‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 4 sur 96 · Tome V, p · texte numérisé non relu

Tome V, p

à Kehl et à Rheinau et vint camper à Offenbourg dans le mois d'août. Cette marche et cette campagne se terminèrent à consumer les fourrages jusqu'au Brisgau ; puis il repassa le Rhin pour aller prendre ses quartiers d'hiver.

Campagne de Dauphiné, il ii. — La reine d'Angleterre ayant envoyé le comte de Peterborough à la cour de Turin pour exciter le zèle du duc de Savoie dans une crise qui sembloit décisive pour la cause commune des Alliés, le duc se mit à la tête d'une armée de beaucoup supérieure à la nôtre, qui fut commandée par le maréchal de Berwick. Il avoit promis de faire de grands progrès ; mais ce général, en chicanant le terrain et évitant, par sa prudence, d'en venir à une action générale, dont le succès auroit peut-être trop exposé le Dauphiné, lui abandonna toute la Savoie et se vint camper sous le fort de Barraux, sa droite à l'Isère et sa gauche à la montagne. Il se retrancha parfaitement et l'arrêta tout court, faisant toutefois garder les passages des Échelles et de l'Arc par de bons détachements, sous des officiers généraux. Dans cette situation, le duc envoya ordre à la cavalerie qu'il avoit laissée en Piémont de le venir joindre et fit un mouvement qui parut être le prélude d'une bataille. Mais l'avantage du poste que notre armée occupoit, où sa cavalerie ne pouvoit agir, fit changer son dessein.

Sur ces entrefaites, le maréchal reçut un renfort de troupes et en attendoit encore d'autres qui marchoient avec diUgence. Le duc se trouvant indisposé, alla prendre les eaux à Saint-Maurice en Savoie*.

1. Saint-Maurice-de-Rotherens, dans l'arrondissement actuel de Chambéry.

Cependant, son armée souffroit beaucoup dans un pays naturellement stérile, et les pluies continuelles retardoient fort les voitures qui portoient les vivres à son armée. Ces raisons, et de plus ayant jugé qu'il ne pouvoit faire hiverner ses troupes en deçà des monts, où il n'avoit aucune place forte pour s'y maintenir, furent cause qu'il envoya ordre à son armée de repasser les monts, avant que les neiges en fermassent les passages .

Le maréchal, ayant appris que cette armée se retiroit, se mit en marche pour tâcher de joindre l'arrière-garde. Il ne put que leur faire tirer quelques coups de canon de quelques petites pièces qu'il avoit fait guinder sur des montagnes et qui ne leur firent pas grand mal, se trouvant hors de portée. Il n'y eut qu'un petit corps qui fut attaqué et perdit quelque monde; mais le comte de la Roque*, qui le commandoit, ne laissa pas de s'échapper avec la plus grande partie.

Campagne d'Espagne, 17 H. — Du côté de l'Espagne, le duc de Noailles vint assiéger Girone au commencement de janvier, quoique la saison ne le permît guère; aussi l'armée pensa-t-elle y être submergée ; car il plut fort, et le Ter se déborda si prodigieusement et si promptement, qu'il fallut que les troupes se sauvassent sur les montagnes, sans vivres, sans fourrages et sans communication des unes aux autres; ceci dura trois jours. L'armée pâtit

1. Ce seigneur, qui avait le grade de lieutenant général dans les troupes de Savoie, était grand maître d'hôtel de Madame royale; il fut plus tard gouverneur de la citadelle de Turin et chevalier de l'Annonciade; il mourut le 13 janvier 1724 à soixante-trois ans.

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beaucoup et auroit couru grand risque de se perdre si les pluies et l'inondation avoient duré davantage*. Girone se prit et fut expédié en peu de temps, quoique la place fût passablement bonne et la garnison assez nombreuse^. L'armée alla se rafraîchir pendant un peu de temps dans la plaine de Vich^ ; je dis pour un peu de temps, car le duc de Noailles eut ordre d'en envoyer une bonne partie en Dauphiné et se retira avec le reste vers Girone.

En Espagne, le duc de Vendôme s'étoit bien promis de profiter des avantages récents qu'il avoit eus sur l'ennemi l'année précédente; mais la mauvaise disposition des affaires intérieures du royaume ne lui permit pas de se rendre d'assez bonne heure en campagne pour exécuter ses desseins, qui ne tendoient pas à moins que d'assiéger Barcelone et d'en chasser l'Archiduc. Pendant ce temps précieux qu'il perdit malgré lui, les Catalans, qui craignoient fort de retomber sous la domination du roi d'Espagne, firent des efforts extraordinaires pour tâcher de l'éviter. Ils prirent presque tous les armes et se régimentèrent. Les Alliés, qui en connoissoient bien la conséquence, leur envoyèrent par mer de grands secours de troupes du Portugal, d'Angleterre, de Hollande et d'Italie, qui les mirent en état de reformer une armée capable de s'opposer aux progrès de M. de Vendôme, avant que ce général fût en état de se pouvoir mettre en

1. La Gazette de 1711 (p. 59) relata ces pluies et cette inondation.

2. La basse ville fut emportée d'assaut le 23 janvier, et la haute ville et les forts capitulèrent le 30.

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