‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 2 sur 128 · Tome II, p · texte numérisé non relu

Tome II, p

Mgr le Dauphin, il instituoit le jeune prince électoral de Bavière, [son neveu de par la feue princesse sa mère*], son héritier universel en tous ses royaumes, États et pays, et même on savoit que Sa Majesté en avoit fait porter de grandes plaintes à la cour de Madrid. Quoi qu'il en soit, il paroît évident que, si Charles II étoit mort dans cette conjoncture, cette mort n'auroit été qu'un simple événement dans l'Europe, en ce que les puissances étrangères, à l'exception de l'Empereur, sembloient être contentes de cette disposition, qui maintenoit l'équilibre tant désiré entre les maisons de France et d'Autriche. [A quoi j'ajouterai que, s'il est permis d'en juger sur des apparences assez évidentes], on avoit sujet de croire que le Roi auroit à !a fin consenti à cette disposition, plutôt que de recommencer une guerre dans l'épuisement où étoit son royaume, [et de laquelle il étoit presque impossible d'attendre avec solidité un bon succès, à cause de tant d'États séparés et éloignés de ce royaume, qu'il auroit fallu conquérir, et dont aucuns étoient inaccessibles pai' la difficulté des passages, et, par rapport à la stérilité du pays et au génie des peuples, hors d'espérance de s'y maintenir, quand même, après les avoir forcés, on auroit pénétré jusques dans le cœur de l'Espagne; et, pour ce qui est des autres, ils étoient défendus par la jalousie des puis-

1. Joseph-Ferdinand-Léopold de Bavière, né en octobre 1692 et que nous verrons mourir ci-après (p. 12), était fils de l'électeur Maxirailien-Emmanuel et de sa première femme. Marie- Anne d'Autriche, morte en décembre 1692, et qui était fille de l'empereur Léopold et de l'infante Marguerite-Thérèse, sœur du roi Charles II d'Espagne.

sances, qui ne les auroient pas laissé occuper sans renouveler une guerre terrible et de longue haleine, dont le bon succès, ainsi que je l'ai déjà dit, n'étoit guère à espérer. Ainsi il sembloit que Sa Majesté se résolvoit à ne point disputer la succession d'Espagne au prince électoral de Bavière, lorsqu'elle deviendroit ouverte.] On en fut encore plus persuadé, quand on vit, immédiatement après l'échange des ratifications du traité de Ryswyk, que Sa Majesté fit faire une très grande réforme dans ses troupes, et casser presque tous les régiments des vieux officiers de cavalerie ^ pour conserver un plus grand nombre de ceux des jeunes seigneurs, à l'instigation, je le crois, de son ministre de la Guerre-, qui étoit jeune aussi. [Par la même cause, on cassa la moitié des compagnies de carabiniers, qui étoient l'élite de la cavalerie, et toutes les compagnies furent réduites à vingt ou vingt-cinq maîtres.] Par-dessus cela, on licencia impitoyablement tous les vieux soldats et cavaliers des régiments de cavalerie et d'infanterie conservés. Cette espèce de fureur s'étendit jusques aux troupes de la maison du Roi, sous prétexte que, quand la guerre reviendroit, ces gens là seroient morts, ou tout à fait hors de service, [et qu'il valoit mieux conserver les jeunes, qui alors pourroient encore être en état de servir. Je laisse à tout homme de bon sens à juger de la validité de ce prétexte ou de ce raisonnement] .

[Le bon ordre ne fut pas mieux établi dans les

1. Sur les réformes de troupes exécutées alors, voyez les Mémoires de Sourches, t. V, p. 359, 360, 364, 369, 371, 374, etc.

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