‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 48 sur 128 · en fut pourvu le 28 avril · texte numérisé non relu

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ments, et qui serviront d'exemples aux véritables honnêtes gens, qui seront de leur avis; mais il ne sera pas le plus suivi, puisqu'ils demeureront presque toujours en chemin, même à naissance et mérite égal. Finissons la digression et revenons au récit du reste de la campagne d'Allemagne.]

Le prince Louis de Bade, ayant rassemblé son armée à son camp de Stàufen, qui se trouva fortifié de nouvelles troupes, fit mine de vouloir reprendre le poste deNeubourg, que les François avoientbien réparé, mais il ne l'osa entreprendre, de crainte de quelque échec, leur armée étant à portée de le soutenir. Il sépara bientôt la sienne : une partie, sous le comte de GronfeldS tira sur Fribourg, pour garder les passages qui communiquent du côté de la Bavière, et il mena l'autre vers le fort de Kehl. Il tira une ligne depuis ce fort jusques à Hornberg, le long de la petite rivière de Kinzig, et fit faire des retranchements dans la vallée et sur les montagnes qui la bordent, dont la plupart sont inaccessibles. Il les fit garder par des milices, que ses troupes qui bordoient la Kinzig soutenoient, et crut, par ce moyen, avoir suffisamment pourvu à la défense de ce passage pour communiquer à la Bavière par la source du Danube. De son côté, le nouveau maréchal de Villars fit repasser le Rhin à son armée et la mit en quartier d'hiver dans les villes et bourgs de l'Alsace.

Campagne d'Italie. — Le Roi, voulant rétablir la gloire et la réputation de ses armes en Italie, fit des

1. Jean-François, comte de Gronfeld, devint plus tard feldmaréchal et président du conseil de guerre.

dépenses immenses, aux dépens de ses peuples, pour raccommoder ses troupes et les pourvoir de toutes les choses nécessaires, tant en recrues, chevaux de remonte, habillements et équipages qu'en attirail de guerre et provisions de bouche, et les augmenta encore de vingt bataillons et de trente escadrons de sa meilleure cavalerie, qui vinrent de France. Il donna le commandement de cette magnifique armée au duc de Vendôme, sous le roi d'Espagne, qui en partit de bonne heure pour venir dans son royaume de Naples, [à deux fins : l'une, de calmer par sa présence et les grâces qu'il répandit les semences de révoltes excitées par quelques seigneurs napolitains, dont aucuns avoient été arrêtés et conduits en France, et d'autres s'étoient sauvés et entrèrent au service de l'Empereur; la seconde, de déterminer le Pape à lui donner l'investiture des royaumes de Naples et de Sicile, qui relèvent du Saint-Siège depuis la reine Jeanne, ce qu'il sollicitoit depuis du temps et n'a jamais pu obtenir.] Il séjourna environ six semaines dans le royaume de Naples et en partit pour se venir mettre à la tête de l'armée d'Italie, où il avoit fait passer d'augmentation aux troupes qu'il avoit déjà dans le Milanois cinq à six mille chevaux d'excellente cavalerie qu'il avoit tirée de ses royaumes.

Le duc de Savoie envoya aussi six mille hommes de ses troupes, tellement que tout cela, joint ensemble, faisoit environ quatre- vingt mille hommes, ce qui étoit une moitié plus que ce que l'Empereur avoit en Italie. [Mais, avant que tout ceci pût être réuni, et dans le mois de mars, le duc de Vendôme assembla un corps de vingt mille hommes à Pizzighitone, le ni 10

long de l'Adda, et lui fît passer le Pô sur des ponts qu'il avoit fait faire entre Plaisance et Crémone. Il parut que son dessein en cela étoit de chasser les Impériaux du Parmesan, où ils avoient des quartiers pour une partie de leurs troupes. Quoi que cela fût, ou bien qu'il eût d'autres vues qui ne réussirent pas, il est certain qu'il ne demeura que peu de jours dans le Plaisantin et qu'il s'en revint par son même chemin, repassa le Pô et établit ses troupes dans des quartiers de rafraîchissement le long de l'Adda, en attendant que toutes celles qu'il devoit commander l'eussent joint ou fussent arrivées à portée, et que l'herbe eût poussé, pour se mettre sérieusement en campagne.]

Ravitaillement de Mantoue par M. de Vendôme. — Le temps en étant arrivé vers les premiers jours de mai, M. de Vendôme prit une grande partie des troupes qui dévoient composer son armée et les mena vers le Bas-Oglio, quoique son véritable dessein ne fût pas de passer cette rivière en cet endroit ; car il n'ignoroit pas que tous les passages étoient bien gardés et soutenus par les Impériaux. Ainsi, il n'y demeura qu'autant de temps qu'il lui en fallut pour leur donner de la jalousie en cette partie et leur cacher la marche véritable d'un grand convoi de toutes sortes de provisions pour Mantoue, qu'il faisoit préparer à Crémone. Quand tout cela fut prêt et ce convoi en chemin, il remonta l'Oglio et vint passer cette rivière vers Soncino [et Pontevico] sans aucune opposition. Les Impériaux, plus foibles que lui, rassemblèrent plusieurs de leurs quartiers et vinrent camper près d'Ustiano, où ils avoient un poste. Mais, M. de Vendôme

étant venu camper à Bassano, après avoir passé la Mêla, et de là à Pralboino, le prince Eugène abandonna Ustiano, où on trouva beaucoup de munitions [que les Impériaux n'avoient pu évacuer, et même les bateaux de leur pont, dont ils avoient seulement coupé les cordages et jeté les couvertures]. M. de Vendôme vint ensuite camper à Isorella, sur le Naviglio, et y séjourna deux jours pour faire filer son convoi. Pendant ((u'il fut en ce camp, il fit deux gros détachements, l'un pour occuper le passage de la Ghiesa et l'autre pour aller attaquer Canneto, où il y avoit quatre ou cinq cents Impériaux, sous un lieutenantcolonel, qui se rendirent après qu'on leur eût tiré quelques volées de canon. Puis M. de Vendôme [passa la Ghiesa sans aucune opposition,] vint camper près de Goito, le long du Mincio, qu'il fit passer à son convoi sous une bonne escorte, et il l'introduisit dans Mantoue, où il changea une partie de la garnison^. Sur cela, les Impériaux vinrent camper leur droite à Curtatone, sur le bord de la partie supérieure du lac, et leur gauche vers Borgoforte, qu'ils avoient fortifié et où ils avoient des ponts sur le Pô, pour communiquer avec le Modénois et le Parmesan. Dans cette position, M. de Vendôme, ayant remarqué, dans une promenade qu'il fit du côté de Mantoue, qu'il étoit facile de faire déloger toute leur droite à coups de canon, il en sortit un nombre de pièces de Mantoue, [qu'on mit en batterie sur le bord du lac qu'il tenoit,] de manière que les Impériaux furent contraints de reti-

1. Tous ces petits faits se passèrent dans le courant de mai 1702 : Histoire militaire, p. 641.

rer leur droite et de changer la situation de leur camp, [occupant pourtant toujours les postes fortifiés qu'ils tenoient aux environs des avenues de la chaussée de Mantoue, avec lesquels ils communiquoient au moyen des retranchements et communications qu'ils avoient faits en cette partie à la tête de leur camp.]

Pendant que tout ceci se passoit, M. de Vendôme manqua d'être enlevé la nuit dans une jolie cassine où il s'étoit logé avec peu de précaution'. Le prince Eugène, en ayant eu avis, en donna l'exécution au comte Davia, officier général dans l'armée impériale^, qui fit embarquer trois ou quatre cents hommes choisis sur quatorze ou quinze bateaux. Ils filèrent la nuit le long du lac et du Mincio, à la faveur des roseaux, et parvinrent, sans être aperçus, vis-à-vis de la maison de M. de Vendôme. Davia fit son débarquement tranquillement et s'avança vers la maison quand il n'y vit plus de lumière et qu'il jugea que tout le monde étoit endormi ; mais il arriva, malheureusement pour lui, qu'il fut découvert par une sentinelle qui demanda Qui vive? On lui répondit que c'étoit une lettre de Mantoue qu'on apportoit à M. de Vendôme. La sentinelle appela son caporal. Là-dessus, un des gens de Davia tira un coup imprudemment sur la sentinelle et la tua. La garde de M. de Vendôme prit les armes, et Davia, se voyant découvert, fit faire une décharge à son monde, à travers les fenêtres, et commença de se retirer vers ses bateaux. Il ne put le faire si promptement que les piquets de l'aimiée les plus prochains,

1. Le chevalier de Quincy [Mémoires, t. I, p. 212-214) raconte aussi cette aventure.

2. Il était général de l'artillerie de Savoie et mourut en 1704.

qui avoient entendu le feu et s'étoient doutés de ce que ce pouvoit être, n'y accourussent et ne le reconduisissent vertement, tellement que Davia perdit quelques gens; mais on peut dire que M. de Vendôme l'échappa belle.

Prise de Castiglione par les François. — Il détacha le comte de Revel avec un corps de troupes et du canon pour aller attaquer quatre ou cinq cents Impériaux et trois cents paysans, qui occupoient Castiglione-delle-Stiviere, pour tenir leur communication avec le lac de Garde, dont ils se servoient pour faire venir leurs provisions plus commodément. Cette garnison fut faite prisonnière de guerre, après avoir fait quelque défense * ; mais on fit pendre une centaine de paysans, qui furent trouvés dedans les armes à la main, comme sujets rebelles et pour servir d'exemple aux autres.

[Canonnades entre les deux armées. — Le 3 juin, M. de Vendôme décampa de Goïto pour se venir loger plus près de l'ennemi, qui s'étoit venu camper à Montanara, ayant sa droite sur Mantoue et sa gauche tirant vers Borgoforte. Comme il se trouvoit sur un terrain élevé qui dominoit notre armée, campée à une demi-portée de canon de lui, M. de Vendôme, qui ne vouloit point le combattre avant l'arrivée du roi d'Espagne, et qui, d'ailleurs, avoit ses projets, comme on le verra bientôt, fit retrancher son armée. Le prince Eugène fit la même chose, et on se canonna plusieurs jours de part et d'autre.]

[Pendant tout ceci, tout le reste des troupes qui dévoient composer l'armée des deux Couronnes s'as-

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