‹ Mémoires de S. GirardinChapitre 10 sur 64 · FRUCTIDOR AN IX · texte numérisé non relu

FRUCTIDOR AN IX

Des rapports de voisinage m'ont conduit à des rapports d'intimité avec Joseph Bonaparte. Le premier consul était à Mortefontaine, chez son frère; il est venu ce matin déjeûner à Ermenonville. Nous àvons commencé par lui donner le plaisir de la chasse aux lapins, dans le désert. Une partie de ces lapins, moins sauvages que les autres, étaient si curieux d admirer le héros de l'armée d'Italie que, loin de fuir, ils accouraient se grouper autour de lui. Le premier consul prenait un plaisir singulier à ce spectacle nouveau , dont il finit par soupçonner le secret, et l'heure de la col-/ lation s'écoulait. Nous retournons enfin au château , et nous trouvons madame Bonaparte à table. Le premier consul fronça le sourcil, comme s'il était mécontent qu'on ne l'eût pas attendu et dit : « Il parait que les femmes commandent ici. » Il ne mangea que quelques feuilles de salade, et but un verre de vin de Bordeaux. Il se leva ensuite pour aller visiter les jardins qu'il ne connaissait pas , et qu'il prit plaisir à parcourir. Arrivé dans 111e des Peupliers, il s'est arrêté devant le tombeau de

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Jean-Jacques, et a dit : a U aurait mieux valu pour le repos de la France que cet homme n'eût pas existé. — Et pourquoi , citoyen consul , lui dis-je ?

— C'est lui qui a préparé la révolution française.

— Je croyais , citoyen consul , que ce n'était pas à vous à vous plaindre de la révolution. — Eh bien ! répliqua-t-il , l'avenir apprendra s'il n'eût pas mieux valu, pour le repos de la terre, que ni Rousseau ni moi n'eussions jamais, existé. » Et il reprit d'un air rêveur sa promenade.

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