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chement, pendant que le duc de Mariborough le couvroit avec le gros de son armée. Le maréchal de Villars trouva pourtant le moyen d'en renforcer la garnison et d'y jeter quelques vivres. La place se rendit le 1 2 août et ne fut pas trop bien défendue^ . La garnison fut conduite à Tournay; on laissa les équipages aux officiers et les habits aux dragons et aux soldats.
Il y eut à cette occasion une dispute entre le maréchal et le duc. Le premier prétendit que la garnison n'avoit pu être arrêtée prisonnière et produisit un mémoire par lequel les assiégés déclaroient que, après les otages donnés de part et d'autre, le mylord duc avoit déclaré qu'il vouloit avoir toute la garnison prisonnière de guerre et que sur cela, les hostilités ayant recommencé, un colonel des Alliés, qui avoit été un des otages, étoit venu, dans le temps du pourparler, dire aux assiégés, de la part du général Fagel, qu'il avoit trouvé un tempérament convenable aux deux partis; savoir, que la garnison serôit simplement sujette à être échangée et qu'elle sortiroit avec armes et bagages, enseignes déployées, pour être conduite à Cambray, avec liberté de continuer, sans interruption, ses services dans les armées et places du Roi; que l'officier des Alliés, en étant venu deman-
1. Il est étonnant que Saint-Hilaire ne parle pas plus en détail de ce siège de Bouchain, dont la prise fut considérée comme un désastre. La place était bonne, bien approvisionnée et avait une forte garnison ; Villars avait conservé à travers les marais une communication au moyen de laquelle il pouvait la ravitailler. Les ennemis la coupèrent par une négligence d'Albergotti, et Ravignan, qui commandait dans Bouchain, se rendit peu après, à la stupéfaction générale. Voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XXII, p. 128-132.
der l'ordre au général Fagel, en avoit rapporté le consentement et amené un major pour otage de la parole qu'il portoit ; que cet officier, ayant été depuis désavoué, avoit protesté publiquement avoir eu ordre de porter cette parole et qu'il étoit au désespoir qu'on la révoquât, en emmenant la garnison prisonnière de guerre. Le maréchal concluoit et prétendoit qu'il n'étoit pas vraisemblable qu'une garnison aussi forte eût consenti à rendre honteusement une place qui n'étoit pas en état d'être emportée et dont les ennemis n'avoient pas encore les demi-lunes, ni commencé le passage du fossé.
A ce mémoire, le mylord duc en opposa un autre du général Fagel, qui nioit d'avoir promis rien de pareil à la garnison; bien au contraire, il assuroit avoir dit à un des otages qu'il souhaitoit que la garnison se défendît jusqu'à l'extrémité et refusât la condition que le duc présentoit, afin qu'il eût la gloire de l'emporter d'assaut.
Le colonel Pagnier, qui étoit le même qu'on prétendoit avoir porté la parole du général Fagel, protesta, par un autre écrit, que celui du général étoit conforme à la vérité et qu'il n'avoit fait que promettre ses bons offices pour empêcher que la garnison ne fût prisonnière de guerre*. Mais le plus grand mal qu'il y eut à tout cela, c'est que le commandant de Bouchain avoit déjà laissé les ennemis se rendre maîtres des portes et même, à ce qu'on a dit, de sa
1. Cette contestation est relatée dans le Journal de Dangeau, p. 481, et dans les Mémoires de Sourc/ies, p. 195-196. Il y a des mémoires de Ravignan et du maréchal de Villars et une réponse de Marlborough dans les Mémoires militaires, t. X, p. 667-673, et dans ceux de Lamberty, t. VI, p. 549-551.
personne, ayant sorti hors de la place pour soutenir son prétendu bon droit. Cet exemple doit servir d'une bonne leçon à tout gouverneur de ne se prêter à aucune capitulation équivoque, mais de la traiter, quand il y est contraint, avec toute sorte de précaution et de prudence, sans sortir de la place.
Après la prise de Bouchain, le comte d'Albemarle^ s'en alla à la Haye pour savoir si les États-Généraux seroient d'avis qu'ils entreprissent encore quelque siège et, en ce cas, de leur en donner les moyens. Il y a grande apparence qu'ils ne le jugèrent pas à propos, puisque, peu de temps après son retour, qui ne fut pas fort diligent, les armées se séparèrent pour aller prendre leurs quartiers d'hiver.
Campagne d'Allemagne, 1711. — Le maréchal d'Harcourt commanda notre armée d'Allemagne et eut celui de Bezons pour collègue. On s'attendoit de ce côté-là à quelques événements remarquables dans la conjoncture de la mort toute récente de l'empereur Joseph et celle de l'élection d'un nouvel empereur, pour laquelle favoriser selon son intention le prince Eugène s'étoit tenu en Allemagne et avoit fait venir de bonne heure sur le Rhin les troupes autrichiennes et les palatines destinées pour la Flandre ; ce qui fut cause que notre armée se tint close et couverte dans les lignes de Wissembourg tout le mois de juin et une partie de juillet, jusqu'à l'arrivée des troupes que le maréchal de Villars avoit eu ordre d'y envoyer de Flandre. Alors notre armée passa le Rhin à Sellingen^,
1. Arnold-Just Keppel, titré comte d'Albemarle par Guillaume III, dont il avait été le fidèle compagnon, servait en Flandre depuis 1704.