Voyez, tome V, p. 202, l'afTaire de Flotte et Regnault
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pernicieuse aux deux monarchies, tâcha de persuader au roi d'Espagne que tout ce qu'on avoit avancé au sujet du duc d'Orléans, du temps qu'il étoit en Espagne, étoit faux, et que, convaincu qu'il étoit de l'injustice qu'on faisoit en cela à Son Altesse Royale, il prioit Sa Majesté Catholique de faire relâcher les prisonniers qui étoient détenus pour ce sujet et de ^^vre en bonne intelligence avec le duc d'Orléans. Le roi d'Espagne fit réponse qu'il venoit de faire relâcher les prisonniers et que, s'il ne tenoit qu'à lui de faire les premières démarches, il les feroit avec plaisir. Sa Majesté, ayant communiqué cette lettre à Son Altesse Royale, ce prince écrivit aussitôt au roi d'Espagne et en reçut une lettre qui acheva de les réconcilier*. Ainsi le Roi eut encore cette satisfaction avant de mourir.
[Êdit en faveur des jésuites. — Entre tous les édits qui se répandirent et dont j'ai déjà dit un mot, il y en eut un en faveur des jésuites, qui, n'oubliant jamais leurs intérêts et se trouvant trop gênés par la déclaration de 1702, présentèrent une requête au conseil d'État tendant à avoir droit d'hérédité quand ils sortent de la Société. L'arrêt leur fut favorable et permettoit à tous ceux qui voudroient quitter leur habit avant l'âge de trente-trois ans de rentrer dans leurs droits et biens, dès le jour même de leur sorties]
[Continuation des affaires de la Constitution. — Reve-
1. Cette réconciliation fut une suite de la disgrâce de la princesse des Ursins, dont notre auteur ne parle pas : voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XXVI, p. 170 et 510-517.
2. L'arrêt fut rendu au conseil d'État le 4 juillet 1715 et donna lieu à une déclaration du 16, qui établit ce nouveau droit pour les jésuites qui rentraient dans le séculier.
nons à la Constitution. Ces bons Pères étoient les seuls avec quelques prélats de cour qui parussent s'y intéresser. On l'avoit fait aimer au Roi comme son ouvrage, parce qu'il l'avoit sollicitée. D'ailleurs, comme il n'étoit pas assez savant sur ces matières, il ne pouvoit observer qu'ils étoient les seuls qui y fussent intéressés, puisqu'elle canonisoit ce qu'il y a de plus outré et de plus combattu dans la doctrine de leur P. Molina. Tout accès étoit interdit à l'opinion contraire ; mais il ne se trouvoit que les jésuites qui écrivissent en faveur de la Constitution. Le Roi, en ayant su quelques nouvelles, témoigna de l'étonnement de ce qu'en un si grand nombre de théologiens célèbres, il ne se trouvoit personne que les jésuites qui écrivissent en faveur de la Constitution . Il se plaignit des Rénédictins et trouva mauvais que, dans une congrégation aussi savante, il n'y eût pas une seule plume qui prit la défense de cette bulle. Dom Martianai* et Dom Roussel^, qui furent nommés par la cour comme les plus capables de répondre à ses vues, s'en excusèrent. Les supérieurs généraux des prêtres de l'Oratoire et des chanoines réguliers de Sainte-Geneviève eurent de pareils commandements; chacun se dispensa de défendre une constitution qu'ils étoient résolus de dénoncer comme hérétique au futur concile général, si on les poussoit à bout pour la leur faire recevoir par force. Le Roi lui-même ne savoit presque plus que penser du déchaînement de la plus grande partie du clergé séculier et régulier contre cette
1. Jean Martianai (1647-1717) avait fait profession en 1668 et s'était occupé de divers ouvrages sur l'Ecriture sainte.
2. Guillaume Roussel (1658-1717) était connu pour une traduction des lettres de saint Jérôme et pour sa collaboration à Y Histoire littéraire de la France.
production jésuitique, arrivée sous une enveloppe ultramontaine. Cependant, la cour de Rome le pressoit instamment d'employer les dernières voies de rigueur pour soumettre les têtes rebelles. Elle menaçoit de priver le cardinal de Noailles de toutes ses dignités ; la nôtre se prenoit à cette Éminence de l'opposition qu'elle trouvoit dans le clergé inférieur.]
[Ceux du parti moliniste se surent si bien prévaloir de la conjoncture qu'ils obtinrent du Roi une déclaration qui fut seulement minutée, par laquelle il déclaroit la Constitution loi d'État, et que tous ceux qui ne l'accepteroient pas seroient privés du temporel sans aucune distinction. Il devoit même venir au Parlement tenir son lit de justice pour la faire enregistrer en sa présence par le poids de son autorité. Les choses allèrent même si loin que Dongois, greffier en chef du Parlement', eut ordre de revenir de la campagne, où il étoit allé passer quelques jours, pour préparer et tenir ses registres tout prêts. Daguesseau, alors procureur général-, et Joly de Fleury, avocat général^, furent mandés pour les prévenir. Ils répondirent au Roi avec beaucoup de force et de courage ; l'un d'eux lui représenta avec beaucoup de respect qu'on avoit déjà trop fait pour cette bulle, sans la faire passer en loi, que, sans toucher à ce qui regardoit la doctrine et la discipline de l'Église, elle insinuoit des maximes qui détruisoient les libertés de l'Église gallicane et du