Vol. Guerre 992, n
rendre compte de ce qui regarde l'artillerie de l'équipage que je dois commander cette campagne...
Les charrettes venues d'Alsace pour porter les munitions de guerre de l'armée de la Moselle sont bonnes; mais elles sont absolument inutiles pour cet emploi : elles sont si massives, que je ne crois pas que quatre chevaux les pussent seulement tirer du moindre mauvais pas avec huit cents livres de charge, et, qui pis est, elles sont à la grand voie, et vous savez que celles de ce pays ne s'y rapportent pas. .l'ai confronté aujourd'hui les deux et j'ai trouvé dix-sept pouces de différence de l'une à l'autre, c'est-à-dire que celles du pays les ont de moins. Pour remédier à cet inconvénient, il faudroit désassembler toutes ces quatre-vingts charrettes et porteries essieux aux forges d'Atrianges (?) près Thionville (car il n'y a point de chaufferies à Metz assez fortes), pour les couper au collet et rétrécir la voie, ce qui consommeroit un trop long temps, et le même massif ne laisseroit pas que de rester.
J'ai songé à un expédient pour suppléer à cet inconvénient, qui seroit, si vous le trouvez à propos, de prendre ce qu'il nous faut de charriots entre les meilleurs de ceux des paysans des environs de cette ville, du prix desquels il seroit fait une estimation par celui que vous commettriez pour cela; car je crois que votre intention seroit de les faire payer. Ils nous feroienl la campagne, et, après qu'elle sera finie, moyennant un petit radoub, on les meltroit au même état que ceux qui sont faits pour servir en Allemagne et en Flandre. Je ne sais point d'autre remède, cl je suis obligé de vous représenter qu'il est absolument utile pour le service de Sa Majesté; car, si nous étions obligés de nous servir de ces charrettes, il nous faudroit diminuer d'un tiers nos munitions, et, au moindre détour ou passage de montagnes, que l'on ne peut éviter aux pays où nous devons servir, tout demeureroit continuellement...
SAmCT-HiLAIRE.
[Au camp de Corbion, le 9 juin 1690. — Il informe le ministre qu'ayant trouvé à Metz de vieux essieux, il s'en est servi pour rétrécir la voie des charrettes venues d'Alsace, et qu'il a ainsi réussi à faire les charrois nécessaires, malgré quelques petits accidents. Quant aux affûts de nouvelle invention, « il n'y a pas manqué un clou depuis qu'ils sont paftis de Paris, et le roulage s'en trouve fort aisé et commode ». Il demande l'autorisation de faire faire une paire de timbales pour l'artillerie de l'armée.]
Saint-Hilaire à M. de Louçois^.
Au camp de Velenne, le 2^ juillet 1690.
Monseigneur,
Nous revenons de la bataille 2, que nous avons gagnée entièrement, nonobstant la valeur et la belle défense des ennemis, avec cent quinze pièces de canon, dont il y en a quarante-cinq pièces que nous avons pris aux ennemis. Je n'ai point l'honneur de vous en envoyer encore le détail, parce que le temps ne me le peut encore permettre, non plus que de vous informer de l'état auquel est toute l'artillerie. Nous avons perdu quelques chevaux, qui ont été pris et tués, dont je ne puis savoir le nombre jusques à cette heure.
Le pauvre M. du Metz a été tué d'un coup de mousquet dans la tête. Sa Majesté y perd un bon sujet. Pour ce qui me regarde, vous apprendrez. Monseigneur, que j'ai fait mon devoir, et, si vous me jugez digne de m'accorder un brevet de maréchal de camp, à quoi j'aspire avec tant d'ardeur, et de remplir les emplois de M. du Metz, je tiendrai le tout comme un effet de votre grâce et de votre bonté, dont je vous aurai une obligation éternelle, et je continuerai toute ma vie à remplir tous mes devoirs et d'être, etc.
Sainct-Hilaire .