‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 7 sur 96 · Depuis la bataille d'Hochstedt en · texte numérisé non relu

Depuis la bataille d'Hochstedt en

2. Sarah Jennings, compagne d'enfance de la princesse Anne et devenue sa dame d'honneur en 1683, avait épousé Jean Churchill en 1678 et jouissait d'une grande faveur depuis que sa maîtresse était montée sur le trône.

3. C'est à la fin de 1711 que Marlborough et sa femme tombèrent en disgrâce; ne se croyant plus en sûreté en Angleterre, ils obtinrent la permission de passer sur le continent en janvier 1712.

pour mieux cacher aux Alliés les mesui^es qu'elle prenoit pour se pouvoir bientôt passer de ses services, quoiqu'elle l'eût renvoyé faire la campagne de Flandre, sur les instances des États -Généraux, [à qui même elle écrivit une lettre fort honorable pour ce général.] Mais d'un autre côté, Saint-Jean, secrétaire d'État S tout à fait en faveur, prenoit toutes les mesures nécessaires pour lui dérober la connoissance de la négociation qu'il avoit comme résolue avec la France. Un incident survenu acheva de la déterminer. [Ce fut la mort de l'empereur Joseph que la petite vérole avoit emporté le 17 d'avril, sans avoir laissé, comme je l'ai déjà dit, aucuns enfants mâles ; ainsi la couronne impériale revenoit, en cas d'élection qu'on jugeoit ne pouvoir manquer, à l'archiduc son frère, à qui les États de la monarchie d'Espagne étoient dévolus par le consentement des Alliés.] Le secrétaire Saint-Jean et le ministère surent bien profiter de cette conjoncture et n'eurent pas de peine à faire comprendre à la reine et à une nation jalouse de sa liberté et de celle de l'Europe qu'on ne prendroit pas le meilleur parti en ôtant la monarchie d'Espagne à un prince de la Maison de France, très distinct de celui qui devoit régner en France et qui se brouilleroit peut-être bientôt avec lui, pour la donner à un prince qui alloit joindre la couronne impériale à tant de royaumes et de provinces héréditaires.

1. Henri Saint-John (1678-1751) est plus connu sous le nom de vicomte Bolingbroke, titre que lui donna la reine Anne en 1712; il était secrétaire d'État de la Guerre depuis 1704. Il fut destitué à l'avènement de Georges l" et dut s'enfuir en France.

Depuis que les négociations secrètes avoient été entamées avec l'Angleterre par de nouvelles propositions que le marquis de Torcy y envoya de la part du Roi, les affaires avoient pris une autre face, en ce que le secrétaire d'État Saint-Jean les fit communiquer aux États-Généraux des Provinces-Unies et les fit assurer par mylord Raby^ au nom de la reine, qu'elle vouloit agir de concert avec eux, tant pour faire la paix que pour continuer la guerre. Il est aussi à présumer que cet ambassadeur fut mis dans le secret intime, afin qu'il pût calmer les inquiétudes que causoient les voyages de Prior^ en France et ceux de Mesnager^ en Angleterre. Le premier avoit été secrétaire d'ambassade au traité de Ryswyk et avoit eu le même titre en France sous le comte de Portland^, ambassadeur d'Angleterre, et y avoit été disgracié,

1. Thomas Wentworth (1662-1739), devenu baron Raby en 1694, servait en Flandre depuis 1707 dans les troupes anglaises comme lieutenant général; il fut créé comte de Strafford en 1711 et fut nommé ambassadeur en Hollande et chargé de diverses négociations préliminaires aux traités d'Utrecht.

2. Mathieu Prior (1664-1721), d'abord gentilhomme privé de la chambre du roi, avait eu une mission à La Haye et était venu en France en 1699; il siégea au parlement anglais de 1701 à 1711 et fut alors envoyé en mission secrète à Paris pour entamer des négociations; il fit à ce sujet plusieurs voyages, et enfin fut nommé ambassadeur en France en 1713.

3. Nicolas Mesnager (1658-1714) était un gros négociant de Rouen, qui avait été élu député au Conseil de commerce en 1700; ses relations avec la Hollande et l'Angleterre le firent choisir par Torcy pour les négociations secrètes qui s'engageaient; il fut troisième plénipotentiaire de la France au congrès d'Utrecht.

4. il a été parlé de ce diplomate et de son ambassade dans nos tomes II, p. 411, et III, p. 1, 15-16, etc.

tant que le grand crédit du duc de Mai^lborough et du mylord Godolphin^ avoitduré; mais, celui du secrétaire Saint-Jean ayant succédé, il Femploya dans le secret de l'intrigue. Mesnager étoit député du commerce de la ville de Rouen et avoit servi utilement à la nouer et en étoit très capable. Pour ce qui est de Prier et pour donner un échantillon de son caractère, j'en raconterai un trait : « La Grande-Bretagne, écrivit-il au secrétaire Saint-Jean, n'a que trop entrelacé ses intérêts avec ceux du continent et il ne sera pas aisé de les démêler sans déchirure. » Dans le premier sens, le marquis de Torcy avoit d'abord proposé 'de traiter conjointement avec les deux puissances maritimes; mais le ministre anglois trouva mieux son compte d'en exclure la Hollande, et la France, qui ne perdoit rien à cette disposition, y donna facilement les mains. Lorsqu'il survenoit quelques difficultés, le maréchal de Tallard, qui étoit toujours en Angleterre, travailloit de son côté à les aplanir.

Les affaires étant dans cette situation, Mesnager passa dans ce royaume, où il signa, au nom de Sa Majesté, les préliminaires, par lesquels le Roi s'engageoit : 1° à reconnoitre la reine de la Grande- Bretagne en cette quahté et la succession de cette couronne dans l'état présent; 2° il consentoit qu'on prit toutes les mesures justes et raisonnables pour

1. Sydney, comte Godolphin '1645-1713), d'abord chambellan de Charles II et membre du Conseil privé, devint commissaire de la trésorerie en 1684 et se rallia à Guillaume d'Orange, qui lui conserva sa charge. La reine Anne le nomma en 1702 grand trésorier d'Angleterre; il fut disgracié en 1710.

empêcher que les couronnes de France et d'Espagne soient jamais réunies en la personne d'un même prince ; 3° que tous les princes et États engagés dans cette guerre, sans aucune exception, trouvassent une satisfaction raisonnable dans le traité à faire; 4° que les Hollandois fussent, par le traité, mis en possession de diverses places fortes, pour leur servir de barrière ; 5" que l'on formât aussi une barrière sûre et convenable pour l'Empire et la maison d'Autriche; 6° que Dunkerque fût démoli après la conclusion de la paix, à condition qu'on donneroit au Roi un équivalent pour les fortifications, à la satisfaction de Sa Majesté, dont la discussion seroit remise aux conférences; 7° et qu'enfin, lorsque les conférences pour la paix seroient formées, on y discuteroit de bonne foi et à l'amiable toutes les prétentions des princes et des États engagés dans cette guerre et qu'on ne négligeroit rien pour les terminer à la satisfaction des parties intéressées.

Au par-dessus de ces sept articles, il y en eut encore deux autres secrets : le premier regardoit le duc de Savoie ; l'autre devoit être gardé secret inviolablement et le fut. Il y a bien de l'apparence qu'il regardoit le Prétendant ; car, outre le maréchal de Tallard et Mesnager, qui conduisirent cette négociation, il y eut encore un chanoine de Saint-Germain-en-Laye, nommé Gaultier ^ qui s'en mêla sans caractère et qui connois-

1. L'abbé François Gaultier avait été d'abord, non pas chanoine de Saint-Germain-en-Laye, mais prêtre sacristain de cette paroisse. Ayant accompagné le maréchal de Tallard dans son ambassade en Angleterre en 1693, il y entra en relation avec le comte de Jersey et se fixa à Londres; c'est par lui que le gouvernement anglais fît connaître à Torcy son désir d'en-

soit fort une femme de chambre de la reine d'Angleterre, qui étoit sa favorite^ .

Quoique les préliminaires dont je viens de parler fussent signés à Londres le 8 d'octobre par mylord Dartmouth^ et le secrétaire Saint-Jean, le ministère ne laissa pas d'écrire au lord Raby, ambassadeur en Hollande, qui fut fait peu après comte de Strafford, de représenter aux États-Généraux que le grand principe de tous les Alliés devoit être de se tenir très étroitement unis ensemble ; mais l'arrivée du maréchal de Tallard à Paris le 1 2! novembre^, et qu'on n'y attendoit pas, contribua beaucoup à confirmer les bruits qui s'étoient déjà répandus d'un accommodement prochain^, dont on ne douta plus quand on vit distribuer à tous les bâtiments anglois, à l'exclusion de la Hollande, des passeports pour venir négocier en France. Ce ne fut plus un secret pour les AlHés quand ils eurent reçu des lettres de Sa Majesté britannique, par lesquelles elle les invitoit d'envoyer leurs plénipotentiaires à Utrecht, lieu qu'elle avoit choisi pour les conférences, dont elle avoit fixé l'ouverture au 12 janvier prochain.

L'ambassadeur de l'Empereur en Angleterre y fit à

gager des pourparlers, et il fut employé dans ces négociations jusqu'au traité d'Utrecht.

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