Tome II, p
bientôt de leur déconfiture et de ce qui l'occasionna.] [Entreprise de M. de Vendôme sur M. de Stahrenherg à Ostiglia manquée. — Cependant, M. de Vendôme, ayant résolu d'attaquer les ennemis à Ostiglia et de mettre à fin le projet qu'il en avoit médité et dont il croyoit l'exécution certaine, fit avancer son armée et eut même la précaution de détacher le marquis de Kercado\ avec deux mille hommes, pour aller faire une redoute au bout de la chaussée de Ponte-Molino, par laquelle il comptoit qu'ils se retireroient, plutôt que de s'exposer à être battus dans le poste qu'ils occupoient après cette disposition, pour gagner le lac de Garde. Il alla reconnoître leurs retranchements, qu'il fit battre par deux batteries de canon, et ordonna trois attaques. On enleva d'abord deux postes avancés et une chapelle retranchée, qui étoit à la tête du faubourg d'Ostiglia; on y ouvrit des tranchées qui furent poussées jusques à la portée du pistolet; mais, dans le temps qu'on s'y attendoit le moins, les ennemis percèrent la digue du Pô et lâchèrent des écluses qu'ils tenoient toutes préparées, et si à propos que l'eau se répandit abondamment et auroit inondé tout le camp si M. de Vendôme ne l'avoit fait lever bien vite. En se retirant, il eut seulement quelque monde tué du canon d'Ostigha^. Cette entreprise ayant échoué, M. de Vendôme en donna avis à M. de Vaudémont, qui manda à Mursay
1. René-Alexis Le Sénéchal, marquis de Kercado, était brigadier depuis 1696; il deviendra lieutenant général en 1708.
2. On peut voir le l'écit de cette entreprise manquée dans les Mémoires du chevalier de Quincy, t. I, p. 279-281.
de lui ramener son détachement à son camp et à Alberffotti de se retirer à Final. Mais, comme il n'arrive presque jamais un malheur sans un autre, il se trouva qu'Albergotti et Mursay, pour obéir à l'ordre qu'ils avoient reçu de faire diversion du côté de la Mirandole, pendant que M. de Vendôme feroit attaquer Ostiglia, se préparoient à charger un corps des ennemis qui protégeoit cette place, dans le temps que M. de Vaudémont leur manda que cette affaire étoit manquée et qu'ils eussent à se retirer aussitôt, l'un pour s'en retourner à Final et l'autre pour rejoindre son armée. Ils se mirent en devoir d'y obéir; mais Albergotti, sans y faire assez de réflexion, renvoya sur-le-champ son canon par le chemin de Final, escorté de quelques compagnies de grenadiers, et Mursay se sépara trop tôt de lui pour prendre celui du camp de M. de Vaudémont. Les ennemis, qui s'aperçurent de ce mouvement, ou qui en furent avertis, voulurent en profiter et envoyèrent garder un défilé que Mursay avoit déjà passé, afin de l'empêcher de retourner sur ses pas, ainsi qu'il arriva, pour secourir Albergotti, qu'ils suivirent et attaquèrent si bien qu'ils lui tuèrent quelques officiers et environ deux cents hommes et firent autant de prisonniers, le poursuivirent jusqu'à Final, qu'il fut contraint d'abandonner, et auroit perdu plus de monde si Mursay n'eût fait une diversion en revenant sur ses pas. Il voulut forcer le défilé, qui se trouva farci d'infanterie avec du canon, et de la cavalerie qui la soutenoit; mais il n'en put venir à bout. Ayant perdu environ deux cents honmies, il fut contraint de reprendre le
chemin de l'armée de M. de Vaudémont et se retira en bon ordre, quoiqu'il fût blessé *.]
[Cette aventure doit apprendre qu'on ne sauroit trop se précautionner contre son ennemi ni le mépriser lorsqu'on a la pointe de son épée devant les yeux ; celle d'Ostiglia nous fournit à peu près la même leçon; et, de plus, qu'un bon général doit savoir les tenants et aboutissants de la situation de l'ennemi qu'il veut attaquer et ce qu'il peut lui opposer pour réparer sa foiblesse, et, enfin, qu'il doit encore être plus prudent que vaillant.]
[SI. de Vendôme, ayant manqué son entreprise sur Ostiglia, conmie on vient de le voir, repassa le Tartaro et s'en revint dans le Mantouan, et prit envie d'aller donner la chasse au général Vaubonne^, qui étoit à Bussolengo^ avec quatre ou cinq mille hommes pour veiller au Trentin et entretenir la communication avec l'armée impériale. Ce général, ayant eu avis à temps de la marche de M. de Vendôme, alla passer l'Adige et se retira à Rivoli^, où M. de Vendôme le laissa pour quelque chose de plus sérieux selon les apparences ; car il avoit fait préparer une quantité de grosse artillerie, chose qu'il aimoit assez, et cuire en différents endroits une quantité de pains et de biscuits. Il alla même s'aboucher avec M. de Vaudémont,
1. Le chevalier de Quincy [Mémoires, t. I, p. 283-285) a raconté ce combat; mais il s'est trompé en le plaçant à Carpidu-Modénois et en en attribuant le succès à M. de Stahrenberg, qui ne s'y trouvait pas.