Vol. Guerre 888, n
ennemis reconnurent qu'on la passoit, ils se retirèrent fort prompteraent, et ces Messieurs les poussèrent avec tant de vigueur qu'ils joignirent leur escorte de cavalerie dans la plaine, l'infantei'ie s'étant sauvée par les bois et le long du ruisseau. Six escadrons de la cavalerie des ennemis les attendirent et vinrent très bien à la charge. Villepion, qui étoit là avec son régiment, un escadron de Bezons et des dragons, les rompit, et toute leur escorte et les fourrageurs furent renversés et poussés jusque dans les portes de Walcourt par le chevalier de Tilladet, qui les chargea, et par M. le duc de Choiseul, qui se trouva là et qui eut une légère contusion au côté.
Un succès si heureux me porta à voir si on ne pourroit pas les en chasser, étant persuadé par le rapport de tous les gens du pays que les murailles de Walcourt étoient ruinées et qu'on y pourroit entrer facilement. Tous les mouvements que fit l'armée des ennemis, qui me parurent fort mauvais, m'y engagèrent encore, et ce qui acheva de me déterminer à le faire attaquer est que, si l'on avoit pu emporter ce poste-là, il est assuré que leur armée auroit eu beaucoup de peine à se retirer et qu'il leur en auroit coûté leur canon, leur bagage et même leur arrièregarde. Il étoit impossible de pénétrer dans leur camp que par cet endroit-là et sans être maître de Walcourt. Mon dessein étoit d'y faire entrer de l'infanterie, à la faveur de laquelle toute la cavalerie auroit pu s'étendre dans une plaine qui est entre Walcourt et leur camp.
Leur mauvaise disposition m'obligea de faire avancer la brigade des Gardes et celle de Champagne pour commencer l'attaque, avec cinq cents mousquetaires qui étoient à la tête, commandés par M. le comte de Soissons et soutenus par la Maison du Roi et toute l'aile droite. Aussitôt que ces troupes furent arrivées, M. de Rubentel, avec MM. de Montrevel et de Ximénès, disposèrent les attaques, et, comme j'avois fait avancer M. du Metz avec sept ou
huit pièces de campagne, on les tira aux tours et à la porte de la ville pour essayer d'en rendre l'accès plus facile. Les ennemis n'avoient d'abord que cinq cents hommes de Hesse dans Walcourt; mais, comme l'infanterie de l'escorte de leur fourrage, qui avoit été poussée, s'y retira encore, elle contribua à rendre la résistance des ennemis plus vigoureuse et au malheur qui nous est arrivé.
Le régiment des Gardes ni celui de Champag^ne n'ayant jamais pu monter h l'endroit des murailles où l'on jugeoit qu'il V avoit des brèches, parce qu'il étoit trop escarpé, ni enfoncer les portes, derrière lesquelles on avoit mis beaucoup de fumier, ils firent pendant ce temps-là couler encore dedans de l'infanterie, par des ravins où on ne la pouvoit découvrir, et avancèrent derrière quelques bataillons, sans qu'on les put couper, d'autant que le pavs qui est h droite et à gauche de la ville est impraticable. De sorte que, vovant qu'il étoit impossible, ce poste-là étant soutenu de toute leur armée, de pouvoir rien faire, et après une perte considérable, principalement d'officiers, que je ne vous puis mander sans un extrême reg^-et, je fus obligé de faire retirer l'infanterie et de rétourner dans le premier camp où je m'étois proposé d'aller. Les ennemis avoient mis, pendant que dura l'attaque, beaucoup de canon sur les hauteurs, qui ne nous tua personne que M. de Saint-Gelais et un commissaire d'artillerie, d'un coup perdu tiré à toute volée de près d'un quart de lieue.
Je suis obligé de vous dire que M. d'Avejan et le major général ont très' bien fait leur devoir et se sont trouvés partout. J'ai chargé le dernier de vous rendre compte des officiers d'infanterie et soldats qui ont été tués ou blessés. Je vous envoie aussi le mémoire de ceux des ennemis qui ont été pris. Il y en a soixante-neuf, \ compris les officiers, sans compter ceux qu'on m'amène à tout moment. M. le duc de Richmond, M. de Tonnerre et le chevalier de Cal-
visson, qui a été blessé à la cuisse, y ont très bien fait; M. de Chazeron a aussi été blessé à la joue dans le temps que j'allois reconnoître, et Tibergeau étant à la batterie; on vient de m'assurer que la blessure de M. le chevalier Colbert est moins dangereuse qu'on ne l'avoitcru d'abord.
M. d'Avejan vient de me dire qu'il y a eu cent sept soldats des Gardes francoises tués et cent cinquante-six blessés. On ne peut pas assez exagérer la valeur de tout le régiment, et surtout des officiers, dont ils ont fort souffert.
J'apprends dans ce moment que les ennemis se retranchent dans leur camp, quoiqu'il seroit difficile d'en trouver un plus sûr. Je ne laisserai pas de m'en approcher encore demain et je mettrai la droite de l'armée à la rivière d'Heure et la gauche vers Donstienne. Je souhaite d'y trouver assez de fourrage pour y demeurer aussi longtemps et observer les démarches qu'ils feront...
Je suis, etc.