‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 2)Chapitre 70 sur 128 · En amont de Passau · texte numérisé non relu

En amont de Passau

6. Enz est une ville du Wiirtemberg, entre Stuttgard et Karlsruhe.

qui grossissoient à vue d'œil et avoient remporté de grands avantages sur le peu de troupes que l'Empereur avoit pu leur imposer. Ce prince éprouva une plus grande diversion de ses forces quand le prince Ragotzi, échappé de ses prisons et aidé de l'argent de France, se vint mettre à leur tête avec quelques autres seigneurs hongrois.

Le maréchal de Villars s'en revient en France; le comte de Marcin lui succède et est fait maréchal de France. — Vers la fin de cette campagne, le maréchal de Villars, qui ne fut content ni de ses succès, ni de quelque négociation secrète d'accommodement entre l'Empereur et l'Électeur, [qui vint à sa connoissance, et dont il se plaignit avec vivacité,] demanda au Roi la permission de revenir en France. Le comte de Marcin, qui fut fait maréchal de France, alla prendre sa place*.

Le prince Louis lève son camp sous Augsbourg et y laisse garnison. — Il arriva aussi que le prince Louis, ayant jugé qu'il ne pourroit garder Augsbourg pendant l'hiver après la défaite de Styrum, ce qui avoit fort diminué ses troupes, et qu'il de voit par préférence les établir dans leurs quartiers d'hiver, [dont le temps étoit venu, de manière qu'il pût faire garder tous les passages des montagnes, et les faire soutenir par les quartiers- de ses troupes,] de manière qu'elles fermassent toute communication de la Souabe avec l'Alsace et se soutinssent de proche en proche, décampa

1. Saint-Simon [Mémoires, t. XI, p. 279-288) a raconté les causes de la brouille de Villars avec l'Electeur et les circonstances qui décidèrent de l'envoi de Marcin et de son élévation au grade de maréchal de France.

d'auprès d'Augsbourg, où il laissa seulement une garnison, et distribua une partie de ses troupes du côté du lac de Constance et des villes frontières, et celles qui avoient servi sur le Rhin, dans les Montagnes Noires et pays adjacents, tellement qu'on eut une peine extrême et de grandes difficultés à surmonter pour faire passer au commencement de l'année suivante les secours nécessaires en Bavière.

Prise d'Aîigsbourg par l'Électeur. — L'Électeur, ayant appris le décampement du prince Louis, fît marcher les troupes françoises vers Augsbourg et y vint même en personne. Il fit investir la ville, et l'on ouvrit la tranchée. Le commandant fut sommé de se rendre, et on ne lui donna que trois jours pour se déterminer. Gomme il n'avoit pas ordre de pousser sa constance jusqu'au bout et qu'il vouloit sauver la garnison, il n'attendit pas que le terme fût expiré et battit la chamade *. On lui accorda les honneurs de la guerre et deux pièces de canon; mais l'Électeur ne voulut pas que la bourgeoisie fût comprise dans la capitulation. Il fallut qu'elle se rendît à discrétion, et, en punition de ce que les magistrats lui avoient ci-devant manqué de parole, il établit le quartier du maréchal de Marcin en cette ville et y fit entrer douze bataillons et quinze escadrons en quartiers d'hiver, avec nombre d'officiers généraux, qui y furent tous traités très grassement. Le reste des troupes françoises fut distribué dans les villes des environs et dans celles que l'Électeur tenoit sur le Danube. Mais, avant que d'y entrer, et pour favoriser à l'Électeur la prise

1. Le siège ne dura que du 6 au 12 décembre : Dangeau, t. IX, p. 368-380; Sourclies, t. VIII, p. 239-251.

de Passau et les quartiers qu'il vouloit prendre dans les Pays héréditaires, le maréchal de Marcin et le marquis de Blain^^lle allèrent faire une course au delà du Danube, près de Nordlingen et dans la Franconie. Ils y firent huit à neuf cents prisonniers et mirent beaucoup de pays à contribution.

[Campagne d'Italie. — Je ne puis mieux placer qu'ici la narration de la campagne d'Italie de 1703, à cause de la connexité qu'elle eut avec celle de Bavière.]

M. de Vendôme avoit passé l'hiver en Italie et y commanda les armées des deux Couronnes. On s'occupa mutuellement à se harceler, tant sur les vivres que par des attaques et des surprises de petits postes, dont je ne parlerai pas davantage, pour éviter prolixité et ennui de la part des lecteurs. [Ce général avoit à ses ordres quatre-vingt-huit bataillons bien recrutés, cent vingt et un escadrons en bon état, une nombreuse artillerie, quantité et trop d'officiers généraux, des \ivres et de l'argent, beaucoup de bonnes et grandes places sous ses ordres et, en plus, cinq mille hommes occupés au blocus de Bercello.]

[Il composa deux armées de ses troupes et se mit à la tète de la plus considérable; il donna l'autre au prince de Vaudémont et distribua seize bataillons et quelques escadrons tant dans Mantoue que dans les petites villes et postes qu'il avoit jugé à propos de faire occuper.]

[SI. le prince Eugène s'en étoit retourné à Vienne pour y prendre la présidence du conseil de la guerre et faire suivre de plus justes mesures en ce qui la concernoit; il avoit laissé l'armée impériale sous le

commandement du comte Guy de Stahrenberg, qui étoit un excellent capitaine.]

[Alors toutes les troupes impériales qui étoient en Italie ne consistoient plus qu'en douze mille hommes de pied, divisés en seize régiments impériaux, dont le fond de chacun étoit de deux mille hommes, et quatre mille, tant Saxons que Danois et troupes de Wolfenbùttel ; sa cavalerie consistoit en dix régiments, dont le pied étoit de mille chevaux, et, de plus, cinq de dragons.]

[M. de Vendôme ouvrit sa campagne le 2lO de mai et vint passer le Mincio sur les ponts de Sachitto, de Governolo et de Mantoue. De là, il vint à Sanguinido, où il y avoit garnison vénitienne, dont il ne laissa pas de s'emparer, celui qui y commandoit n'étant pas en état de lui en rien disputer. De là, l'armée vint à Gerea et étendit sa gauche jusques au Polésine de Rovigo, la droite étant à Garpi * ; elle se trouva dans un pays abondant. L'armée de M. de Vaudémont étoit le long de la Secchia. M. de Stahrenberg avoit de l'autre côté une partie de la sienne dans un camp bien retranché, et se communiquoit à l'autre, qui étoit à Ostiglia, par le moyen de ponts qu'il avoit sur le Pô, si bien postés qu'ils ne pouvoient être battus d'aucun endroit et se trouvoient entièrement à couvert de toute insulte. Albergotti, qui commandoit un petit corps, eut ordre de se saisir de Final-de-Modénois, gardé seulement par deux cents cuirassiers, où les Impériaux a voient quelques bagages et quelques provisions. A son arrivée, il les trouva qui en sortoient

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