Notre conversation fut interrompue
1. — Je vais la reprendre: des réunions se formèrent peu de jours après le départ du général Bonaparte. Lorsqu'il fut constant qu'il avait passe les Alpes, et prenait le commandement de l'armée de réserve , les membres des commissions * furent
1 Stanislas Girardin est un des trois. Il était alors membre du tribunal.
' Le 18 brumaire on nomma des commissions législatives pour s'occuper d'un projet de Constitution.
convoqués; à l'exception de Lucien et du petit B**, presque tous s'y rendirent: un membre exposa le motif de la convocation, fit un tableau de la situation de la République, et ajouta : qu'il était possible que Bonaparte vint à périr au milieu de son entreprise. « Un coup de fusil, dit -il, peut à tout instant le priver de la vie. Après sa mort, que deviendrait la France? Que deviendrions-nous? nous, républicains, nous qui avons voté la condamnation de Louis? Supposons que Bonaparte soit tué au moment où cette nouvelle sera parvenue au gouvernement; il se formera un Conseil qui sera, vraisemblablement, composé des consuls et des ministres. Cambacérès a donné, comme nous, des gages à la révolution ; mais il n'a jamais été très-prononcé, il a toujours cherché à garder des ménagemens vis-à-vis de tous les partis ; c'est un homme faible , et conséquemment susceptible de se laisser entraîner. Lebrun est royaliste, Talleyrand, Abrial, le sont également. L***est ambitieux, , il est lié avec nos irréconciliables ennemis, les chefs des terroristes. Fouché est donc le seul qui offre des garanties et sur lequel nous puissions compter. Mais pourrait-il empêcher qu'il ne fût pris un parti extrêmement fâcheux pour nous? non; il ne faut pas nous le dissimuler, une fois arrêté, nous ne pourrons plus nous y oposer. Notre salut, celui de notre pays, exige donc que nous nous occupions dès à présent cle ce qu'il y aurait à faire, dans le cas où Bonaparte viendrait à être tué , et du choix de son successeur. Voilà donc les deux
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points soumis à vos méditations, et, dans notre prochaine réunion , chacun de nous fera part à cette assemblée de ses réflexions. »
Le n° x prend un fauteuil, pose sa lumière et continue :
Un membre, et je crois que c était Ch**, prend la parole, et observe que Ton pourrait, sur-lechamp, s'occuper du choix du successeur. On passe en revue tous les militaires : Masséna, Bernadotte ; Moreau fixe plus long-tems la discussion, ses opinions politiques sont peu connues , son caractère est faible, enfin cet homme n'offre point de garanties suffisantes. D'ailleurs on ajoute : qu'ils ont trop à se plaindre de Bonaparte pour vouloir jamais consentir à donner leurs suffrages à un militaire. On parle de Lucien avec éloge; mais on convient que ce n'est pas l'homme qu'il faut. Quelques mots sont proférés sur Joseph. On croit que sa timidité est affectation; son goût pour les plaisirs champêtres , une ruse. Son ambition mérite d'autant plus d'être surveillée, qu'elle est sourde, et en conséquence dangereuse. Le nom de Carnot est prononcé. Des objections sont sur-le-champ présentées. Il a été fructidorisé. Il est conséquemment l'ennemi des auteurs de cette journée. Mais on répond: qu'il a voté la mort, qu'il a été membre du comité de salut public ; qu'il ne consentira pas à transiger avec les royalistes. Il assure aux conventionnels la plus complète sécurité; il tient aux militaires, par les plans des belles campagnes de 93 , dont il est l'auteur. Il est l'ami intime de Mom*. 11
reau.Enton si ce n'est pas celui que nous désirerions le plus^ de tous ceux qui peuvent arriver au consulat, c'est celui qui mérite la préférence; et celui en faveur duquel nous devons réunir tous nos efforts.
Tous les membres de la réunion se prononcèrent pour Carnot. Avant de se séparer, on convint de se réunir très-prochainement. Les détails dont je viens de vous faire part sont surs, ils m'ont été donnés par deux personnes différentes. Toutes deux sont à portée d'être bien instruites. Talleyrand me les a confirmés. Ce qui vous surprendra c'est qu'il a ajouté que Syeyes était tout-àfait pour Carnot, et qu'il en avait la certitude. »
2. — De ce que vous venez de nous dire, deux choses m'é tonnent également. L'une que Ch.*** soit partisan de Syeyes, et l'autre que Syey es désire l'élévation de Carnot. Ch.*** n'a point été conventionnel ; pendant la terreur il a été vivement persécuté, et même traduit au tribunal révolutionnaire. Il est lié avec Le Brun , il ne dissimule pas ses opinions, elles sont loin d'être républicaines, et loin surtout d'être conformes à celles de Syeyes. Il aime à parler toutes les fois qu'il en trouve l'occasion, il n'est pas surprenant qu'il ait été, pour ainsi dire, l'orateur privilégié de la réunion. Mais, en parlant pour Carnot, il pouvait être loin d'imaginer qu'il fesait sa cour à Syeyes. Comment, en effet, penser que Syeyes puisse désirer que le général soit remplacé par Carnot? Syeyes a-t-il oublié l'assassinat de l'abbé Poule, et peut-il croire que Carnot oubliera jamais là
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manière dont il en attiré vengeance, le 18 fructidor? h
Le n° 3 ferme les doubles 'portes du salon. Après un moment de silence, il prend la parole :
a. — Vous a dit la véritêsur Ch*** : il est inutile de perdre du tems à expliquer sa conduite. Le rapprochement de Syeyes vers Carnot n'était pas présu* mable , mais il a pu être le résultat des circonstances , et tous les jours les hommes dont les intérêts sont communs se réunissent sans s'aimer.
1 . — Tout ce que Syeyes craint, c'est d'être pendu pour avoir voté la mort. Carnot lui donne , sous ce rapport, une grande sécurité. Et il espère qu'en contribuant à son élévation, il lui laissera la faculté de manger tranquillement l'argent qu'il a touché comme directeur, et comme consul. Ajnsï, sécurité est la bannière sous laquelle Syeyes, Chénier et compagnie viendront toujours se ranger, lorsqu'ils verront que le pouvoir ne peut leur appartenir.
a. — Je crois vous avoir dit déjà que, le lendemain du jour du départ du général, il s'était formé un comité peu nombreux , composé des plus chauds partisans de Syeyes et de ses plus intimes amis. Il est difficile que là les suffrages aient été pour Carnot; mais il est vraisemblable que c'est là que la convocation des membres des commissions a été résolue. Aucun de ceux du comité- directeur n'a pris la parole. Tous ont été fort aises peut-être que les suffrages se portassent sur Carnot, puisqu'il peut en résulter deux choses également avanta-
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geuses pour eux. Si Carnot était nommé, il est bon qu'il puisse leur en avoir obligation; si Bonaparte n'est pas tué , ne voudra-t-il pas perdre l'homme ainsi désigné pour être son successeur ? Il faudrait s'assurer si Carnot est étranger à cette intrigue, et si elle n'est pas dirigée contre lui.
i . — Vous pouvez avoir raison ; Talleyrand m'a promis de parvenir à connaître lesecret de Syeyes, et m'a fort assuré qu'il avait des moyens infaillibles pour y parvenir ; malgré son extrême réserve j'ai des raisons particulières de croire qu'il est franc vis-à-vis de moi; nos intérêts sont les mêmes.
3. — Comment Tal.... , ami de Syeyes, est-il aussi complètement dévoué au général ?
a. — Parce qu'il n'a et ne peut avoir d'autre appui. Il sait que Syeyes n'aime pas Bonaparte ; mais il sait parfaitement bien que Bonaparte est le seul qui puisse lui conserver puissance, richesse et sûreté. Il a toujours jeu le projet de l'élever à la place qu'il occupe, parce qu'il a cru qu'aucun autre que lui ne pouvait s'y maintenir.
i. — A l'appui de ce que vient de dire a , je dois ajouter qu'à l'époque où nous résolûmes de faire le *3o prairial, T.. . me dit: « Syeyes n'est pas l'ami du général , il faut pourtant qu'il soit directeur , lui seul peut en l'absence de Bonaparte nous tirer de l'affreuse position dans laquelle nous sommes. Je ne puis vous cacher que de tous les membres du Directoire il sera celui qui s'opposera avec le plus de force au retour de Bonaparte; mais nous
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emploierons pour le faire revenir des moyens qu'il n'aura pas la possibilité de combattre. »
a. — Revenons au sujet qui nous occupe. Examinons si Carnot est l'homme qui doit convenir, dans le cas où Bonaparte viendrait à périr. Si cela est, il faudra nous donner l'avantage de contribuer à le faire arriver à la première place de l'État. Si Carnot ne peut faire le bonheur de la France , voyons les moyens à employer pour l'empêcher de pouvoir être nommé consul. Le plus puissant serait de lui opposer un concurrent capable de balancer les suffrages. Quel serait ce concurrent?
i . — C'est là le point de la question ; mais il n'est pas facile à résoudre. Je m'en suis déjà occupé de concert avec quelques autres personnes. Que penseriez-vous de Lafayette ?
a. — Lafayette n'a point un parti assez puissant : les bourgeois de Paris lui seront éternellement reconnaissans de lui avoir dû la faculté de porter des. uniformes et des épaulettes ; mais l'armée ne l'accepterait pas. Il serait parfait pour constituer la garde nationale; il ferait un excellent commandant de Paris. C'est un homme de bien; un ami pur et désintéressé de la liberté ; il faut en faire un sénateur.
1 . — S'il eût été rayé , lorsque la commission chargée de traiter la paix avec les commissaires, américains fat nommée , le général l'eût placé parmi les membres de cette commission.
s. — C'eût été un choix honorable et convenable sous tous les rapports ; aucun n aurait pu être plus agréable pour la France et pour l'Amérique.
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Mais revenons au sujet qui nous occupe, et par* Ions de Moreau.
i. — Je n'aurais point d'objections à faire contre Moreau, si je ne le connaissais pas personnellement; mais je le regarde comme au-dessous d'une aussi importante fonction. Il n'a pas des vues assez hautes , un caractère assez décidé.
3. — Cela est d'autant plus fâcheux qu'il est vraisemblable que, dans le cas dont nous parlons , il réunirait la majorité des suffrages. Il n'y aurait pas même de doute, si ceux du sénat étaient entièrement libres. Les corps faibles se tournent toujours du côté des hommes forts, et les hommes forts, à leurs yeux, sont ceux qui disposent de la forcç.
1. — Moreau a déclaré qu'il n accepterait pas, et demande que tous les suffrages se réunissent en faveur de son ami Carnot, auquel il prêtera son appui.
s. — D'après cela Carnot, s'il n'avait pas toutes les chances, en aurait un jgrand nombre. Mais Carnot ne ferait pas le bonheur de mon pays. 11 appartient, comme membre du comité de salut public , à une coterie qui se trouve être en opposition avec l'immense majorité de la nation. Dans le premier instant, il réunirait tous les partis; mais ils se diviseraient bien vite, et, pour se soustraire a leurs fureurs, il embrasserait celui des conventionnels, écarterait peut-être les hommes sages et modérés, et croirait ne pouvoir régner qu'en ramenant les principes du comité de salut public.
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i. — Carnot a «voté la mort. C'est à mes yeux un motif puissant pour l'exclure, et ce n est pas le seul.
s. — Son caractère m'est connu, et la puissance pourrait devenir dangereuse entre ses mains. Il ne peut aimer Bonaparte, et ne peut être attaché à sa famille.
a. — Mais encore un coup, quel est le concurrent que Ton pourrait lui opposer avec avantage?
s. — Cela mérite d'y réfléchir, on ne peut le désigner ainsi tout-à-coup.
i regardait attentivement dans les yeux des deux, interlocuteurs, et cherchait à y surprendre le- fond de leur pensée. 3 se promenait en long et en large, parlait avec vivacité, et continuait à déclamer contre Carnot. a était appuyé sur la cheminée.
a. — Ne divaguons pas, et arrivons droit au fait. Supposons Bonaparte tué, et c'est le plus grand malheur qui pourrait arriver à la France , dans les circonstances actuelles. Hé bien ! le sénat réuni pour lui donner un successeur n'aurait à choisir qu'entre quatre candidats : Moreau, Carnot, Joseph et Lucien.
I . — Moreau a déclaré qu'il n'avait pas d'ambition personnelle, et n'accepterait pas cette place, lors même qu'il serait dans l'intention du sénat de la lui conférer; mais qu'il verrait avec un extrême plaisir les suffrages se porter sur Carnot , comme je vous l'ai déjà dit.
a. — Alors il ne resterait plus que trois candidats. Si l'on croit que Carnot ne convienne pas,
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si ou ne le considère pas commê un homme capable de faire le bonheur de son pays; a-t-on les moyens de neutraliser son influence? a-t-on ceux de l'écarter?
s. — Le général a fait une grande faute, en le nommant ministre , il a rappelé sur lui l'attention publique , et a contribué à le réconcilier avec l'opinion.
1. — On peut néanmoins parvenir encore à l'éloigner, et peut-être le devrait-on. Car, lorsque tout est arrangé pour succéder à quelqu'un, et qu'il n'y a plus qu'un seul obstacle, on pourrait ne pas résister à la tentation de le renverser. Le général pourrait le craindre; instruit de ce qui s'est passé dans la réunion des comités , par un homme auquel il a confiance, par Joseph, par exemple, il ne serait pas disposé à traiter favorablement celui qui a eu la faveur de cette réunion. Ainsi on lui ferait donner une nouvelle mission pour les armées.
a. — Cela serait facile , et le général se déterminerait même à l'appeler auprès de lui , et lui ferait subir cette espèce de surveillance; mais Carnot parti, cela ne serait pas suffisant.
i. — Non sans doute, il faudrait ensuite changer le ministre de la police. Celui qui occupe cette place n'est pas un homme sur lequel il soit raisonnablement permis de compter. Vous connaissez B..; qu'en pensez-vous?
a. — Il a toutes les qualités nécessaires pour faire un excellent ministre de la police; mais il ne connaît point assez Paris.
i. — Cela peut être. Le commandant de la force armée passe pour être un brave homme, s. — Il est peu connu.
1 . — C'est le fils d'un membre de l'Assemblée constituante; d'ailleurs si on n'en était pas complettement sûr, on n'aurait d'autre embarras que celui du choix , pour lui trouver un successeur. B*** ferait ce que l'on voudrait. Un mot de Joseph serait suffisant pour le déterminer à tout entreprendre.
2. — Néanmoins cela ne serait pas un choix convenable, ceux qui sont réprouvés par l'opinion ne valent jamais rien. Lorsqu'on veut l'avoir pour soi, on doit la respecter même dans ses erreurs.
s. — S'il fallait se déterminer entre Lucien et Joseph, Joseph aurait bien certainement la préférence.
i. — Pourquoi, car il est connu de fort peu de monde?
s. — Mais il l'est avantageusement, son caractère est celui de la modération, il est connu sous ce rapport.
I — Lucien à plus de moyens.
s. — Non, et pendant son ministère, il s'est aliéné la bienveillance publique.
i. — En changeant de conduite ne pourrait-il pas tout réparer?
a. — Un jour suffit pour perdre la bienveillance publique, des années entières sont insuffisantes pour la reconquérir; sa nomination serait un sujet d'inquiétude, celle de Joseph un sujet d'espérance.
i. — Joseph pourrait arriver là. La chose ne
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serait pas impossible , et elle n'est même pas trèsdifficile ; mais ce qui le serait extrêmement ensuite, ce serait d'y rester et de s'y maintenir. La mort du gênerai ranimerait tous les partis, réveillerait toutes les espérances, rendrait de la confiance aux étrangers. Bonaparte n'ayant pu les déterminer à faire la paix, son successeur pourrait-il se flatter de parvenir à les y contraindre?
s. — Si la famille du général pouvait être tranquille après lui, il est évident que ce serait un ami perfide que celui qui donnerait à Joseph le conseil de succéder à son frère. Mais son goût pour la campagne pourrait-il le soustraire aux vengeances de ses ennemis. Ne serait-il pas pour eux un objet d'inquiétude; lors même qu'ils consentiraient à le laisser vivre tranquille, pourrait-il l'être ? Lucien , ardent , ambitieux, entreprenant, ne finirait-il pas par l'entraîner dans quelques démarches hasardeuses? pourrait-il décemment séparer sa cause de la sienne?
1. — Joseph n'est pas militaire, il a servi trop peu de tems pour s'être fait une réputation daus ce genre-là.
2 — Qu'importe? tous les généraux attachés à son frère ne deviendraient- ils pas les siens?
s. — Croit -il que ses généraux consentiraient facilement à voir passer la puissance consulaire dans des mains qui ne seraient pas amies? ne se réuniraient-ils pas pour pousser Joseph indépendamment de sa volonté, sans même le consulter? N'est-il pas celui qui leur offre le plus de sécurité?
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Ne compte-t-il pas deux beaux-frères et même trois parmi eux?
1. — Joseph est loin, par ses goûts, d'aspirer à une pareille place : il pourrait cependant voir se développer, par l'effet des circonstances, les grands moyens propres à la remplir; et je ne crois pas qu'il doive s'en juger indigne ou incapable.
3. — Ce n'est pas ses goûts qu'il s'agit de suivre, mais c'est sa fortune, sa tète qu'il faut conserver; c'est la tranquillité , le bonheur des siens qu'il faut assurer, c'est la voix irapérative de la nécessité qui dicte le parti qu'il faut prendre dans certaines circonstances; et dans celle que nous supposons, il n'aurait à choisir qu'entre la puissance ou l'exil.
1. — Les vérités que vous venez de nous dire ne peuvent être contestées. Mais croyez-vous qu'un sacrifice aussi pénible que la vie, ne soit pas celui de se mettre dans une situation où l'on peut avoir des reproches à se faire, et des reproches à essuyer?
s. — Ce sacrifice sans doute est pénible, mais ces reproches ne peuvent pas toujours être fondés; et Joseph pourrait prétendre à ne les point mériter. Connaître les secrets du gouvernement, c'est un moyen d'apprendre l'art de gouverner. Avoir été témoin de quelques fautes, c'est avoir la possibilité de les éviter.
1 . — Il n'a jamais donné un mauvais conseil au général , qui a eu quelquefois à se repentir de ne les avoir pas suivis tous.
a. — Le grand tort du général est de n'avoir pas nommé tous les membres des autorités constituées:
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la bonté des choixpeut seule faire excuser la violation des principes.
i. — Il a cru devoir ménager tous les partis.
s. — Tout ménagement est faiblesse.
i. — Gela est vrai, mais il était loin de connaître sa force.
a. — Le malheur que nous paraissons craindre n'arrivera pas. Bonaparte victorieux contraindra les ennemis de la France à consentir à une paix devenue nécessaire. Après avoir assuré la tranquillité extérieure il s'occupera de la paix intérieure , et n'hésitera pas sans doute à faire, pour atteindre à ce but , tous les changemens nécessaires. La constitution renferme plusieurs germes d'anarchie , il faudra les détruire.
i . — Je le pense comme vous , et l'élection d'un chef de l'État tous les dix ans deviendrait l'époque des troubles les plus violens »
La conversation languissait. Le but qui avait engagé le n° i à Tavoir, était rempli depuis long-tems. Le n* 2 fait observer que la pendule marquait deux heures , et qu'il était tems de se retirer. On se retira , et, après une semblable conversation, le sommeil a dû être agité.