MARDI 5 MAI
La nuit a été très-mauvaise pour le jeune prince ; à minuit on l'a cru mort; les médecins n'avaient plus d'espoir. On lui a mis des vésicatoires sur la poitrine. A deux heures il a eu une crise. Ce matin, à huit heures, il était mieux, et les médecins ne désespéraient plus de le sauver.
Le mieux s'est soutenu jusqu'.à deux heures. Les symptômes alarmans se sont représentés; à quatre heures les médecins se sont réunis pour dire qu'ils n'espéraient plus rien. Alors on s'est déterminé à lui donner des poudres anglaises dont la compo-t. sition est inconnue, mais elles sont réputées ici pour produire de salutaires effets dans les maladies dont les enfans peuvent être attaqués. Elles produisirent une crise , donnèrent la fièvre à l'enfant, et le ranimèrent au point, qu'à six heures du soir, il demanda des cartes, des estampes. La fièvre
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calmée , il n eut plus qu'une longue agonie qui se termina à minuit avec ses jours.
La reine qui avait été arrachée la nuit dernière de chez son fils, parce qu'on le croyait mort, a eu dans le cours de la journée des heures entières d'une entière insensibilité. Immobile, elle avait les yeuxfixes, elle n'ouvrait pas la bouche; Les effets d'une douleur aussi profonde, aussi fortement concentrée, sont incalculables. Le roi est également affligé, mais il fait beaucoup d'efforts sur lui-même pour tâcher de calmer la reine. Sa santé, déjà affaiblie, se ressentira de cette violente crise.... Les projets des hommes qui sont fondés sur la durée de la vie humaine, ont une base bien peu solide!
M. de Senegras est venu me voir dans le courant de la journée. Il m'a dit avoir parlé à M. Voot, et pouvoir me donner la certitude que l'emprunt réussirait. M. Voot n'y voit point de difficultés ou du moins se charge de les aplanir. Mais, comme charité bien ordonnée commence par soi-même , il ne veut s'occuper de l'emprunt de Naples , que lorsque celui du roi de HoHande sera entièrement rempli.
M. de Senegras m'a donné des détails sur l'organisation de la maison du roi :
Les revenus domaniaux s'élèvent à près de 5oo,ooo florins , et Ton accorde pour la liste civile i,5oo,ooo florins à peu près. Les domaines sont divisés en quatre intendances.
Un receveur est attaché à chacune d'elles.
Des inspecteurs sont chargés de les parcourir
DE STANISLAS G1HAA1HJV. 4*1
\» et d'en surveiller l'administration. La dépense de
la maison est réglée par un budget annuel ; elle n s'élève par mois à aoo,ooo florins environ. Les
te dépenses sont toutes payées par le trésorier de la
» couronne. Les mémoires sont vus et approuvés
j par lès différens chefs de service , réglés et ordon»
( nancés ensuite par le grand-maître de la maison.
D'après cet ordre de choses, personne ne touche jamais d'argent à l'exception du trésorier. Les chefs de service n'ont pas de compte à rendre, et n'ont qu'une seule chose à faire, celle de ne pas excéder le crédit accordé;
Les grands officiers n'ont point de préséance; le roi n'a jamais voulu en établir, et dans le cas où l'on serait obligé d'en prendre, elle serait dévolue au plus ancien.
Les grands officiers reçoivent un traitement annuel de 1 5,ooo florins. Ils ne sont n\ logés, ni nour^ ris au palais, excepté le grapd-roaréchal qui tient la table des officiers.
La place de grarfd-maréchala été divisée en deux parties : les fonctions militaires et de sûreté sont exercées par M. Brocq; celles qui sont purement civiles, le sont par M. de Senegras, qui porte le titre de grand-maître de la maison. Tous l«fc revenus et toutes les dépenses sont dans ses attributions. Il nomme et renvoie tous les gens du service de la maison. Il surveille la bouche , l'éclairage, le chauffage. Il a sous lui un préfet de palais , chargé uniquement de l'inspection.
Un seul homme fait tous les achats et c'est le
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premier maître-d'hôtel. M. de Senegms prétend qu'il n'y a presque pas d'abus. On tient un journal exact d'entrée et de sortie de chaque espèce de choses qui servent à la consommation. Les bougies sont renouvelées tous les jours dans les appartemens du roi et de la reine ; celles qui en sont retirées sont employées dans la maison. Aucun profit n'est toléré sur cet objet, ni sur un autre. Des hommes de confiance reçoivent du maître-d'hôtel la lumière , le bois , et lui doivent des comptes.
Les valets de pied ne sont pas nourris ; ils portent tous les jours la grande livrée; elle n'est renouvelée que tous les trois ans, et la petite tous les ans.
Les valets de chambre reçoivent 600 florins pour leur habillement. Ils portent un habit vert, boutons brodés vert et or. Ils font le service des appartemens de leurs majestés. Les huissiers sont relégués dans les grands appartemens et payés par l'état.
Les valets de chambre mangent avec les femmes de cbarabre et les maîtres-d'hôtcl.
Il y a une autre table pour les marmitons, servantes , etc. , etc.
Il y a quatre tables principales.