Sur la mer du Nord
voyant quelques troupes danoises qui vouloient s'opposer à la descente et que son vaisseau ne pouvoit approcher assez près, il se jeta dans une chaloupe, ordonnante ses troupes de suivre; et, cette chaloupe ne pouvant encore avancer assez près ni assez vite à son gré, ce jeune héros, impatient d'en venir aux mains, se jeta le premier dans l'eau, l'épée à la main, et ses troupes, animées par un tel exemple, en firent incontinent de même et marchèrent aux ennemis, qui se retirèrent après une légère escarmouche. Le débarquement s'acheva tranquillement, et ce monarque s'avança jusques à deux lieues de Copenhague, où il fit retrancher sa petite armée, faisant dire aux habitants du pays qu'ils demeurassent tranquilles dans leurs maisons, et qu'il n'étoit pas venu pour faire la guerre, mais pour faire faire la paix. En effet, elle s'ensuivit bientôt, et ses troupes vécurent avec une discipline si exacte, qu'il ne fut fait aucun tort ni pillage, et que les habitants apportoient des viNTCs dans son camp avec autant de liberté que si c'eût été à leurs propres gens. Cet événement brusque fit consentir sérieusement le roi de Danemark à entendre à la paix, et les conférences pour en traiter furent reprises avec tant de vivacité que le traité fut arrêté et conclu à Travendal* en onze jours-. Il portoit en substance : 1° qu'il y auroit entre le roi de Danemark et le duc de Holstein un oubli général de tout le passé ; 2° que les traités précédents seroient confirmés par celui-ci; 3° que le roi de
1. Travendal ou Traventhal, village et château du Holstein, à vingt-trois kilomètres ouest de Lubeck.
2. Ce traité fut signé le 18 août 1700 (Du Mont, Corps diplomatique, t. VIT, impartie, p. 480;.
Danemark ne conserveroit au-dessus du duc de Holstein d'autres prérogatives que celles ratione ordinis; 4° que le roi donneroit au duc, pour le dédommager des pertes qu'il avoit souffertes, une somme de deux cent soixante mille écus payable à Hambourg douze jours après la signature du traité, moyennant quoi le duc renonceroit à toutes autres prétentions ; 5° que les sujets du duc seroient exempts à perpétuité de certains droits d'entrée et de sortie établis par le roi de Danemark dans le bailliage de Tunderen ; 6° que ce prince n'auroit jamais de ressentiment de ce que les garants de la paix d'Altona, et particulièrement le roi de Suède, auroient fait dans cette conjoncture; et enfin que l'on prieroit l'Empereur et le roi de France d'être garants de cette paix, qui ne fut guère favorable aux Danois, en conséquence de laquelle les armées de terre et de mer se retirèrent*.]
[Mais le roi de Suède, qui avoit déjà envoyé quelques troupes en Livonie pour s'opposer à celui de Pologne, qui, avec les Saxons et quelques seigneurs polonois, sans aveu de la république, avoit déjà fait une invasion dans cette province, et, après avoir pris quelques forts qui couvroient la ville de Riga, formoit le blocus de cette capitale, passa, dis-je, en personne dans la Livonie avec les troupes qu'il avoit occupées contre le Danemark. Le roi de Pologne rassembla toutes les siennes et marcha au-devant de lui ; mais il fut battu,
1. Sur cette guerre entre la Suède et le Danemark, on peut voir la Gazette d'Amsterdam, année 1700, et la Gazette de France^ correspondances de Hambourg. Le Journal de Dangeau en parle souvent : t. VIII, p. 217, 293, 299, 324, 325, 328, 337, 340, 349, 356, 360, etc.
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et son armée obligée de se retirer fort en désordre. Les forts se rendirent au roi de Suède, et il poursuivit son ennemi avec tant de vivacité qu'il le chassa encore de la Gourlande, où il prit la grosse artillerie que le roi de Pologne avoit assemblée à Mittau, capitale de cette province, pour faire le siège de Riga, ensemble tous les magasins qui avoient été faits de munitions de guerre et de bouche. Puis il marcha avec toutes ses troupes, qui ne faisoient qu'environ vingt mille hommes, droit à Narva^ autre ville de Livonie que le czar assiégeoit avec une armée de cent soixante mille hommes. Ce prince en détacha trente mille pour aller au-devant du roi de Suède et lui disputer les passages; mais ce jeune Alcide les força incontinent et les mit en déroute, et, sans s'arrêter davantage, marcha droit aux retranchements des Moscovites devant Narva et les força à la tête de sa poignée de monde en comparaison de cette armée formidable, qui fut totalement défaite devant cette ville ^. A leur retraite, ils eurent dix-huit mille hommes de tués sur la place et un grand nombre de blessés. Le roi de Suède fit vingt mille prisonniers, parmi lesquels se trouvèrent presque tous les officiers généraux du czar, prit cent cinquante pièces d'artillerie, cent drapeaux, le trésor des Moscovites, tous les bagages, et manqua de prendre le czar lui-même, qui eut bien de la peine à se sauver dans ses États avec le débris de son armée, dont la plupart avoient jeté leurs armes. De là le roi de Suède prit ses quartiers d'hiver dans la Gourlande et la frontière moscovite, puis passa dans la Lithuanie, où il prit