‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 50 sur 128 · Il arriva à Crémone le 3 juillet · texte numérisé non relu

Il arriva à Crémone le 3 juillet

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en action. A cet effet, il passa le Pô à Crémone avec quarante ou cinquante escadrons, vingt-cinq bataillons et une bonne artillerie de campagne, et vint camper à San-Secundo, sur le Taro, pendant que le reste de l'armée, consistant en dix-sept à dix-huit bataillons et quarante-deux escadrons, passa le Pô à Casal-Maggiore, conduite par le roi d'Espagne, qui joignit M. de Vendôme le lendemain à San-Secundo.

Levée du blocus de Mantoue. -^ Ces mouvements obligèrent le prince Eugène de lever le blocus de Mantoue et de quitter son camp de Montanara pour venir passer le Pô à Borgoforte avec son armée; le prince de Vaudémont vint bientôt se poster à ce camp de Montanara.

La première attention du prince Eugène, quand il fut au delà du Pô, fut de pousser en avant, entre le Crostolo et le Tessone, un corps d'environ quatre mille chevaux, sous le général ViscontiS pour y tenir poste et lui donner des nouvelles de la marche de l'armée des deux Couronnes. Il fit aussi retirer de Bercello et de Guastalla l'artillerie et les troupes qu'il jugea superflues et prit la résolution d'attendre l'armée des deux rois pour deux raisons apparentes : l'une, qu'il ne pouvoit s'éloigner des bords du Pô et abandonner Borgoforte et son pont à M. de Vaudémont, et l'autre, qu'il se trouvoit campé dans une situation si avantageuse pour aller commodément au devant de l'ennemi et le combattre dans un terrain coupé, désavantageux et difficile, où il ne se pouvoit mettre régu-

1. Annibal, marquis Visconti, était général des troupes espagnoles en Milanais en 1700; il passa alors au service de l'Empereur; il mourut en 1747.

lièrement en bataille ni se servir de sa cavalerie et de son canon avant qu'il pût sortir des défilés, et qu'ainsi probablement les Impériaux remporteroient la victoire.

Combat de Santa- Vittoria ' . — Venons à présent aux préludes de ce combat et à la suite de la marche. M. de Vendôme, étant arrivé de bonne heure avec l'armée de Golorno, en partit sur les deux heures après midi, avec vingt-cinq escadrons et quinze compagnies de grenadiers, sur l'avis qu'il avoit que le corps de Visconti étoit encore campé à Santa-Vittoria, ayant le Tessone à dos. Étant arrivé sur le Grostolo, dont les rives sont fort élevées, il y trouva un gué qui n'étoit point gardé ni rompu. Il le passa hâtivement et marcha droit à Santa- Vittoria, où il trouva les ennemis, qui à peine eurent le temps de monter à cheval et de se mettre en bataille pour le recevoir. Il y eut pourtant un petit combat, où Visconti fut bien battu; il y perdit près de deux mille hommes, tués ou noyés en passant le Tessone, trois paires de timbales, ses étendards, ses bagages et environ mille chevaux, que les cavaliers abandonnèrent pour repasser le Tessone, dont les bords étoient fort élevés et les ponts embarrassés de bagages. Cette action se passa le 216 juillet; le roi d'Espagne arriva à la fin et témoigna bien du regret de n'avoir pu être au commencement.

1. On peut comparer le récit de V Histoire militaire, t. III, p. 669-671, le Journal de Dangeau, t. YIII, p. 467-470, qui reproduit la lettre de Philippe V à son grand-père, les Mémoires militaires, t. II, p. 236-241 et 728-730, les correspondances de la Gazette et les Mémoires du chevalier de Quincy, t. I, p. 220-225.

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Toute l'armée étant venue camper à Santa-Vittoria, on en fit un détachement sous Albergotti, lieutenant cfénéral, qui alla s'emparer de Reggio et de Modène. Le duc et sa famille se retirèrent a Bologne. Albergotti vint rejoindre l'armée, ayant laissé garnison dans ces deux villes. Elle partit à la sourdine de son camp de la Tessa, le 1 5 août, à une heure après minuit.

Combat de Luzzara^. — M. de Vendôme prit les devants avec les gardes ordinaires, vingt-quatre compagnies de grenadiers et deux régiments de dragons, passa la Parmegiana et la Tagliata et arriva par un terrain de défilés près de Luzzara, sur les huit heures du matin, où il avoit résolu de faire camper l'armée. Luzzara étoit un poste situé près du Pô, que le prince Eugène avoit fait fortifier, où il tenoit quelques magasins de vivres, et qui servoit à sa communication avec Guastalla et Bercello. M. de Vendôme y fit avancer ses dragons et quelques compagnies de grenadiers et somma celui qui y commandoit de se rendre. Cet officier répondit par une bonne décharge, dont quelques-uns furent blessés, et entre autres le comte de Sézanne, maréchal de camp-; ce qui donna lieu de juger que ce commandant comptoit d'être soutenu

1. Le Mercure de septembre, p. 8-49, contient une relation détaillée de la bataille de Luzzara, et Tessé en adressa à la duchesse de Bourgogne un compte-rendu qui est inséré dans l'Appendice du tome VII des Mémoires de Sourches; voyez aussi l'Histoire militaire, p. 674-683, les Mémoires militaires par le général Pelet, p. 247-251 et 731-740, et les Mémoires de Quincy, t. I, p. 232 et suivantes.

2. Louis-François d'Harcourt, comte de Sézanne (1677-1714) ; il était alors brigadier. Frère consanguin du maréchal d"Harcourt, il était en même temps frère utérin de la maréchale.

dans peu de temps. M. de Vendôme n'ayant point alors de canon avec lui, cette attaque fut différée, et ce général s'occupa à faire poster les gardes du camp, à le reconnoître et à le faire marquer, quoiqu'il en eût trouvé le terrain fort couvert et coupé et d'une communication très difficile de la droite à la gauche, et de sa première à sa seconde ligne. Il compta d'y remédier par l'art ; mais les ennemis ne lui en donnèrent pas le temps. Il étoit à peine midi qu'on vint dire à M. de Vendôme, qui se trouvoit alors dans le terrain qu'il destinoit à sa droite, que les ennemis marchoient à lui en pleine bataille, leur canon à la tète. Il envoya vite au devant de ses troupes pour les faire avancer en diligence ; et, ayant remarqué que l'ennemi se préparoit à faire son principal effort par sa droite du côté de Luzzara, il commença à lui opposer en cette partie le plus d'infanterie et de dragons qu'il lui fut possible à mesure qu'ils arrivoient; ce qui venoit lentement, à cause des défilés où il falloit qu'ils passassent; il fît venir aussi quelques pièces de canon.

En cet endroit, et à une petite distance du Pô, il y avoit une espèce de chaussée assez large qui tournoyoit et servoit aussi contre les inondations fréquentes de ce fleuve. On n'y put loger que deux ou trois pièces de canon, à la tête de la brigade de Piémont, qui fut jointe de plusieurs autres par sa droite. Il se trouva encore entre la digue et la rivière un petit rideau et un petit bois qu'on retrancha, afin de n'être pas pris de flanc. Le reste des troupes de la droite n'étoit pas encore arrivé, non plus que toute la seconde ligne, qui ne vint qu'à la fin du combat, lorsque le prince Eugène, qui avoit toute son armée ensemble.

en bataille bien formée, dans une situation à se mouvoir facilement, fit attaquer, sur les quatre heures après midi, notre gauche avec beaucoup d'audace et de vivacité. Heureusement que la brigade de Piémont se trouva, par la situation du terrain, postée de manière que les Impériaux lui prêtoient le flanc en venant à la charge et en essuyoient un feu terrible et continuel, qui leur fit perdre bien du monde, sans remporter aucun avantage. Ce ne fut qu'à la quatrième charge qu'ils en eurent un peu sur les Irlandois et les brigades de Saulx et du Perche ; ce qui causa une confusion qui auroit pu devenir plus grande, si Bezons, lieutenant général, ne se fût présenté avec quelques escadrons, qui arrêtèrent les Impériaux et donnèrent moyen à ces brigades de se raUier. La droite et une partie du centre furent aussi attaquées en différents temps, avec un succès à peu près égal. Enfin, le prince de CommercyS qui commandoit l'attaque des Impériaux, ayant été tué, leur ardeur se ralentit un peu ; et, comme il étoit fort aimé et très estimé pour sa grande valeur et ses autres belles qualités, ils demandèrent une petite suspension d'armes pour chercher son corps. Enfin, la nuit qui étoit déjà survenue, joint à la lassitude, fit cesser le combat, qui fut un des plus rudes et des plus meurtriers qu'on eût vus.

Le roi d'Espagne, quoique très jeune, y témoigna beaucoup de fermeté. La perte fut à peu près égale de part et d'autre, et le carnage grand. Nous per-

1. Charles-François de Lorraine-Elbeuf, prince de Commercy. C'était un fils du duc d'Elbeuf, qui était passé au service des Impériaux et servait contre la France.

dîmes de notre côté, entre autres, le marquis de Gréquy, lieutenant général, qui fut fort regretté, et avec grande raison. La cavalerie n'eut presque point de part à ce combat, à cause de la difficulté du terrain, qui ne lui permettoit pas de percer ni de se mouvoir à propos; celle de l'Empereur ne lui servit presque qu'à soutenir son infanterie dans ses attaques.

C'est ainsi à peu près que se passa cette grande journée. Le prince Eugène eut l'habileté d'attirer M. de Vendôme, qui étoit le plus fort, de le surprendre en venant au-devant de lui et de le combattre dans un terrain désavantageux, où il devoit être battu sans miracle, n'ayant pas encore la moitié de ses troupes lorsque le combat se donna. S'il ne remporta pas la victoire, au moins reçut-il beaucoup d'honneur d'avoir rompu par cette action les grands projets de M, de Vendôme, qui s'étoit flatté de l'acculer contre le Pô et de faire emporter à sa vue Borgoforte par l'armée de M. de Vaudémont, de rompre son pont sur le Pô pendant qu'il l'attaqueroit et de le contraindre, avec beaucoup de péril par la position de ses armées, de se retirer dans le duché de la Mirandole et de le chasser dans peu de l'Itahe.

La nuit et la lassitude ayant fait finir le combat, avec une perte à peu près égale de part et d'autre, les deux armées passèrent la nuit sous les armes; ensuite, les Impériaux se campèrent le dos au Zéro et s'y retranchèrent, la droite vers le Pô et la gauche tirant sur la Secchia. M. de Vendôme se mit contre Luzzara en front parallèle et se retrancha pareillement. La garnison de Luzzara se rendit prisonnière de guerre; on y trouva quantité de sacs de grains,

d'autres vivres, des armes et peu de munitions de guerre.

Canonnade entre les deux armées. — Dans cette situation, les deux armées, [qui ne se trouvoient qu'à demi-portée de canon,] se canonnèrent plusieurs jours de suite avec peu de succès. M. de Vendôme fit faire un pont sur le Pô, qui se trouva couvert de la gauche de son retranchement, et, par ce moyen, il communiqua librement avec l'armée de M. de Vaudémont, dont il tira quelques troupes, qui vinrent remplir le vide que le combat précédent avoit fait dans son armée. [M. de Vaudémont, de son côté, canonna Borgoforte et le pont que les Impériaux y avoient sur le Pô, dont il y eut quelques bateaux de fracassés; le dommage fut bientôt réparé. La gauche de l'ennemi fut aussi canonnée avec plus de succès, en ce qu'il se trouvoit une ile dans le Pô, au milieu du pont qu'on y avoit fait. M. de Vendôme y fît établir des batteries, qui la prenoient en flanc et l'incommodoient fort. Le prince Eugène y fît remédier par quantité d'épaulements qu'il ordonna et qui la mirent à couvert.]

Pendant que tout ceci se passoit, M. de Vaudémont fit assiéger Guastalla par un gros détachement de son armée. Ce n'étoit qu'une villotte mal fortifiée et sans dehors. Il y avoit dedans environ trois mille Impériaux, sous le comte Solaris Ils se défendirent pendant dix ou douze jours et capitulèrent d'en sortir en gens de guerre, sous condition d'être conduits

1. Ce Solari était commandeur de Malte et appartenait à une bonne famille de Piémont alliée aux Liechtenstein; il sera tué en i704.

à Trente et de ne pouvoir servir contre l'armée des deux Couronnes qu'au mois d'avril suivant.

[Après cette expédition, ce détachement marcha à Bercello, qui étoit mieux fortifié. Comme ce siège pouvoit tenir du temps, et que l'on compta que cette place seroit obligée de se rendre pendant l'hiver, faute de pouvoir être secourue et manque de vivres, comme il arriva effectivement, on se contenta pour lors d'éprouver la constance du gouverneur et de sa garnison par un bombardement, et le roi d'Espagne se prépara à repasser dans ses royaumes, ou de grandes affaires l'appeloient.]

[Le reste de la campagne se passa en Italie en courses et en guerres de campagne, où les Impériaux, mieux guidés, eurent presque toujours de l'avantage. Ils firent des courses par les derrières de notre armée et allèrent rançonner jusques aux portes de Pavie et de Milan. Un de leurs partis, trouvant une des portes de la ville ouverte, entra même dedans, environ deux cents pas, et y jeta quelque argent pour y exciter une sédition ; mais, comme ils n'étoient qu'environ cinquante, ils n'osèrent entrer plus avant ni y séjourner longtemps; car quelques-uns de la noblesse et de la bourgeoisie fidèles prirent aussitôt les armes et s'avancèrent sur eux, ce qui les fit retirer bien vite. Les garnisons des places du Milanois se mirent en campagne pour tâcher de les couper au retour; mais, comme il fallut du temps pour les avertir et les mettre en mouvement, les Impériaux, qui en avoient d'avance, se tirèrent d'affaire sans être joints, et, ayant pris de grands détours pour plus de sûreté, ils rejoignirent leur armée sans aucune perte et y rame-

nèrent de l'argent, et des otages pour plus grande

somme.]

L'arrière-saison étant arrivée, M. de Vendôme renvoya à Mantoue un corps de troupes sous le comte de Tessé, lieutenant général, qui y avoit commandé pendant le blocus avec gloire et réputation. Il fit courir le bruit qu'il alloit établir son quartier général à Guastalla, où il fit faire des ponts sur le Pô, et décampa de Luzzara sans que les Impériaux fissent aucuns mouvements sur lui. Il passa le Pô à Guastalla et s'en \int à Mantoue, d'où il sortit deux jours après avec quatorze ou quinze mille hommes et de la grosse artillerie pour attaquer le poste de Governolo, que les Impériaux tenoient avec environ quinze cents hommes. Ce poste ayant été battu pendant trois ou quatre jours, et le pont sur le Mincio presque entièrement rompu à coup de canon, le prince Eugène envoya ordre à celui qui y commandoit de l'abandonner et de se retirer vers Ostiglia ' . Peu de jours après, ce prince ayant laissé l'armée impériale sous le commandement du comte de Stahrenberg, en partit pour se rendre a Vienne et y représenter les pressants besoins des Impériaux pour se maintenir en Italie.

[Leur nouveau général fit fortifier Ostiglia, les Due- Terre et retrancher les bords de la Secchia, du côté du duché de la Mirandole, et n'oubha rien pour mettre ses quartiers en sûreté.] De son côté, M. de Vendôme fit fortifier Governolo, Borgoforte et quelques autres postes, tant sur le Mincio que sur le Pô, et vers le

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