‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 21 sur 128 · Innocent XII (tome II, p. 262), qui mourut en · texte numérisé non relu

Innocent XII (tome II, p. 262), qui mourut en

des mesures pour tâcher d'empêcher qu'il n'eût lieu, [car il ne paroissoit pas de l'intérêt de l'un et de l'autre d'avoir les François si proches voisins en Italie et que les États dévolus à la France, au moyen de ce partage, fussent annexés à cette couronne pour toujours]. Dans cette extrémité, il étoit plus expédient que la succession d'Espagne ne fût pas divisée et tombât toute entière à un des princes de France, qui y avoit un droit naturel par sa naissance et que le Roi y maintiendroit vraisemblablement par sa grande puissance dès qu'il y seroit appelé par celui d'Espagne [et par la nation] . Cette monarchie ainsi dévolue seroit absolument séparée de celle de France et se gouverneroit et régiroit par les conseils et les forces de la nation espagnole et, par conséquent, demeureroit toujours dans sa foiblesse. Il n'étoit pas moins contre leurs intérêts que les États d'Italie appartenant à l'Espagne tombassent à l'Empereur en vertu de son droit, d'autant que, s'il en étoit une fois paisible possesseur, il ne manqueroit pas de faire valoir les anciennes prétentions des empereurs sur cette partie de la chrétienté. On prétend donc qu'après avoir bien pesé cette affaire, le Grand-Duc détermina le pape à faire agir le cardinal Portocarrero\ premier ministre en Espagne, pour porter le roi et son conseil à faire un nouveau testament, à l'effet duquel toute la nation espagnole ne manqueroit pas de donner les mains plutôt que de voir sa monarchie démembrée et expo-

1. Louis-Emmanuel Fernandez Boccanegra y Portocarrero (1634-1709), cardinal en 1669 et archevêque de Tolède en 1677, était premier ministi^e de Charles II et chancelier de Castille.

sée à des guerres dont il n'y avoit que la grande et redoutée puissance de la France qui la pût garantir. On ajoute que Sa Sainteté voulut aussi employer à cette intrigue le P. Diaz, confesseur du roi d'Espagne*, qui étoit moribond; mais que celui-ci, étant dans les intérêts de l'Empereur, n'y voulut point consentir, et en fut bientôt puni : car on ne lui substitua pas seulement un autre confesseur, mais il fut encore arrêté et conduit à Rome dans les prisons du Pape^, où il fut si bien gardé qu'il n'eut de commerce avec qui que ce soit et que l'Empereur le réclama inutilement.

Cependant, le ministre de France à la cour de Madrid^ pressoit fort le roi et son conseil de consentir au traité de partage et ne cessoit d'insérer dans les mémoires qu'il présentoit que le Roi son maître, étant bien informé du concert qu'il y avoit entre l'Espagne et l'Empereur, qui même se préparoit à envoyer de ses troupes du côté du Milanois, ne pourroit se dispenser d'y faire passer des siennes et de réclamer l'Angleterre et la Hollande de lui donner les secours promis pour le mettre en possession du lot qui lui étoit échu en pai^tage. Les ministres de France dans les autres cours tenoient à peu près le même langage; mais l'Empereur étoit si persuadé des dispositions favorables de la cour de Madrid, qu'il ne douta pas que toute cette succession ne lui fût bientôt acquise.

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