveloppé, et annoncent des «vues qui amèneraient pour la France, de nou- « veaux malheurs. Rien ne se consolidera à Naples « que le gouvernement ne le soit parfaitement ici.» « — La paix seule peut amener cette consolidation. « — Sans doute Fintérêt des puissances étrangères « est de la faire. Ce ne serait qu'une trêve tout-à- , « fait utile pour elle ; mais les conditions en sont «difficiles: la Russie, et j'en suis sûr, ne veut « la faire qu'en laissant la Pologne telle qu'elle « était, eu rétablissant la Prus.se et en détruisant « la confédération du Rhin.— Croyez-vous que ces «conditions puissent être acceptées par l'empo-

areur? — Non. — Mais alors? — On achèvera la « conquête du monde !!! Avant cela, j'aurai encore le « teras de planter mes choux et de faire la récolte « de mes fruits. Adieu je pars pour la campagne. »

Cette conversation eût été plus étendue dans un autre endroit: je n'ai pas voulu la reprendre en lui demandant d'aller chez lui. Cette visite eût pu devenir dangereuse pour tous les deux.

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