MERCREDI 6 MAI
Le moment de la mort du jeune prince a été déchirant. La reine, à qui Ton cherchait à épargner l'affreux spectacle de voir son fils mort, est entrée dans sa chambre, lorsqu'il n'existait plus. La violence a été nécessaire pour l'en arracher; elle est au désespoir. A cinq heures, le roi et la reine sont partis pour aller habiter une maison de campagne dans les environs de La Haye.
Le corps de l'enfant sera déposé provisoirement dans la salle du trône ; il ne sera point exposé sur un lit de parade, et il aurait dû l'être, parce qu'un décès de cette importance doit être constaté aux yeux du public. On entre, on l'on rentre dans la
monarchie, et, dans les deux cas, il est assea simple que les formes en soient ignorées. Tous les usages avaient un but; l'utilité de ceux qui tendaient à donner de la publicité à la naissance et à la mort d'un héritier du trône, n'a pas besoin d'être expliquée. U n'y a pas de charges à la cour qui, sous les rapports de la haute politique, n'exigent des connaissances ; elles s'acquièrent avec le tems, ou par la lecture des choses passées.
L'événement affreux dont nous venons d'être les témoins aura nécessairement une grande influence sur les destinées de ce pays.
Le roi accusera le climat de la Hollande d'être la cause de la mort de son fils, et il la prendra d'autant plus en déplaisance, que la température habituelle est contraire à sa santé.
La mort du prince n'a pas produit ici une vive sensation ; les habitans de La Haye ont eu l'air" d'ignorer sa maladie et sa mort. Ce peuple a été conquis, mais il ne s'est pas donné; il supporte ce qu'il ne peut empêcher.
J'ai vu ici un Napolitain appelé Gaidi. C'est un homme instruit, qui cause agréablement, il a fait, dit-on, sur la Hollande, l'ouvrage le plus complet qui existe. Il doit être incessamment traduit par
M. Després. ^