TROISIÈME PARTIE
(Suite et fin.)
Année 17 il. — Campagne de Flandre. — Notre armée de Flandre, cette année 1711, fut d'abord fort nombreuse, et étoit commandée par le maréchal de Villars. Celle des ennemis, qui ne lui cédoit pas en nombre, agit sous les ordres du duc de Marlborough seul. L'une et l'autre de ces deux armées furent bientôt affoiblies, sur les nouvelles qu'on reçut de la mort de l'empereur Joseph, qui arriva le 17 avril, sans laisser aucuns enfants mâles ^ Cet incident fut cause que le prince Eugène resta en Allemagne et rappela sur le Rhin les troupes impériales qui avoient servi en Flandre dans l'armée des Alliés la campagne précédente. Cette conjoncture obligea notre cour d'envoyer sur le Rhin au maréchal d'Harcourt, qui y commanda
1. Il succomba à une attaque de petite vérole; il n'avait que trente-deux ans [Gazette, p. 231-232 et 243-244).
l'armée de France, de gros détachements, tellement que cette armée devint fort nombreuse.
Celles de Flandre se contentèrent d'abord de se poster avantageusement. Le maréchal de Villars tâcha de prendre sur les AlHés le poste de Vimy * et n'y réussit pas; ceux-là s'emparèrent de celui d'Arleux. Le prince de Tingry fut envoyé pour le reprendre, et le manqua, ayant trouvé à l'appui de ce poste un petit corps des ennemis plus fort que le sien. [Le maréchal le reprit après un assaut de quelques heures qu'il y fît donner ; mais ce ne fut que le 24 juillet.] Sur l'avis qu'il eut que ce corps, commandé par le général Hompesch, gouverneur de Douay^, étoit venu camper sa droite à Férin^, sur le ruisseau d'Arleux, pour soutenir ce poste, et sa gauche au glacis de Douay, il résolut d'en faire au moins enlever une partie par le chevalier de Gassion*, à qui il donna trente-deux escadrons, et prit son chemin par Bouchain, où il passa l'Escaut sans être découvert en chemin. Il tomba sur les escadrons de la droite des ennemis vers le minuit; mais il arriva que ses hussards, qui marchoient à j 'avant-garde, se pressèrent un peu trop d'arriver pendant la nuit, sans réfléchir que les escadrons ne pouvoient arriver aussitôt qu'eux. Ils se trouvèrent sur l'ennemi plus tôt qu'ils ne croyoient, et, amorcés d'ailleurs par le gain du pillage, ils se jetèrent sur le campement des escadrons