‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 40 sur 128 · Bourg sur la Méhaigne, au nord de Namur · texte numérisé non relu

Bourg sur la Méhaigne, au nord de Namur

sept à huit bons bataillons et toutes les choses nécessaires à une bonne défense. Les canons et les mortiers commencèrent à battre le 210 octobre. Le soir du même jour, la tranchée y fut ouverte, et s'avança tellement, que le 23, sur le midi, les ennemis se trouvèrent en état d'attaquer la contrescarpe, où on ne les attendoit pas ce jour-là, par une néghgence qu'on ne peut excuser. Aussi trouvèrent-ils si peu de résistance que, rencontrant une brèche praticable au corps de la citadelle et point de défenseurs, ils y montèrent et entrèrent dans la place. Le gouverneur, qui s'appelloit Violaine^, y accourut avec ce qu'il put ramasser de monde. Il y eut une espèce de petit combat qui ne dura guère. Le gouverneur fut fait prisonnier de guerre sur la brèche, où il fut mal secondé dans une pareille surprise^. Les ennemis, dont le nombre augmentoit à tous moments, tuèrent ceux qui se mirent en défense, et tous les autres furent faits prisonniers. Ce sinistre événement doit servir de leçon à ceux qui pourront commander dans une place assiégée : celui-ci étoit un vieil officier et brave soldat, et même très entendu ; mais il fit la faute de ne point vouloir fatiguer sa garnison en la tenant sous les armes, surtout voyant sa place ouverte et l'ennemi près de lui. D'où je conclus, au hasard de tout ce qu'on en peut dire, qu'il vaut mieux, dans certaines occasions de la guerre, passer pour inquiet qu'être trop compatissant ou trop indulgent.

1. Daniel de Violaine, brigadier en 1691, gouverneur de Philippeville en 1696, avait eu en 1701 le commandement de la citadelle de Liège.

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