c'est de la Hollande que notre auteur veut parler
assembler des forces de terre et de mer prodigieuses pour tâcher de le dépouiller de ses États et établir son concurrent sur son trône. Dans une pareille situation, il n'avoit d'autre ressource que les secours de sa patrie et les conseils du Roi, son aïeul, qui ne manqueroient pas d'être mal interprétés par ses ennemis, qui retorqueroient à son désavantage des conseils si naturels et publieroient partout que la France vouloit conduire encore ce royaume comme une annexe à sa couronne et selon les maximes de son gouvernement, ce qui étoit le principal objet de leur appréhension et qui ne paroissoit pas tout à fait mal fondé ; mais il falloit se tirer du mauvais pas et en remettre le bon ou mauvais événement au sort des armes].
Ainsi le roi d'Espagne ordonna de nouvelles levées dans ses États et le rétablissement des anciennes troupes du royaume, qui étoient mal équipées et en très petit nombre. Celui de France y suppléa d'abord par un secours de vingt et un bons bataillons et de dixneuf escadrons, qu'il fit passer en Espagne sous le commandement du duc de Berwick, qui venoit de prendre Nice sur le duc de Savoie. Il lui envoya aussi un nombre d'officiers généraux, afin que ses troupes fussent mieux commandées et disciplinées, avec de l'artillerie, quantité de munitions de guerre et de grosses sommes d'argent.
[On verra dans l'année qui suit le commencement de la guerre en ce royaume-là et, dans celles qui suivront jusques à la paix, à quoi tout cela aboutit. Pendant que je suis sur cette guerre d'Espagne, je commencerai la relation de l'année 1704 par les affaires de ce royaume.]
Atinée 1704. — L'Empereur proclame l'Archiduc roi d'Espagne; il passe en Hollande, de là en Angleterre, puis en Portugal. — L'Empereur, après avoir proclamé l'Archiduc, son second fils, roi d'Espagne, l'avoit fait partir de Vienne pour se rendre en Hollande, où il trouva nombre de bataillons hoUandois embarqués sous le général Fagel^, et une quantité de vaisseaux de guerre commandés par l'amiral Galemberg, qui le passèrent en Angleterre, où il arriva au commencement de décembre 1703. Il débarqua à Portsmouth, où la reine l'envoya recevoir et complimenter par les ducs de Somerset^, Marlborough et Devonshire^, qui le conduisirent à Peterworth^. Là, le prince de Danemark vint le saluer et le prendre pour le mener à Windsor, où il eut une entrevue avec la reine, et où il ne demeura que deux jours; on le festoya beaucoup. De là, il retourna à Peterworth, où il resta quelques jours, en attendant que la flotte angloise fût en état de mettre à la voile. On y avoit embarqué un régiment de cavalerie, un de dragons, sept d'infanterie, cinq cents hommes détachés des gardes angloises, quantité de selles, de brides, d'armes, de munitions de guerre et de bouche et beaucoup d'argent. Le duc de Schonberg commandoit ces troupes, et l'amiral Rooke l'armée navale angloise, qui n'étoit
1. François-Nicolas, baron Fagel (ci-dessus, p. 123), reçut en 1704 le titre de feld-nîaréchal pour conduire en Portugal le contingent hollandais.