‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 2 sur 96 · Jean, chevalier de Gassion : tome H, p · texte numérisé non relu

Jean, chevalier de Gassion : tome H, p

de la droite, et entrèrent dans les rues du camp avant que le chevalier de Gassion eût fait les dispositions pour l'environner. Ils coupèrent d'abord les licols des chevaux, qui étoient au piquet, ce qui réveilla les cavaliers et les fit sortir de leurs tentes, les uns nus, et les autres moitié habillés. Il y eut là un chamaillis qui donna le temps aux autres escadrons de se jeter sur leurs chevaux avec leurs armes et étendards le mieux qu'ils purent, et de se retirer sur leur infanterie, qui eut le temps de se former et de prendre les armes. On ouvrit les portes de la ville ; l'infanterie se jeta dans le chemin couvert pour favoriser l'entrée du résidu de cette cavalerie rompue, qui en fut presque quitte pour la perte de ses équipages et de deux ou trois cents hommes qui furent moins diligents à se sauver*. Immédiatement après ceci, le maréchal de Villars, qui s'étoit avancé avec quelques troupes du côté d'Arleux, pour être plus à portée de savoir plus tôt des nouvelles du chevalier de Gassion et pour favoriser sa retraite en cas de besoin, fit sommer celui qui commandoit dans ce poste pour les AUiés de le lui rendre, n'ayant plus à espérer de secours, puisque le petit corps de Hompesch venoit d'être défait. Mais il lui répondit qu'il étoit résolut de le défendre jusqu'à la dernière extrémité. Sur cela, le maréchal alla rejoindre son armée ; Gassion en fit autant, et ce ne fut que le 2i4 juil-

1. Ce petit succès eut lieu le 11 juillet. D'après les autres récits [Gazette, p. 357-360; Mémoires de Sourches, tome XII, p. 152-154; Journal de Dangeau, t. XIII, p. 441) et d'après les relations données dans les Mémoires militaires, tomeX, p. 409- 411 et 621-626, il fut plus important que ne le dit notre auteur. Les ennemis auraient perdu quatorze ou quinze cents hommes et douze cents chevaux.

let que le maréchal se rendit maître de ce poste, après un assaut de quelques heures qu'il y fit donner.

Le gros de l'armée ennemie, aussi bien que celui de la nôtre, étoit campé l'un vers Béthune et l'autre à l'appui d'Arras, quand le duc de Marlborough entreprit, par une marche forcée et très rapide, de venir sur la Sensée, près de Pont-à-Bacheul ^ , et même passa cette rivière. Le maréchal fut promptement averti du mouvement des ennemis, marcha avec la même célérité, et se trouva en bataille à vue d'eux sur le midi, ayant Gambray derrière lui. Tout le monde croyoit alors qu'il y auroit bataille ce jour-là, et on fut étonné de voir le duc tirer à l'Escaut sur Étrun^ et y passer impunément cette rivière à notre vue, sans qu'il y ait rien qui pût empêcher de tomber au moins sur son arrière-garde avec un avantage certain. On en pressa même inutilement le maréchal, qui naturellement n'est pas d'un caractère à ne rien entreprendre; ce qui fit juger que des raisons très fortes, qu'on ne pénétroit pas, l'en empèchoient^.

Siège de Bouchai?!, par les Alliés. — Les ennemis, ayant ainsi passé l'Escaut, vinrent assiéger Bouchai n. Le général Fagel* en fit le siège avec un gros déta-

1. Saint-Hilaire veut sans doute parler d'Aubencheul-au- Bac, à l'ouest d'Arleux.

2. Etrun est sur l'Escaut un peu en amont de Bouchain et au nord de Cambray.

3. Le chevalier de Quincy, témoin oculaire, a raconté {Mémoires, tome III, p. 75-83) la marche audacieuse de Marlborough et a expliqué pourquoi Villars, malgré les instances de toute son armée, resta inactif; c'est qu'il avait ordre de la cour de n'engager aucune action pour ne pas nuire aux négociations secrètes entamées alors en Angleterre.

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