‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 6 sur 128 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

dans la septième année de son âge, d'une espèce de maladie de venin, dont quelques-uns ont inféré qu'il a voit été empoisonné, ayant été désigné à la succession d'Espagne par le testament de Charles II'. Cette affaire revint dans son premier état et renouvela les craintes des uns et les espérances des autres. Le prince d'Orange, qui avoit obtenu par la paix de Ryswyk ce qu'il désiroit, savoir d'être reconnu par la France roi d'Angleterre, [avec la restitution de ce qui avoit été pris sur l'Espagne pendant la guerre dernière,] et qui avoit obtenu pour les États-Généraux une barrière dans les Pays-Bas espagnols, employa toute son industrie pour empêcher le renouvellement de la guerre au décès du roi d'Espagne, que l'on tenoit prochain à cause de ses rechutes continuelles et de la foiblesse de sa constitution . Il lui étoit facile de juger et de croire que, cet héritage étant trop beau, l'Empereur et Sa Majesté Très Chrétienne ne voudroient pas le céder l'un et l'autre. Il sa voit de plus que l'Empereur briguoit fort à la cour d'Espagne, et qu'elle étoit disposée en sa faveur. Mais ce n'étoit encore que le premier pas; son compétiteur étoit trop puissant, et il étoit de l'intérêt des autres puissances de l'Europe, pour maintenir l'équilibre entre les deux maisons, que tous États de cette belle et vaste monarchie ne fussent pas dévolu à une seule. C'est pourquoi le roi d'Angleterre dressa, de concert avec les États-Généraux, une espèce de division et de partage de cette riche succession, pour la faire accepter aux concurrents quand elle seroit échue. [Mais il y avoit bien des difficultés à sur-

1. Il mourut le 6 février 1699 [Mémoires de SaintSimon, t. VI, p. 114-115).

monter pour venir à bout de ce grand ouvrage, les principales pouvant venir des deux couronnes, dont chacune voudroit tout pour soi , et de la nation espagnole, qui ne pourroit souffrir qu'on démembrât sa monarchie. Mais, au milieu de ses extrémités, quel autre remède pour maintenir la paix et la sûreté de l'Europe?] Il fut donc résolu de travailler à ce grand ouvrage avec toutes sortes de précautions et de secret ; et le roi d'Angleterre, ayant pressenti celui de France au sujet de ce partage, trouva qu'il y donneroit les mains [ainsi qu'il le désiroit, ce qui lui parut fondé sur la disposition présente alors du conseil d'Espagne en faveur de l'Empereur et sur les raisons que j'ai ci-devant alléguées]. Mais il ne pénétra pas que la nation espagnole, plutôt que de partager ses États, se donneroit au prince qu'elle jugeroit le plus capable de la conserver tout entière et sans aucun partage. Il peut bien être que ce fut dans cette vue que Sa Majesté, plus prévoyante, entra dans la négociation de ce partage. Quoi qu'il en soit, il fut dressé, puis signé à Londres le 3 mars 1700, et à la Haye le 25, par les ambassadeurs et plénipotentiaires de France et d'Angleterre, et par les députés des États-Généraux ' .

[La négociation de ce fameux partage se fit avec beaucoup de secret et donna peu de satisfaction au roi d'Angleterre, qui l'avoit entamée et mise à fin dans la vue du bien public, de la conservation de la paix et de l'intérêt de l'Angleterre et de la Hollande; car, bien

1. Ici, dans le manuscrit, il y a un résumé de ce second traité de partage, en seize articles, daté du 13 mars 1699 et dont le texte est dans le Corps diplomatique de Du Mont, t. VII, 2« partie, p. 477-479.

qu'il eût été convenu que ce secret demeureroit caché jusques à ce que le temps fût venu de mettre le partage à exécution], il ne fut pas possible de le soustraire à la connoissance des émissaires de la cour de Vienne [ou à l'indiscrétion de quelques-uns des plénipotentiaires qui l'avoient signé, ou à celle de leurs secrétaires]. Ainsi l'Empereur en sut bientôt le contenu, et ne manqua pas d'en informer la cour de Madrid, [avec toutes les circonstances qu'il estima capables de la faire déterminer en sa faveur au sujet de cette succession.] Dans la colère où ce partage mit Charles II et son conseil, il envoya ordre à son ambassadeur en Angleterre^ d'en porter ses plaintes dans les termes les plus vifs comme un attentat à sa personne, et de ne garder aucunes mesures. Ce ministre exécuta ponctuellement ses ordres, et, [le roi d'Angleterre étant alors en Hollande, il s'adressa aux régents^ qu'il avoit laissés en son absence, à qui] il présenta un mémoire, par lequel il ne ménageoit ni le roi ni la nation et donnoit un libre cours à toute la fierté espagnole. Ce mémoire fut bientôt envoyé au roi d'Angleterre, qui fit répondre à l'ambassadeur par un de ses secrétaires d'État à peu près en ces termes : que, le roi son maître ayant considéré le mémoire qu'il avoit eu l'audace de présenter aux régents et, se sentant blessé des termes choquants et peu respectueux dont il s'étoit servi à son égard, et des expressions séditieuses qui y étoient insérées, il lui ordonnoit de sortir de ses États dans dix-huit jours ^.

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