A^ol. Guerre 888, n
lieutenant général de jour, que l'armée, en arrivant, avoit trouvé les ennemis au fourrage du coté de Silenrieux, où devoit être la droite du camp, et que sept ou huit cents hommes d'infanterie s'étoient retirés dans une forge qui est au bas dudit village, sur le ruisseau qui est à gauche en allant de Philippeville à Walcourt. On s'avança de ce côté, et on vit un très grand nombre de fourrageurs sur la hauteur au delà du ruisseau, qui se retiroient en grande diligence, et des escadrons sur la même hauteur, qui s'avançoient pour les soutenir. M. le maréchal fit descendre des dragons dans le fond sur la main droite et de la cavalerie sur la main gauche pour couper cette infanterie en cas qu'elle prît le parti de se retirer, ce qui arriva un moment après. On la vit sortir de la forge, les dragons n'avant pu arriver assez tôt, et regagner en diligence leurs escadrons. Les dragons les suivirent en escarmouchant, et, comme M. le maréchal s'aperçut que le nombre des escadrons de la cavalerie ennemie grossissoit sur la hauteur opposée à celle d'où il les voyoit, le ruisseau de Silenrieux entre deux, il envoya M. le chevalier de Tilladet prendre le premier escadron de Bezons et les trois de Villepion, qui se trouvèrent sous sa main. Il les fit descendre, passer le ruisseau de Silenrieux par un très mauvais défilé et monter la hauteur sur laquelle étoient les ennemis. Ils n'y furent pas plus tôt que, s'étant formés, ils essuyèrent la décharge de cinq escadrons ou troupes de cavalerie et, en même temps, l'épée à la main et M. le chevalier de Tilladet à leur tête, ils firent plier ces escadrons et les obligèrent de se retirer en désordre vers leur cavalerie, qui éloit en bataille le long d'un bois, de l'autre côté du ruisseau qu'on trouve à main droite en venant à Walcourt de Philippeville. Le chevalier de Calvisson, volontaire, y fut blessé à la cuisse d'un coup de mousquet; M. de Tonnerre y eut un cheval blessé sous lui; quelques officiers des deux régiments de cavalerie furent tués et blessés et
quelques cavaliers aussi, mais en petit nombre. M. de Villepion étoit à la tête de son régiment; M. de Bezons étoit malheureusement ailleurs. On ne peut assez louer la valeur des officiers et la fermeté de ces cavaliers de nouvelle levée.
Tout alloit bien jusque-là ; il paroissoit beaucoup de désordre dans le camp des ennemis, que l'on découvroit derrière Walcourt. M. le maréchal prit la résolution de le faire attaquer; il fit venir du canon; on fit une batterie de ce côté-là; on en fit une autre sur les escadrons qui paroissoient le long du bois sur la droite, le ruisseau entre deux. On fit avancer les brigades du régiment des Gardes et de Champagne. Le canon qui donnoit sur la ville y fit peu d'effet. Elle se trouva défendue par un fossé, une muraille, un rempart et beaucoup d'infanterie qui étoit dedans. L'armée des ennemis faisoit passer des bataillons dans des haies, qui tiroient sur les nôtres. Enfin, après un feu continuel et terrible de plus de deux heures, les officiers et les soldats ayant fait au delà de tout ce qu'on peut attendre des plus braves gens du monde, on fut obligé de retirer les troupes et le canon. Les ennemis a voient fait avancer le leur, dont ils commeuçoient à faire grand feu dans le temps qu'on se retira. M. de Saint-Gelais en fut tué aux côtés de M. le maréchal d'Humières, et le chevalier du Metz Tiercelin, dont vous avez ouï parler il y a quelque temps, en fut aussi emporté. On a perdu bien du monde à cette attaque. M. le chevalier Colbert a été blessé très dangereusement à la tête d'un coup de mousquet qui lui crève l'œil; on n'en espère rien. Je compte au moins quatre cents soldats tués ou blessés, et la plus grande partie du régiment des Gardes. Je vous envoie la liste des officiers. Nous faisons ce que nous pouvons pour les blessés, qui seront conduits, si je puis, ce soir à Philippeville. Ils seront bien mieux qu'ici, où tout nous manque, jusques à l'eau. Je ne vous dirai rien des mouvements des
ennemis, je sais seulement qu'ils font fortifier Walcourt et que leur cavalerie paroît sur la même hauteur qu'ils occupoient hier. Je suis, etc.
Du Gué de Bagnols.
Suit la liste nominative des officiers tués et blessés.
Le marquis de Villars à M. de LouvoisK
Au camp de Bossut, ce 25® août 1689.
Monseigneur,
Vous serez informé par trop d'endroits de l'affaire d'aujourd hui, pour que je croie vous en devoir mander les détails. Les commencements en ont été fort heureux, et, si l'on avoit bien voulu se contenter de l'honneur que la cavalerie y avoit acquis, tout étoit à souhait. Je ne vous parlerai. Monseigneur, que de ce qui la regarde.
L'armée marchant pour s'approcher des ennemis, en arrivant à Silenrieux on a trouvé toutes leurs troupes au fourrage, et d'abord l'on en prit un assez grand nombre. Il m'a paru que cela passoit quarante, et, si le hasard n'eût fait que les dragons n'ont pas suivi la route que le chevalier de Tilladet leur avoit ordonnée, il est certain qu'on auroit défait cinq à six cents hommes de pied et pris beaucoup de chevaux; mais le temps qu'on a mis à attendre les dragons avant donné aux ennemis celui de retirer leurs fourrageurs et de poster leur infanterie, a rendu l'affaire plus difficile. Cependant, M. le maréchal, étant arrivé, a ordonné de marcher aux ennemis par le chemin des forges et aux premiers escadrons de cavalerie de les couper par celui de Silenrieux. Les premiers escadrons ont pris par Silenrieux et les trois de Villepion et le premier de Bezons, commandés par les sieurs de Villepion et de Bondv, ont