‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 13 sur 128 · Parce qu'il se prétendait issu de maison souveraine · texte numérisé non relu

Parce qu'il se prétendait issu de maison souveraine

4. Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy (1665-1746), avait succédé en 1697 à son père Croissy comme secrétaire d'Etat des Affaires étrangères.

au Roi : c< Oui, sire, je promets de le garder. » Sa Majesté lui dit alors : « Levez-vous, M. le duc de Lor- « raine », et, s'étant levé en même temps, il se découvrit, lui fit une révérence, puis se recouvrit et fit couvrir le duc. En même temps, les princes du sang se couvrirent aussi, et Sa Majesté, ayant donné à Son Altesse des témoignages publics de sa bienveillance et de la satisfaction qu'elle avoit de le voir, le conduisit dans son cabinet, où ils furent seuls assez longtemps. Le duc, en étant sorti, revint à l'appartement de Monsieur le Grand, où Monsieur le vint reprendre et le ramena dans ses carrosses au Palais-Royal.

Mgr le duc de Lorraine resta encore cinq ou six jours à Paris et reçut toutes sortes d'honneurs et de bons traitements. Pendant ce temps, il alla à Marly, où le Roi l'attendoit, puis à Meudon et à la chasse avec les princes, et, Mgr le Dauphin s'étant trouvé à Paris à l'Opéra avec les trois princes ses fils, après le premier acte, M. le duc de Lorraine passa dans leur loge, où il prit congé d'eux, et partit la nuit suivante pour s'en retourner à Nancy. Le Roi et Monsieur lui firent de magnifiques présents. C'est ainsi que se passa cette cérémonie et cette entrevue, dont j'ai rapporté assez au long le détail pour en conserver la mémoire, ces sortes d'événements étant assez rares en France.

Le chancelier Boucherat mourut dans ce temps-là ^ , et le Roi donna cette grande charge, la première de la robe, à M. de Pontchartrain, qui avoit les finances, et les finances à M. de Ghamillart^, quelques années

1 . Il mourut le 2 septembre 1699 [Dangeau, t. VII, p. 141-143) .

2. Michel Chamillart (1652-1721), conseiller au Parlement en 1676, maître des requêtes en 1686, intendant à Rouen en

auparavant conseiller au parlement de Paris, et qui, dans ce temps-la, avoit été produit à la cour comme un excellent joueur de billard, où le Roi s'amusoit assez souvent ^ Le nouveau ministre, qui fut fort du goût de Sa Majesté, fit d'abord tout ce qu'il put pour redresser les finances ; car il avoit les meilleures intentions du monde et étoit fort honnête homme. Il auroit peutêtre réussi, quoiqu'il ne fût pas de ces esprits supérieurs, sans la guerre qui survint bientôt et qui réduisit le royaume à un si triste état qu'il ne s'en peut relever de longtemps et sans une espèce de miracle.

[Dans la conjoncture, qu'on jugeoit prochaine, de la mort du roi d'Espagne, on tint en France, cette année, beaucoup de vaisseaux armés, qui coûtèrent une grande dépense à cet État, dont il se seroit bien passé ; car cet armement servit à peu de chose, et le roi d'Espagne ne mourut pas encore. Je vais présentement changer de sujet.]

[Quoique la matière où je m'en vais entrer ne soit guère de ma compétence par rapport à ma profession, je ne laisserai pas d'en donner le précis. C'est ici le commencement de l'époque des démêlés de l'archevêque de Paris avec les Jésuites, qui ont tant éclaté et eu tant de suites fâcheuses, et en auront peut-être encore, au grand scandale du public et de la religion.]

[Le prélat que les Jésuites attaquèrent est de la maison de Noailles, une des bonnes et des illustrées du royaume, dont le chef alors possédoit, avec l'estime

1689, était intendant des finances depuis 1690; contrôleur général en 1699, secrétaire d'État de la guerre en 1701 ; il sera disgracié en 1709.

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