Marie-Anne de Bavière-Neubourg
3. Dans le manuscrit appartenant à M. le marquis de Nicolay, est intercalé ici un double feuillet de papier de format plus petit que le manuscrit et d'une écriture différente, qui n'est ni celle d'un copiste, ni celle de Saint-Hilaire, mais peutêtre celle du premier possesseur du manuscrit. Voici le texte de cette note, qui a été connue des éditeurs de 1766, puisqu'ils l'ont insérée dans leur tome II, p. 225-226 : « Le maréchal d'Harcourt, qui éloit de mes amis, m'a dit avoir été chargé de négocier en Espague celte grande succession en faveur du duc d'Anjou, y avoir déterminé la reine par des espérances et les vrais Espagnols par l'intérêt de la monarchie, qui ne pouvoit conserver son intégrité que par la puissance du Roi. Quand il reçut l'ordre de signifier le traité de partage fait en Angleterre par le maréchal de ïallard, surpris de cet ordre, il en suspendit l'exécution pour envoyer un courrier au Roi lui représenter et le supplier de le dispenser de le faire, et demanda son congé et que cette signification ne se fît que quand il seroit sorti d'Espagne, ce qu'il obtint; et son successeur en fut chargé, ce qui piqua bien les Espagnols. Le maréchal d'Harcourt, en rendant compte au Roi, lui dit qu'il seroit peut-être
et de secret, que l'Empereur [n'en conçut aucun soupçon, tant il se tenoit assuré du conseil d'Espagne, et] n'en eut connoissance qu'après la mort du roi, qui survint à Madrid le 1 ^'' novembre 1 700, sur les trois heures après midi. Son testament, qui étoit du 2 octobre de la même année, fut ouvert immédiatement avec toutes les solemnités de droit, en présence de la reine veuve et des seigneurs. Le même jour, la junte désignée par ce testament pour la régence de la monarchie, en attendant l'arrivée du nouveau roi, dépêcha un courrier au roi de France pour lui donner avis de la mort de celui d'Espagne et de la disposition testamentaire faite de tous ses États en faveur de Mgr le duc d'Anjou, second fils de Mgr le Dauphin. La lettre étoit signée par la reine, par le cardinal Portocarrero, par Don Manuel Arias S par l'évêque inquisiteur général^ et par Don Rodrigue-Manuel Manriquez de Lara^ et le comte de Benavente^, [La junte dépêcha un second courrier le 3, dont les dépêches étoient. une répétition de la première et de la clause qui s'étoit trouvée
obligé d'accepter cette succession, que les Espagnols auroient toujours les mêmes raisons et ne changeroient point. La chose arriva. Chacun sait les conseils qui furent tenus à Fontainebleau et que feu Monseigneur détermina à accepter, se fâchant même contre ceux qui n'étoient pas de cet avis. On se souviendra que le maréchal d'Harcourt revint longtemps auparavant le testament. »
1. Jean-Manuel Arias, bailli de l'ordre de Malte, était gouverneur du conseil de Castille depuis 1699; il devint archevêque de Séville en 1702, cardinal en 1713, et mourut en 1717.