‹ Mémoires de S. GirardinChapitre 62 sur 64 · MARDI 12 MAI · texte numérisé non relu

MARDI 12 MAI

Nous fûmes à Forbourg à onze heures. Le tems était effroyable. Nous vîmes le roi un instant sur les deux heures; il me dit que je ne devais pas douter qu'il ne fît tout au monde pour assurer le succès de l'emprunt de Naples , mais que M. Voot paraissait ne pas vouloir l'ouvrir avant le mois de septembre, ce qui lui paraissait être bien tard. Je lui fis remarquer que ce serait effectivement affaiblir beaucoup le service qu'il voulait rendre à son frère. II promit d'en rapprocher l'époque, me recommanda de lui écrire le résultat de l'entretien que je devais avoir avec M. Hope, il nous engagea beaucoup à l'accompagner à Loo , ce que nous refusâmes. Il me dit de repasser le soir, qu'il voulait me remettre des lettres pour le roi et la reine de Naples.

Nous vîmes la reine en sortant de chez le roi.

Elle était assise sur une chaise longue , dans le même état d'immobilité. Ses dames étaient assises autour d'elle. Mademoiselle d'Aunay faisait la lecture; elle la suspendit en nous voyant entrer. Elle garda le silence pendant plus d'un quart-d'heure. Elle nous fit signe ensuite d'approcher d'elle. La reine nous dit d'une voix basse et suffoquée : « J'é- « touffe; j'ai un poids là, je suis devenue insensible. « Je ne sens plus rien. Je puis parler de Napoléon, de « mon fils, sans verser une larme. Je l'ai vu mort, « ne respirant plus , je n'ai pas eu le courage de « l'embrasser. Pourquoi le ciel me punit-il aussi « cruellement, moi qui n'ai jamais fait le moindre « mal à personne ! »

La peine que cette mère désolée nous fit éprouver ne peut se rendre. Si on ne cherche pas à la tirer de cet état, elle deviendra stupide et s'éteindra dans les pleurs.

Nous retournâmes le soir à Forbourg ; la princesse Caroline y était arrivée. Elle avait décidé la reine à aller à Lacken où l'impératrice devait venir.

J'aperçus le roi, sur les onze heures, il m'a dit qu'il lui avait été impossible de trouver le tems d'écrire les lettres qu'il devait me remettre. Nous partîmes avant minuit pour Amsterdam.

MERCREDI l3 MARS.

Nous arrivâmes à sept heures à Amsterdam. A dix heures et demie nous étions chez M. Hope. M. Labouchère etlui furent fort obligeans. Ilsrédigèrent la

lettre qui contenait rengagement à prendre pour la direction de l'emprunt comme nous ledésirâmes, et cette affaire , qui dans l'origine paraissait présenter tant de difficultés , fut heureusement terminée. Je répondis à la lettre de ces messieurs pour les autoriser à solliciter , du roi de Hollande , la permission d'ouvrir l'emprunt.

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