Voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. X, p
4. L'Amirante fut condamné à mort par contumace en juillet 1703 et ses biens confisqués. Son mémoire justificatif a été imprimé dans les Mémoires de Lamberty, t. III, p. 245-248.
étoit le mariage de l'Archiduc avec l'infante de Portugal ' .
Cette négociation ne put être assez secrète pour que le président Rouillé n'en eût quelque connoissance. Il en donna avis à la cour; et, en attendant de nouvelles instructions, il témoignoit aux ministres portugais qu'il étoit informé de ce qui se tramoit et leur en faisoit des plaintes; mais ils lui répondirent toujours avec adresse et l'assurèrent que les négociations qui se faisoient avec les Alliés ne rouloient que sur les moyens d'affermir la neutralité que Sa Majesté Portugaise vouloit observer avec toutes les puissances, et que le roi leur maître n'étoit nullement disposé à rompre l'alliance qu'il avoit contractée avec les deux Couronnes.
Cependant, je dois présupposer que le président Rouillé, qui étoit homme d'esprit et fort affectionné, ne prenoit pas le change et qu'il continuoit d'avertir ponctuellement la cour de ce qui se passoit et que tout ce que les ministres lui répondoient n'étoit que dans la vue de gagner du temps pour mieux lier leur partie avec les Alliés et achever de prendre de plus justes mesures.
Quoi qu'il en soit, on crut à notre cour qu'on pourroit encore y remédier en lui substituant Châteauneuf ^,
1. Thérèse-Josèphe, née en février 1696, n'avait alors que sept ans; elle mourut en 1704.
2. Pierre-Antoine de Castagner, marquis de Châteauneuf, né en Savoie, s'était fait naturaliser en 1675 et avait acheté une charge de conseiller au Parlement; il fut ambassadeur en Turquie de 1689 à 1699, fut envoyé en Portugal dans le courant de 1703, mais dut revenir l'année suivante.
dont le caractère étoit plus doux et plus insinuant, et qu'en le chargeant de quelques nouvelles propositions plus avantageuses, elles pourroient être mieux écoutées ; mais on s'y trompa ; Ghàteauneuf ne put réussir ; la partie étoit trop bien liée quand il arriva en Portugal, où il ne fit pas un long séjour. Cependant, le roi de Portugal nomma un ambassadeur extraordinaire pour la cour de Vienne, qui lui rapporta la ratification du traité qui venoit de se faire avec l'Empereur et ses alliés.
Après cela, ce prince ordonna une augmentation des troupes et commanda à ses sujets de se pourvoir incessamment d'armes, d'équipages et de chevaux et de se tenir prêts à monter à cheval au premier ordre, prenant d'ailleurs toutes les mesures nécessaires pour soutenir le nouveau parti qu'il venoit d'embrasser.
De son côté, le jeune roi d'Espagne se trouvoit fort embarrassé; car il n'avoit encore aucune expérience des affaires et avoit trouvé son royaume dans un grand délabrement, joint à cela qu'il étoit fort dénué de troupes, de munitions de guerre et de bouche, et, qui pis étoit, ses finances étoient fort dérangées et très épuisées, le peu de fortifications des places tout à fait en désordre; la fidélité de ses sujets pouvoit être facilement ébranlée, et l'Archiduc, qui venoit d'être proclamé roi d'Espagne par l'Empereur son père, avoit été reconnu pour tel par quelque puissance [qui abandonna Philippe et qui l'avoit déjà reconnu* ; les autres, qui lui étoient ennemies, concouroient unanimement à