‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 59 sur 96 · C'était M™« de Maintenon · texte numérisé non relu

C'était M™« de Maintenon

dentés; mais, sur les sept heures du matin, un moment après que le Roi eut envoyé chercher le P. Le Tellier, qui ne faisoit que de sortir du cabinet, où il avoit couché, on crut qu'il étoit à l'extrémité. Gela causa un si grand mouvement dans le château que tout le monde crut qu'il expiroit. Dans cet instant où les cris et les gémissements retentissoient, il aperçut dans ses miroirs deux de ses garçons de la chambre qui pleuroient au pied de son lit : « Pourquoi pleurez-vous, « leur dit-il? Est-ce que vous m'avez cru immortel? « Pour moi, je ne l'ai jamais cru, et vous avez dû depuis « longtemps vous préparer à me perdre*. »

Sur les onze heures du matin, un Provençal appelé Brun, inconnu à tout le monde, se présenta et dit que, venant de Marseille à Paris, il avoit appris en chemin l'état où étoit le Roi; il avoit pris la poste et apporté avec lui un élixir qu'il prétendoit infaillible contre la gangrène, même pour celle qui vient du dedans. On le fit parler aux médecins, et, après qu'il eut déclaré de quoi son élixir étoit composé^, il fut conclu que, en l'état désespéré où le Roi se trouvoit, on ne risquoit rien de lui donner ce remède, avec la précaution d'en faire faire auparavant l'essai à celui qui l'apportoit, ce qui s'exécuta aussitôt; et on fit prendre sur le midi dix gouttes de cet élixir au Roi, dans trois cuillerées de vin d'Alicante. Sa Majesté, en prenant ce breuvage, qui sentoit fort mauvais, dit : « Je ne le « prends, ni dans l'espérance, ni avec désir de guérir; « mais je sais qu'en l'état auquel je suis, je dois obéir

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