Tome II, p
4. A comparer au récit qui va suivre ceux du Journal de Dangeau, t. IX, p. 13-14, des Mémoires de Sourches, t. VII,
quis de Villars, qui s'ctoit logé dans une île du Rhin au milieu du pont d'Huningue, fut averti du décampenient des Impériaux. Aussitôt il envoya ordre à toutes ses troupes de quitter leur camp et de venir passer le pont en grande diligence. Il passa lui-même à la tête des premières, pour reconnoître leur marche, et jugea qu'il pouvoit faire attaquer leur infanterie par les montagnes où elle marchoit, quoique leur situation, couverte de bois en plusieurs endroits, fût fort avantageuse. Sa cavalerie prit le terrain depuis ces montagnes jusques au Rhin. L'infanterie impériale, dont quekjues escadrons protégeoient la marche, fut bientôt attaquée avec beaucoup d'impétuosité, et il y eut deux charges vigoureuses avant qu'elle pût être ébranlée. A la troisième, elle se jeta dans un grand bois, où les François la suivirent avec plus de valeur que de bon ordre, et, trouvant au delà plusieurs bataillons frais en bataille, ils furent chargés à leur tour et mis en fuite jusques contre Huningue, sans presque aucun ralliement. Pendant ce temps-là, la cavalerie françoise, première et seconde ligne, commandée par jMagnac, lieutenant général et excellent officier^, s'étoit mise en bataille dans le terrain que j'ai déjà décrit. L'impériale l'y vint charger avec beaucoup de fierté, et, si elle l'eût rompue, la bataille étoit
p. 381-387, le Mercure d'octobre, p. 409-420, les Mémoires de Villars, t. II, p. 31-32, l'Histoire militaire, t. III, p. 600-606, les Mémoires de Saint-Simon, t. X, p. 297-302, qui rabaissent le rôle de Villars et exaltent celui de Magnac.
1. Jules Arnolfîni, comte de Magnac, n'était que maréchal de camp; il fut promu lieutenant général le 23 décembre 1702, comme récompense de sa belle conduite; il mourut en 1712.
entièrement perdue pour les François, et ceux d'entre eux qui n'auroient pu rentrer dans Huningue auroient été culbutés dans le Rhin, si bien qu'il eût échappé peu de cette armée. Mais Magnac, secondé des officiers généraux et particuliers de ses deux ailes, fit si bien manœuvrer sa cavalerie, et soutint l'attaque des Impériaux avec tant de justesse et de valeur, qu'ils furent rompus absolument et s'enfuirent jusques à Fribourg, sans être poursuivis, ni qu'il fût au pouvoir du prince Louis de les faire rallier. Deux bonnes raisons empêchèrent Magnac de les poursuivre : l'une qu'il auroit été obligé de passer sous le feu du fort, qui auroit pu rompre sa cavalerie et y causer du désordre; l'autre, que l'infanterie impériale qui mit la françoise en grand désordre, se seroit jetée sur son flanc ou lui auroit coupé sa retraite. Ainsi l'on peut dire que Magnac gagna la bataille par sa valeur et sa bonne conduite, ou empêcha qu'elle ne fût entièrement perdue. Je dis ceci, parce que chacun des deux partis s'attribua la victoire, les François pourtant, avec plus de raison, en ce que le champ de bataille leur resta ; car la cavalerie impériale ayant fui sans pouvoir se rallier, le prince Louis l'abandonna et mena son infanterie, sans être plus inquiétée, camper à Stiiufen, entre Neubourg et Fribourg, où sa cavalerie le rejoignit, et peu de jours après de nouvelles troupes. Quand ce combat se donna, les deux armées étoient à peu près de même force, et la plus forte n'étoit que de dix-huit à vingt mille hommes. Il en coûta la vie à des Bordes, lieutenant général S qui conduisoit l'infanterie françoise, et
1. Philippe d'Espocy des Bordes, gouverneur de Landau, avait été nommé lieutenant général au commencement de 1702.
la fit combattre avec plus de valeur que de jugement. Les Impériaux y perdirent le comte de Furstenberg*, général de l'artillerie, et le comte de ZoUern^, lieutenant feld-maréchal, et, de paît et d'autre, quantité de braves officiers, mais plus de François que d'Impériaux, parce que le nombre en est plus grand parmi nous que parmi eux.
Il resta environ quatre mille hommes de part et d'autre sur le champ de bataille. Le nombre des prisonniers et des blessés tut à peu près égal; chacun des deux partis y perdit quelques pièces de canon et quelques drapeaux et étendards. L'infanterie de l'un y fut battue et la cavalerie de l'autre, et celui qui profita le plus de cette bataille fut le marquis de Villars, que le Roi fit maréchal de France.
Pour ce qui est de Magnac, il n'eut que la satisfaction d'y avoir beaucoup contribué, si tant est que c'en fut une pour lui, et beaucoup de louanges et de promesses qui aboutirent au gouvernement de ]\ïont- Dauphin, qui vaqua deux ou trois ans après et qu'on lui donna^. Il est vrai que Magnac, quoique grand parleur, n'étoit point de ces esprits lumineux et brillants, capables des intrigues de cour; un véritable bon sens et sa droiture les lui faisoient mépriser, et il vouloit tout devoir à son mérite, [sans être tenté de considérer que c'est une grande erreur pour parvenir à une fortune éminente. Il y a eu ci-devant avec lui quantité de gens de son avis, par noblesse de senti-