‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 6 sur 96 · En Catalogne, entre Cervera et Manresa, près de Calaf · texte numérisé non relu

En Catalogne, entre Cervera et Manresa, près de Calaf

5. Cardona, sur le Cardoner, au nord de Manresa, était le chef-lieu d'un duché que Louis XIII avait donné naguère au maréchal de la Motte-Houdancourt.

canonner, à quoi ils ne répondirent pas, leur artillerie ne les ayant pas encore joint, parce qu'elle avoit été retardée par la difficulté des chemins, et fît retirer, à coups de fusil, ceux des ennemis qui bordoient le ruisseau, et il y établit un poste. [Le camp des ennemis et oit sur des hauteurs escarpées, au bas desquelles ce ruisseau coule.]

Le lendemain, M. de Stahrenberg voulut faire attaquer notre poste par quatre bataillons anglois qui descendirent des montagnes. M. de Vendôme le fit soutenir. Il y eut là quelque perte de part et d'autre ; mais les ennemis se retirèrent.

Ceci étant fini, M. de Vendôme fit canonner le camp des ennemis pendant plusieurs jours et ne leur fit pas grand mal non plus qu'au bourg de Prats-del- Rey, où il fit jeter quelques bombes ; car ils y avoient pourvu par de bons épaulements; de sorte que, désespérant de les faire décamper et d'ailleurs manquant d'eau, il alla camper à Calaf.

Dans cette situation, les généraux, ne pouvant rien entreprendre l'un sur l'autre et chacun voulant faire parler de soi, formèrent deux entreprises. Le général Stahrenberg sur Tortose, qu'il voulut surprendre par un détachement de son armée et pensa réussir; car, étant arrivé sur cette place, il avoit déjà passé le chemin couvert et le fossé d'une demi-lune dont il s'étoit emparé; mais celui qui y commandoit, ayant été averti à temps, fit tirer force coups de canon à cartouche sur eux, et, faisant agir sa garnison, leur tua ou prit trois ou quatre cents hommes et les obhgea de se retirer.

L'autre entreprise ne fut pas plus heureuse à M. de

Vendôme : il avoit détaché Muret, lieutenant général*, avec des troupes et du canon pour aller prendre Cardone. D'abord il se rendit maître de la ville sans résistance; mais pour le château, où il y avoit mille ou douze cents hommes, ce fut tout autre chose; il n'en put venir à bout, manquant de tout et même de pain. De plus, un gros détachement de l'armée du général Stahrenberg, plus fort que le sien, vint le secourir et l'obligea de lever le siège et de se retirer un peu hâtivement; je crois même qu'il y laissa son canon '. Il n'en arrive guère autrement quand les entreprises ne sont pas bien concertées.

Dans ce temps-là, l'Archiduc passa en Italie et de là en Allemagne^, où il avoit été élu empereur, ainsi que je crois l'avoir déjà dit, et fut couronné empereur à Francfort au commencement du mois de janvier suivant^; l'archiduchesse, sa femme ^, resta encore à Barcelone pour y maintenir son parti. Ce qui se

1. Le comte de Muret (tome V, p. 108) était lieutenant général depuis 1710 et venait d'arriver en Espagne avec des détachements de l'armée de Dauphiné.

2. Muret, arrivé devant Cardone le 14 novembre, s'empara de la ville dès le 17; mais il dut faire le siège du château, qu'il fut forcé de lever le 22 décembre, et se retira avec une perte appréciable.

3. L'archiduc, élu empereur sous le nom de Charles VI, eut beaucoup de peine à quitter Barcelone, les Catalans voulant le retenir. Il réussit enfin à s'embarquer le 27 septembre et débarqua le 7 octobre à Vado, près de Gênes, d'où il s'achemina vers l'Allemagne.

4. Il fut couronné à Francfort, non pas en janvier, mais le 22 décembre 1711 [Mémoires de Lamberty, t. VI, p. 664-668).

5. C'était Elisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbiittel, mariée à l'archiduc en 1708.

passa cette année du côté du Portugal est si peu de chose qu'il ne vaut presque pas la peine d'en parler.

Je viens à présent à un plus long narré qui est celui des négociations pour la paix pendant cette année, qui eurent bientôt après une issue plus heureuse que celles des précédentes.

Reprise des négociations en Angleterre pour la paix. — Le maréchal de Tallard, prisonnier de guerre en Angleterre*, y avoit jeté peu à peu quelques semences de paix; mais plus que cela, le changement de ministère qui y étoit survenu, joint à des intrigues souterraines, y avoit conduit les choses à un point qu'il n'y avoit plus qu'un pas à faire pour détacher l'Angleterre de ses alliés. Le mauvais succès qu'ils venoient d'avoir en Espagne porta le Parlement à rechercher la conduite de ceux de la nation qu'il croyoit y avoir beaucoup donné lieu, et un parti très puissant y excita un nuage qui éclipsa tout d'un coup la grande faveur du duc de Marlborough et de la duchesse sa femme ^, dont les hauteurs indiscrètes avoient commencé à rebuter la reine à un point que les froideurs pour elle la chassèrent de la cour et lui firent quitter ses charges^. Le duc même put reconnoître que cette princesse ne le considéroit plus que par politique et

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