‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 36 sur 128 · Entre Clèves et Nimègue · texte numérisé non relu

Entre Clèves et Nimègue

autres troupes. Le malheur voulut encore que le maréchal perdit du temps en délibérations, [étant fort incertain de son naturel,] et laissa échapper une seconde fois l'ennemi, qui leva son camp, passa tranquillement un long défilé, qu'il mit entre lui et les François, envoya quelques bataillons à Grave, sous le général FageP, et dirigea sa marche droit à Nimègue. Le maréchal l'y suivit et prit en chemin quelques bagages mal attelés, qui étoient demeurés derrière. Quand il fut arrivé devant cette ville, il trouva que le général d'Athlone avoit mis toute son infanterie dans les dehors et son ailillerie sur les remparts, à la faveur de quoi il faisoit entrer sa cavalerie dans la ville. Elle auroit assurément été défaite, si le maréchal l'avoit pu joindre plus tôt; mais il perdit encore du temps à faire mettre son armée en bataille, et, quand il voulut faire charger cette cavalerie, qui ne pouvoit défiler que lentement, il n'étoit plus temps. [Tout ceci se passa en rude canonnade de part et d'autre pendant le reste du jour, aux dépens de quelques officiers, cavaHers et chevaux, qui furent tués^.]

L'armée françoise passa la nuit en bataille dans le même terrain qu'elle avoit occupé la veille, et en partit le matin pour aller camper à Glèves, au lieu d'aller assiéger Grave. Je ne sais ce qui l'en empêcha (car elle avoit tout l'attirail nécessaire à Ruremonde), non plus que les raisons qu'eut ce maréchal de ne point

1. François-Nicolas, baron Fagel (1645-1718), était généralmajor des troupes hollandaises.

2. C'est ce qu'on appela la canonnade de Nimègue; elle eut lieu le 11 juin, M. de Boislisle, dans l'appendice XIV du tome X des Mémoires de Saint-Simon, en a donné une relation inédite du duc du Maine.

faire ce siège, si ce n'est qu'il n'en avoit point d'ordre de la cour, ou bien appréhenda-t-il que, le siège de Kayserswert étant sur ses fins, l'armée qui le faisoit ne joignît celle de Hollande et ne vînt le lui faire lever. Quoi qu'il en soit, il eut bientôt sujet de se repentir de n'avoir pas tenté l'entreprise; car il fut ramené bien loin cette même campagne et perdit bien des places. J'en parlerai tantôt.

Pour ce qui est du général d'Athlone, après s'être échappé heureusement des mains du maréchal de Boufflers, (jui étoit bien plus fort que lui, il passa le Wahal à Nimègue et étendit son armée tout le long jusques au fort de Schink, où il fit passer le Rhin à un petit corps de troupes qui se tint entre ce fort et Wesel, afin d'ôter aux François l'envie de passer ce fleuve pour aller secourir Kayserswert, en cas qu'ils eussent des bateaux pour faire un pont.

J'ai dit que la tranchée y fut ouverte dès le 1 8 avril, et que celui qui y commandoit étoit le marquis de Blainville, [homme de courage, aussi bien que tous ceux de cette famille jusques ici, et fort entendu ;] il tint deux mois moins trois ou quatre jours de tranchée et retarda les approches des ennemis par plusieurs sorties vigoureuses faites à propos et avec avantage; mais la place se trouvant ouverte, par la grande quantité d'artillerie et de bombes que les ennemis avoient employées à ce siège, il capitula le 15 juin; on lui accorda tous les honneurs de la guerre, il sortit de Kayserswert avec la garnison le 1 7 ; elle fut conduite à Venloo ^ .

1. Les principales conditions de la capitulation sont dans V Histoire militaire, p. 537.

[Pendant que ce siège se faisoit, l'Angleterre et la Hollande déclarèrent la guerre à la France et à l'Espagne le 15 et le 25 mai*, l'Empereur le 15 du même mois, et les trois collèges de l'Empire au mois de septembre. La déclai^ation de la France contre ces trois puissances ne fut publiée que le 3 juillet, le Roi voulant témoigner par ce retardement que ce n'étoit pas lui qui avoit commencé la guerre, ce qui tut une foible ressource pour le persuader à tout le monde, attendu les actes d'hostilité précédents.]

Ce siège étant fini, l'armée de Hollande se grossit de la plupart des troupes qui y a voient servi, et de sept à huit mille Anglois, que le lord Marlborough y mena. Les États-Généraux le firent général de cette armée, qui se rassembla incontinent, et vint passer la Meuse à Grave le 25 juillet et dirigea sa marche vers la seigneurie de Ravestein^. [Le lendemain, elle passa la petite rivière d'Aa, marcha les deux jours suivants jusques à Geldrop et Mierlo^, où elle séjourna jusques au 30.]

[Le maréchal de Boufflers, qui étoit campé à Goch et Gennep, entre le Niers et la Meuse ^, où il s'étoit posté avantageusement et avoit fait faire quelques retranchements, les ennemis étant devenus plus forts que lui, apprit, le même jour 25, sur l'après-midi,

1. Les textes des déclarations de guerre sont dans le tome II des Mémoires de Lamberty, p. 107 et 129.

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