En portugais Bahia
d'est très frais qui venoit par risées avec une brume très épaisse, qui auroient donné de l'inquiétude à tout autre qu'à lui, et, quoiqu'il ne connût la côte et les approches de Riogenero que par les mémoires qu'il en avoit lus, son idée se trouva si juste que, le lendemain à la pointe du jour, nous étions à six lieues au vent de Riogenero. La brume, qui continuoit toujours, ne nous empêcha cependant point de forcer de voiles pour en aller reconnoître l'entrée, et, afin de ne pas perdre de temps à envoyer les ordres, M. Du Guay, par des signaux, fit entendre le rang que chaque vaisseau devoit tenir en entrant.
Environ à une heure et demie après midi, le Magnanime entra le premier. Ce vaisseau étoit commandé par M. le chevalier de Courserac, qui essuya le premier feu des forteresses et des vaisseaux. Il manœuvra avec une fierté qui fut l'admiration de toute l'escadre et fit croire aux Portugais qu'il y avoit des pilotes du pays dans le vaisseau.
Je vous supplie très humblement, Monseigneur, d'avoir la bonté de vous souvenir que mon frère de Longuejoue y étoit lieutenant en pied.
Le Brillant, commandé par M. le chevalier de Gouyon, entra après le Magnanime; puis V Achille par M . le chevalier de Bauve. Le sieur de Vassan fut blessé; le sieur de Lamiville fut aussi blessé et mourut de sa blessure quelques jours après.
Le Lys, commandé par M. Du Guay, n'entra que le quatrième, pour être h portée de donner des ordres à l'avant-garde et à l'arrière-garde et de faire les signaux qui conviendroient.
Le Glorieux par M. de la Jaille, le Fidèle par M. de la Moinerie, le Mars par M. de la Cité-Danycan, la Bellone par M. de Kerguelen, V Argonaute par M. le chevalier du Bois de la Motte, V Amazone par M. des Chesnais-Lefer, VAstrée par M. Rogon, le Chancelier par M. Danycan, la Glorieuse par M. de la Perche, V Aigle par M. Lamarre de
Caen, la petite prise angioise, les deux traversiers et la Concorde .
Après avoir essuvé le feu de tous les forts et des quatre vaisseaux de guerre du roi de Portugal, l'escadre de S. M. mouilla par le travers de l'île Cobras et de l'île Villegagnon, au signal qui en fut fait par le Magnanime. Tous nos vaisseaux étoient mouillés à six heures du soir, par quatorze brasses, bon fond de vase.
Les quatre vaisseaux du roi de Portugal, de soixante-dix, soixante et cinquante-six canons, commandés par Don Gaspard de la Costa, qui portoit pavillon carré au mât d'artimon, et par M. du Bocage, destinés à escorter la flotte du Brésil, firent grand feu pendant quelque temps sur l'escadre; mais, les ennemis voyant que rien ne pouvoit ralentir l'ardeur des commandants et de nos équipages, qui comptoienl les enlever à l'abordage en entrant, ils appareillèrent du Poso, mouillage entre le fort Sainte- Croix et l'île Villegagnon. Trois furent s'échouer à la pointe du sud de l'île Cobras sur un banc de sable et roches, et le quatrième, que commandoit M. du Bocage, alla s'échouer au nord de la même île, proche les Bénédictins.
Riogenero, qui est presque sous le tropique du Capricorne, est facile à reconnoître par une grosse montagne pelée fort haute, faite en pain de sucre, qui est à bâbord à l'entrée de la barre, au sud de laquelle il y a plusieurs petites îlettes. L'embouchure est quasi nord et sud, beaucoup plus étroite que le goulet de Brest. A tribord, proche de l'entrée en dehors, est une batterie de six pièces de canon. Le goulet est défendu à tribord par le fort Sainte- Croix, qui a quarante-quatre pièces de canon montées^; à bâbord, vis-à-vis de ce fort, est celui de Saint-Jean, de
1. Nous supprimons les indications des différents calibres des pièces.
quarante-huit pièces de canon, du même calibre que ceux de Sainte-Croix, qui se croisent; au milieu de l'entrée est une chaîne de roches qui ne couvrent jamais, d'environ six-vingts brasses de long".
En dedans de l'entrée à tribord, sur une montagne fort escarpée, il y a une batterie de dix pièces de canon, nommée Notre-Dame-de-Bon- Voyage, qui croisent ceux de l'île Villegagnon, qui est à bâbord, sur laquelle il y a vingt pièces de canon qui battent le dedans et l'ouvert de la rade aussi bien que la batterie de Notre-Dame-du-Bon-Voyage. Entre le fort Saint-Jean et celui de l'île Villegagnon, nom du chevalier françois qui, en 1555, fit la découverte de Riogenero, il y a une autre forteresse, nommée Saint- Théodose, de seize pièces de canon, qui battent la plage de la Carrioque, oîi l'on va faire de l'eau. Au nord de l'île Villegagnon est une autre île, nommée l'île Cobras, qui commande la ville et l'endroit où étoit mouillée l'escadre. Dans cette île est un petit fort à quatre bastions non revêtu de murailles, qui étoit garni de huit pièces de canon montées. Au bas de cette même île, du côté du fort de la Miséricorde, est une autre batterie de quatre canons qui croisent ceux du fort de la Miséricorde.
Dans la rade, à tribord en entrant, il y a encore plusieurs autres batteries bien garnies, dont nous n'avons pas su les noms. Tous les endroits oîi on pouvoit faire descente étoient parfaitement retranchés et munis de canons. Au dire de tous les connoisseurs, la baie de Riogenero est une des plus belles, des plus grandes et des meilleures que l'on puisse voir; elle contient plusieurs anses oh des vaisseaux comme le Royal-Louis entreroient et sortiroient très facilement. Quelque vent qu'il fasse, la mer est toujours unie dans la rade, au fond de laquelle il y a une rivière qui s'étend quatorze lieues dans les terres.
Lorsque l'escadre fut mouillée le 12 septembre, comme
je l'ai déjà marqué, M. Du Guay jugea à propos de laisser reposer les équipages, qui étoienl fort fatigués.
Le lendemain à la pointe du jour, M. le chevalier de Gouyon avec cinq cents soldats fut détaché pour aller prendre l'île Cobras, ce qu'il exécuta avec toute la conduite et la valeur imaginables et si promptement qu'à peine les ennemis eurent-ils le temps d'enclouer leur canon avant de se retirer. Dans ce moment-là, entre les Bénédictins et Tile, ils coulèrent bas deux gros vaisseaux marchands et mirent le feu à trois des vaisseaux de guerre, dont deux sautèrent en l'air. Le troisième, échoué plus près que les autres de la pointe de l'île de Cobras, auroit eu le même sort si M. le chevalier de Gouyon n'y eût pas envoyé deux chaloupes commandées par les sieurs de Vauréal et de Sainte-Osmane, qui, sous le feu de toutes les batteries de la place, éteignirent celui qui étoit dans le vaisseau, y arborèrent le pavillon blanc et se donnèrent mille peines pour tâcher de le remettre à flot. Mais ce fut inutilement : le navire étoit si fort maltraité des coups de canon de la ville et par les efiForts qu'il avoit fait en s'échouant, qu'il étoit rempli d'eau à un point qu'on le jugea absolument hors d'état de pouvoir être relevé. Le 11 novembre, veille de notre départ, nous le fîmes brûler, après en avoir retiré le canon de fonte.
M. le chevalier de Gouyon envoya rendre compte à M. Du Guay de la situation de l'île Cobras, qu'il trouvoit fort avantageuse pour y établir des batteries. Sur-le-champ, M. Du Guay l'alla visiter, el, la trouvant telle que M. le chevalier de Gouyon l'avoit mandé, dans l'instant il ordonna à M, le chevalier de la Ruffignière, lieutenant d'artillerie, d'y faire monter des canons et des mortiers, à quoi il travailla avec beaucoup de succès et fort promptement malgré les grandes pluies qui régnèrent et sous le feu continuel du canon et de la mousqueterie des ennemis. M. le mar- YI 10
quis de Saint-Simon eut ordre d'y commander les troupes qui dévoient soutenir les travailleurs.
Ce même jour, le sieur Hélyot, sous-lieutenant d'artillerie, commandant pour lors le traversier du Roi nommé le Patient, qui portoit un mortier de neuf pouces, alla s'entraverser près les Bénédictins, sur lesquels il tira des bombes tort justes; mais, comme ce petit bâtiment étoit mouillé sous un grand feu des ennemis, il fut obligé de se retirer, après avoir été beaucoup incommodé et ayant reçu un coup de canon à l'eau, auquel le sieur Hélyot remédia avec beaucoup d'ordre et de diligence.
M. Du Guay, ayant donné les ordres qui convenoient pour la sûreté de l'île Cobras, pensa sérieusement à se rendre maître de quelque endroit où l'escadre pût faire de l'eau, dont la plupart des vaisseaux étoient forts courts. Pour cet effet, il fit embarquer dans les frégates l'Aigle, l'Astrée, l'Amazone et la Concoi-de une partie des troupes, dont il donna le commandement à M. le chevalier de Bauve, qui fit mouiller lesdites frégates proche d'une anse qui est à demi-lieue environ au nord des Bénédictins, où M. Du Guay avoit projeté la descente. Pour la faire avec sûreté, la nuit du 13 au 14, M. le chevalier de Bauve, suivant les ordres qu'il en avoit, s'empara de quatre navires marchands qui étoient près de terre, dans lesquels M. Du Guay établit un entrepôt pour les troupes. M. le chevalier de Bauve exécuta ce projet avec tant de conduite et de diligence qu'à peine les ennemis eurent-ils connoissance de ce qui s'étoit passé.
Le 14 septembre, le débarquement se fit avec beaucoup de succès; ci-joint est l'état des troupes et des matelots qui descendirent. Jugeant bien que ma présence ne seroit pas d'une grande utilité à terre, je restai à bord pour faire fournir sans retardement et avec ordre tout ce qui seroit nécessaire au camp et aux batteries.
Les troupes étant à terre, MM. les chevaliers de Gouyon
et de Courserac avec leur brigade furent s'emparer de deux hauteurs qui comraandoient notre camp et d'où l'on voyoit tout ce qui se passoit dans la ville. Le sieur d'Auberville chassa un détachement ennemi qui étoit dans un bois, d'où il observoit les mouvements de nos troupes, qui campèrent, l'aile droite sur la hauteur qui regardoit la place, l'aile gauche sur l'autre hauteur, et le corps de bataille commandé par M. le chevalier de Bauve étoit en situation de se transporter en peu de temps aux endroits qui auroient pu être attaqués, et défendoit l'anse où les chaloupes venoient faire de l'eau et débarquoient les munitions dont le camp avoii besoin.
Ce jour-là, le vaisseau [portugais] que commandoitM. du Bocage sauta en l'air.
Quatre pièces de canon de 18 que M. le chevalier de la RufEgnière avoit mis en batterie dans le petit fort de l'ile Cobras commencèrent à faire un très grand feu sur les Bénédictins. Le 15 à la pointe du jour, cette batterie fut commandée par M. de Saint-Simon, parce que les officiers d'artillerie furent occupés à établir le reste des canons et mortiers qu'on devoit monter dans ladite île, où le sieur Chevalier, lieutenant de frégate, officier de compagnie, fut tué le même jour.
Le matin, M. Du Guay fit marcher toutes les troupes dans la plaine et les fit avancer fort proche de la ville, où elles tuèrent quelques bœufs et pillèrent quelques maisons, sans que les ennemis osassent sortir de leurs retranchements.
Le 16, ils firent jouer sans aucun succès un fourneau assez près d'un détachement de nos troupes que l'on avoit fait avancer. Le même jour, MM. de Bauve et de la Calandre eurent ordre de faire débarquer dix canons des navires marchands dont ils s'étoient emparés et de les mettre en batterie sur une hauteur qui battoit h revers les canons de la montagne des Bénédictins. Par les soins et
les veilles de ces deux officiers, la batterie fut parfaite en moins de deux jours et tira le 18 après midi d'assez bonne heure.
Le 17, les ennemis brûlèrent un fort grand magasin rempli de sucre, d'autres bons effets et de toute sorte de munitions, qui étoit sur le bord de la mer au pied des Bénédictins. Le même jour, ils mirent le feu à deux frégates du roi de Portugal qui étoient échouées proche dudil magasin.
Le 18, les ennemis firent une sortie de douze cents hommes et vinrent pour surprendre une de nos gardes avancées de cinquante hommes commandée par le sieur de Liesta, qui fut attaquée très vivement; mais cet officier, tout rempli de mérite, qui est fort ancien dans le corps et très estimé, fit un si grand feu pendant fort longtemps et si bonne contenance qu'il ne perdit pas un pouce de terrain et donna le temps h M. le chevalier de Gouyon de l'envoyer soutenir par les compagnies des sieurs Droualen et d'Auberville, qui obligèrent les ennemis de se retirer avec tant de désordre et de précipitation qu'ils abandonnèrent leurs morts et même leurs blessés, dont quelques-uns furent amenés à M. Du Guay, qui arriva à la fin de l'action. Le sieur de Pontlo-Coëtlogon, garde-marine, aide de camp de M. le chevalier de Gouyon, fut blessé assez considérablement d'un coup de fusil au défaut de la hanche et vingt-cinq soldats furent mis hors de combat; les ennemis perdirent plus de cent cinquante hommes.
Le 19, M. le chevalier de la Ruffignière ayant donné avis h M. Du Guay que sur l'île Cobras il avoit mis en batterie quatorze pièces de canon de 24, quatre de 18 avec cinq mortiers, sur-le-champ M. Du Guay écrivit au gouverneur pour le sommer de se rendre. A quoi le gouverneur fit une réponse fort vague, ce qui fit prendre le parti à M. Du Guay d'aller avec M. le chevalier de Bauve reconnoître les lieux par où il pourroit attaquer les enne-
mis. Il remarqua fort proche des Bénédictins cinq vaisseaux marchands qu'il jugea pouvoir être d'une grande utilité dans l'occasion.
Le 20, l'on démasqua toutes nos batteries qui firent pendant toute la journée un feu si épouvantable que celui des ennemis fut beaucoup ralenti.
La nuit du 20 au 21, M. Du Guay fit loger une partie des troupes dans les cinq vaisseaux dont je viens de parler. Les ennemis, s'en étant aperçus, firent sur eux un très grand feu, qui fut bientôt éteint par la supériorité qu'avoit celui de nos batteries et du vaisseau le Mars, commandé par M. de la Cilé-Danycan, qui avoit eu ordre de s'entraverser près des Bénédictins, ce qui mit une grande consternation parmi les assiégés.
A la pointe du jour, le reste des troupes s'embarqua, et la résolution étoit prise de donner un assaut général, lorsque le sieur de la Salle, un des prisonniers de M. Du Clerc, qui s'étoit échappé, vint dire à M. Du Guav que les ennemis, saisis d'une terreur inexprimable, avoient abandonné la place. Cet avis fit prendre le parti à M. Du Guay de débarquer toutes les troupes au pied des Bénédictins, dont on se rendit maître sans aucune résistance, aussi bien que de la hauteur de la Conception. Après quoi, M. Du Guay descendit dans la ville avec M. le chevalier de Courserac et six compagnies de grenadiers pour aller se saisir des forts Saint-Sébastien, Saint-Jacques et de la Miséricorde. Le reste des troupes, sous le commandement de ^L le chevalier de Gouyon, eut ordre de demeurer sur les hauteurs des Bénédictins et de la Conception avec défense sous peine de la vie de quitter son rang.
Lorsque M. Du Guay entra dans la ville, il trouva qu'environ trois cent cinquante prisonniers, qui restoient des troupes de M. Du Clerc, après avoir brisé les portes de leurs prisons, avoient enfoncé les maisons qu'ils savoient les plus riches, dont la plupart étoient déjà pillées. M. Du
Guay, en marchant pour aller s'emparer de la hauteur des Jésuites, ordonna qu'on fît sortir ces prisonniers de la ville, qui peu de temps après furent envoyés dans les vaisseaux.
Étant maître des forts, des batteries et de tous les postes qui étoient du côté des Jésuites, dont le commandement fut donné à M. le chevalier de Courserac, M. Du Guay vint rejoindre MM. de Gouvon et de Bauve pour prendre avec eux les mesures qui convenoient pour empêcher le pillage. Il fit publier un ban, par lequel il fut défendu, sous peine de la vie, h tous soldats et matelots d'entrer dans la ville. Plusieurs furent passés par les armes; mais cette punition sévère ne put pas faire oublier le mauvais exemple que les prisonniers de Du Clerc avoient donné, et, quelque précaution que l'on pût prendre, il ne fut pas possible de mettre des bornes à l'envie démesurée que les troupes avoient de piller.
Le 21 au soir, M. Du Guay, m'ayanl fait avertir qu'il étoit maître de la ville et de tous les forts, me pria d'y descendre pour tâcher de mon côté à trouver des moyens d'établir l'ordre. En arrivant, je trouvai un brigandage épouvantable. Je postai des écrivains en différents endroits pour essayer à y remédier; mais ce fut inutilement; car le désordre étoit à un point que les soldats des corps de garde et des patrouilles étoient les premiers à enfoncer les maisons et à les piller.
Les précautions que M. Du Guay et moi avions prises étant devenues absolument inutiles, il fallut penser sérieusement à sauver ce qui restoit de meilleur dans les maisons. Pour cet effet, on fut obligé de faire des détachements de soldats commandés par plusieurs officiers pour transporter les marchandises et les vivres dans des magasins, oîi j'établis des écrivains du Roi, gens de probité, qui prenoient un compte exact de tout ce qui étoit apporté et m'en donnoient des mémoires tous les jours.
La ville, nommée Saint-Sébastien, est bâtie sur le bord
de la mer, dans un terrain bas et uni, fort sain quoique marécageux, au milieu de quatre montagnes fort élevées. Une est occupée par les Bénédictins, la seconde, nommée la Conception, par Monsieur Tévêque, la troisième par les Jésuites et la quatrième par les moines de Saint-Antoine de l'ordre de saint François. On peut y ajouter une cinquième qui est File Cobras, dont j'ai parlé ci-devant, qui n'est pas à une portée de fusil de la ville; l'entre-deux forme un très beau port, où les vaisseaux embarquent et débarquent les marchandises très commodément.
Sur la montagne qu'occupent les Jésuites est le fort Saint-Sébastien, revêtu de murailles, entouré d'un bon fossé, garni de quatorze pièces de gros canon et de beaucoup de pierriers; toutes les approches en étoient minées. A sa gauche, du côté de la plaine, à mi-côte, est un autre fort, nommé Saint-Jacques, de douze pièces de canon, et du côté de la mer il y a deux batteries de douze et de huit pièces de canon, au bas desquelles est le fort de la Miséricorde, situé sur un rocher avancé à la mer, garni de douze canons qui battent à la mer et sur la ville.
La montagne des Bénédictins est fortifiée par un bon retranchement garni de distance en distance de plusieurs pièces de canon, qui battent du côté et sur l'île Cobras, sur la Conception et sur la plaine.
La hauteur de la Conception est retranchée du côté de la campagne par un bon fossé, une haie vive naturelle, derrière lesquels il y a plusieurs pièces de canon qui battent sur toutes les avenues. Les ennemis travailloient à force sur la montagne de Saint- Antoine, où il n'y a pas encore de canon.
Du côté de la mer, la ville est entourée de retranchements garnis de canon, dont le feu se croise. Du côté de la plaine, elle est défendue par un mauvais fossé plein d'eau, en dedans duquel il y a une place d'armes à pouvoir contenir quatorze ou quinze cents hommes. La plu-
part de ces batteries et retranchements avoient été perfectionnés et faits sur la nouvelle que le g-ouverneur avoit eue de Lisbonne, par la flotte et par un paquebot, que l'escadre du Roi, commandée par M. Du Guay, devoit venir attaquer Riogenero, où, de l'aveu des Portugais, il y avoit douze à treize mille hommes de troupes, sans compter les nègres qui sont en très grand nombre et qui tirent fort bien un coup de fusil.
Le 22 septembre, M. le chevalier de Beauharnois de Banville eut ordre d'aller sommer le gouverneur du fort Sainte-Croix, qui se rendit à capitulation. Après avoir pris possession dudit fort, où il établit une garnison commandée par le sieur d'Estry, il fit la même chose pour les forteresses de Saint-Jean, de l'île de Villegagnon et les autres batteries.
Pour que la place, qui est ouverte de tous côtés, fût en sûreté contre les insultes des ennemis, M. le chevalier de Gouyon eut ordre de poster sa brigade dans le retranchement qui fait face à la plaine. M. le chevalier de Bauve, avec la brigade du centre, resta sur les hauteurs des Bénédictins et de la Conception, où le quartier général fut établi.
Un vaisseau anglois, s'étant trouvé à la rade de Riogenero le jour que nous y entrâmes, fut mouiller dans une anse du fond de la baie, dont la sortie étoit gardée par notre escadre. Le capitaine, voyant qu'il ne pourroit se sauver, plutôt que de rester avec les Portugais, qui n'ont ni foi ni loi, prit le parti de venir se rendre le 24. M. de la Moinerie fut chargé de l'aller amariner avec un écrivain du Roi. On trouva dans ce navire cinq caisses d'argent d'égale grandeur, dont une fut ouverte en présence de M. Du Guay et de moi. Elle contenoit quatre sacs, que nous jugeâmes être de mille piastres chacun. Sur-le-champ, je fis refermer ladite caisse, qui fut portée h bord du Lijs avec les quatre autres. Ce bâtiment étoit chargé de muni-
tions de guerre pour le fort de Bencoulen dans l'île de Sumatra; il fut racheté 3,500 livres sterling par un passager qui étoit nommé gouverneur dudit fort. J'ai fait les procès-verbaux, estimation, marchés et interrogatoires qui conviennent en pareil cas. Nous ramenons deux otages pour sûreté de la lettre de change. J'ai aussi un certificat pour les commissaires des échanges, afin qu'ils fassent rendre pareille quantité et qualité d'hommes qui sont embarqués dans ledit vaisseau.
Comme les ennemis, en abandonnant la ville, avoient emporté leur or et brûlé les magasins où étoient leurs meilleurs effets, il fut question de faire une attention toute particulière aux intérêts du Roi et des armateurs et de chercher à tirer de quoi dédommager l'armement. Tout le monde auroit été d'avis de conserver la colonie, qui est toute des plus florissantes, tant par le bon air et la fertilité du climat que par la grande abondance des mines; mais ce projet parut impossible, la ville étant ouverte de toutes parts, comme je l'ai déjà marqué, par le peu de vivres qui s'étoient trouvés dedans et par la difficulté qu'il y avoit à pénétrer dans un pays dont les chemins ne sont point du tout praticables pour des troupes, à cause de la grande quantité de bois en friche et des montagnes très rudes qui s'y rencontrent. Il falloit cependant se résoudre h faire la conquête de beaucoup de terrain pour avoir des farines de manioc et des bestiaux, si on avoit pris la résolution de garder Riogenero. Après avoir bien examiné les raisons qui s'opposoient à un établissement, M. Du Guay envoya, le 26 septembre, dire au gouverneur, qui étoit avec un corps de troupes à une lieue environ de la ville, que, s'il ne faisoit pas des propositions raisonnables pour le rachat de la place et des forteresses, il mettroit les maisons en cendres et feroit sauter les forts. Ce compliment fut escorté par deux compagnies de grenadiers, qui allèrent brûler toutes les habitations h une demi-lieue de la ville. En
faisant cette expédition, elles tombèrent dans un corps d'ennemis beaucoup plus nombreux, qui les auroit taillées en pièces si elles n'avoient été soutenues par deux autres compagnies de grenadiers, commandées par les sieurs de Breugnon et de Sheridan, et une compagnie de caporaux, qui culbutèrent les ennemis, en tuèrent quantité avec le chef, nommé Almara, homme fort redouté dans le pays, et restèrent maîtres du champ de bataille. Les sieurs de Breugnon et de Sheridan, en cette occasion comme en toutes celles où ils se sont trouvés, donnèrent des marques de leur valeur et bonne conduite. Le sieur Keret-Keravel s'y distingua aussi par son intrépidité et conserva avec huit hommes le poste où il avoit été placé, qui fut pendant quelque temps environné d'ennemis.
Le gouverneur, ayant appris que ses troupes, quoique fort supérieures en nombre, avoient été défaites, envoya le 29 à M. Du Guay un mestre-de-camp et un président appelé « le juge de fore », qui étoient chargés de traiter du rachat de la ville et des forteresses, pour lesquelles ils offrirent six cent mille croisades, qui font environ douze cent mille francs, assurant que, tous les habitants étant dispersés à la montagne, où ils avoient emporté leur or, il étoit absolument impossible de rassembler une somme plus considérable. Encore demandoient-ils un terme fort long pour faire revenir l'or du quint du roi, qui devoit faire partie de la somme, lequel avoit aussi été transporté fort loin par les oiîiciers royaux. M. Du Guay reçut cette proposition avec mépris et renvoya sur-le-champ les députés, leur promettant que dans peu il iroit rendre visite au gouverneur dans son camp s'il ne faisoit d'autres propositions. Dans l'instant, les ordres furent donnés pour qu'on se tînt prêt h marcher, et on commença à miner les endroits que le feu ne pouvoit abîmer.
Le gouverneur, selon toutes les apparences, comptant beaucoup sur le secours qui venoit des mines sous le com-
mandement du marquis d'Albuquerque, ou à cause de son peu de crédit ne pouvant rassembler une plus grosse somme que celle qu'il avoit offerte, ne donna aucune de ses nouvelles; ce qui fit prendre à M. Du Guay le parti de l'aller attaquer dans ses retranchements avant que le marquis d'Albuquerque eût pu le joindre.
Le 10 octobre, à la pointe du jour, les troupes marchèrent par des chemins aussi impraticables par leur situation que par les pluies continuelles que nous avions eues, et se rendirent en présence des ennemis ; ce qui donna une terreur inexprimable au gouverneur, qui détacha dans l'instant des ofEciers pour venir dire à M. Du Guay qu'il étoit en son pouvoir de brûler et saccager tout le pays, mais que, dans la conjoncture présente, il ne pouvoit donner que les six cent mille croisades déjà offertes, auxquelles il joindroit encore dix mille croisades de ses deniers, avec cent caisses de sucre et deux cents bœufs pour les troupes, et que c'étoit en un mot tout ce qu'il pouvoit offrir, au surplus qu'on pouvoit faire de lui tout ce qu'on voudroit et prendre tel parti qu'on jugeroit h propos.
M. Du Guay, dans le moment, assembla un conseil, qui, après avoir examiné avec une grande attention toutes les raisons ci-dessus et les vivres qui restoient à l'escadre, résolut d'accepter la proposition. Sur-le-champ, on donna des otages avec promesse par écrit de payer sous quinze jours.
Le lendemain 11, des nègres qui désertèrent vinrent donner avis que le marquis d'Albuquerque avoit joint avec quinze cents chevaux, quinze cents hommes d'infanterie et cinq à six mille nègres bien armés. Quoique nous fussions en trêve, cette nouvelle nous engagea à nous tenir aussi alertes que si la capitulation n'avoit pas été signée.
J'oubliois de dire que, le 7 octobre, le sieur de Kessel, s'étant un peu éloigné du fort Saint-Jacques pour en aller reconnoître les avenues, tomba dans une embuscade de nègres, qui le tuèrent.
Pendant tous ces pourparlers, ces marches et escarmouches, je faisois travailler à force dans la ville à transporter les sucres dans les vaisseaux de l'escadre et dans un navire portugais, nommé la Reine des Anges, dont le commandement a été donné à M. le chevalier de la RufEg-nière. En même temps, je faisois serrer les marchandises dans des magasins, où les trois commissionnaires des armateurs, avec des écrivains de roi, faisoient faire des ballots qui n'auroient été d'aucune valeur en France. Il fallut donc, pour en tirer un prix raisonnable, prendre la résolution de les envoyer à la mer du Sud. Pour cet efifet, il fut question de chercher si, parmi les vaisseaux que nous avions pris, presque tous dégréés, il y en auroit quelqu'un en état de faire ce voyage. Après les avoir bien examiné tous, il ne s'en trouva qu'un qui fût jugé propre pour cette entreprise. On le mit en état de faire la campagne; mais, quoiqu'il fût d'environ cinq cent cinquante tonneaux, il ne pouvoit contenir qu'une partie des ballots, ce qui mit dans la nécessité d'y joindre la frégate la Concorde. M. Du Guay et moi ayant pris ce parti pour le bien du service du Roi et pour l'intérêt des armateurs, je les fis charger avec soin. Un écrivain de roi lenoit un compte exact de ce qui sortoit d'un magasin, et tous les soirs je vérifiois les envois par les reçus qu'on m'apportoit des vaisseaux où s'embarquoient les marchandises, dont j'ai l'honneur de vous envoyer ci-joint les factures. J'ai nommé le sieur Petit, écrivain de roi fort sage et très entendu, pour faire les fonctions de contrôleur dans la Concorde, et le sieur Marchand, autre écrivain très capable, pour faire les mêmes fonctions dans le vaisseau la Notre-Dame de l'Incarnation, commandé par le sieur Brignon, qui est un des commissionnaires des armateurs. Il y a dans le même navire le sieur Gentil, autre commissionnaire. Le troisième, qui est le sieur de Caux, est dans la Concorde. Le sieur
Pradel, qui la commande, et le sieur Brignon ont ordre de vendre au Pérou, de concert avec les contrôleurs, les navires, s'ils en trouvent un bon prix, et de repasser en France aussitôt qu'ils auront débité leurs effets. Ceux qui se sont trouvés avariés et hors d'état de pouvoir être emballés, de concert avec INI. Du Guay, je les ai fait porter dans les vaisseaux, où ils ont été vendus aux Portugais, en présence des commandants, par les écrivains de roi qui m'en ont rendu compte.
Comme dans les vaisseaux il n'y avoit personne de la part des armateurs pour se charger du provenu de la capitulation, de la vente des marchandises, des navires et de quelques sommes qui furent trouvées dans le couvent de Saint- Antoine et dans des maisons particulières, M. Du Guay me pria de les recevoir, ce que je n'acceptai pas d'abord, par rapport au peu de connoissance que j'avois de l'or, des poids et des comptes du pays, et encore plus à cause de la fourberie des gens à qui nous avions à faire, que M. de Gennes peint très au naturel dans ses mémoires. Cependant, après avoir exposé mes raisons, je me rendis aux prières de M. Du Guay et je reçus les sommes que l'on devoit payer, dont j'ai l'honneur de vous envoyer l'état.
En arrivant à Riogenero, nous apprîmes que M. Du Clerc avoit été assassiné dans son lit; le sieur de Saint- Michel, lieutenant de frégate, et quatre gardes-marine y étoient restés avec les prisonniers; les autres officiers et gardes-marine avoient pris le parti d'aller à la Baie de Tous-les-Saints. Nous rapportons tous leurs drapeaux, excepté le blanc, qui a été envoyé à Lisbonne.
Le 28 octobre, la moitié de nos troupes se rembarqua; l'autre moitié garda les postes des Jésuites. Le même jour, nous remîmes aux troupes du pays les hauteurs des Bénédictins et de la Conception.
Le 29, le sieur de Champagne, enseigne de vaisseau, mourut de maladie.
Le 4 novembre, le reste des troupes retourna dans les vaisseaux.
Le 13, l'escadre appareilla de la rade de Riogenero, et le lendemain le fort Sainte-Croix fut remis aux Portugais.
Le 15, les deux navires de la mer du Sud nous quittèrent pour aller à leur destination.
Le 3 décembre, le vaisseau la Reine des Anges s'étant trouvé incommodé à son chuquet de misaine, le Lys lui fournit ce qu'il pouvoit avoir besoin et V Aigle eut ordre de lui servir de conserve; le lendemain, nous les perdîmes de vue.
Le 22, à quatre heures et demie du soir, nous eûmes connoissance des bancs de Roxas, qui nous restoient à quatre lieues à l'ouest; nous en vîmes les brisants.
La nuit du 24 au 25, nous repassâmes la ligne, après avoir eu plus d'un mois les vents contraires, qui ont dû être fort favorables à nos navires de la mer du Sud.
Le 7 janvier 1712, à huit heures et demie du matin, nous repassâmes le tropique du Cancre.
Depuis le 38* degré de latitude nord jusques au 44*, ayant passé suivant nos points à environ quinze lieues de Corve et Flore^, nous avons essuyé des tempêtes affreuses. Il paroissoit à chaque instant que la mer devoit nous engloutir mille fois; les vents, qui chaque jour faisoient le tour du compas avec fureur, nous obligeoient de mettre à la cape, tantôt à la grande voile, quelquefois à la misaine, un autre jour à l'artimon, et d'autres fois à sec. Le Lys, le meilleur et un des plus beaux vaisseaux qu'on puisse voir, qui se manioit on ne peut pas mieux dans le mauvais temps, a beaucoup souffert. Comme cet ouragan épouvantable dura depuis le 16 janvier jusques à la nuit du 23
1. Corvo et Flores, les deux plus occidentales des îles Açores.
au 24, avec de la pluie et des bourrasques horribles, nous appréhendions h tous moments que les mâts ne vinssent en paquet. Notre grand mât a été seulement endommagé entre le premier et le second pont, à quoi on remédia avec beaucoup de promptitude. Pendant ce coup de vent, qui a fait séparer le Magnanime, V Achille, le Glorieux, le Fidèle, le Mars, le Chancelier et la Glorieuse, je me rappelois de temps en temps la pensée d'Horace, qui avoit grande raison de dire :
Illi robur et œs triplex circa pectus erat Qui fragilem truci commisit pelage ratera.
Depuis le 24 jusques à notre arrivée, nous avons toujours eu un fort beau temps, qui a été cependant un peu interrompu par un grand calme qui a duré les 27, 28 et 29 janvier.
Le 4 février, à trois heures et demie après midi, nous eûmes sonde de quatre-vingts brasses.
Le 5, à quatre heures et demie du soir, nous faisant par la sonde à dix lieues à l'ouest d'Ouessant, nous avons mis à la cape et nous y sommes restés jusques à la petite pointe du jour.
Le 6, ayant eu connoissance à huit heures du matin de l'île d'Ouessant et des Pierres-Noires, nous sommes entrés dans la rade de Brest, où nous avons mouillé à onze heures trois quarts du matin, avec le Brillant, la Bellone, V Argonaute, V Amazone et VAstrée, qui nous ont toujours tenu fidèle compagnie.
J'ai l'honneur, etc.
De Ricouart.
M. de Ricouaî't au secrétaire d'Etat.
A bord du Lys, le 6 février 1712, à la rade de Brest.
Monseigneur,
Dans le détail que j'ai eu l'honneur de vous faire de la campagne, j'ai oublié de marquer que M. Du Guay et moi fîmes serrer très soigneusement l'argenterie des églises, crainte du pillage. Ensuite, M. Du Guay écrivit à M. l'évêque de Riogenero pour le prier d'envoyer quelque personne de confiance à qui on pût la remettre. Il vint un aumônier de sa part, h qui on la rendit toute; les reçus que j'en ai font foi de l'attention particulière que l'on a eu à faire connoître à toutes les nations que nous étions sujets du roi, fils aîné de l'Eglise.
Après bien des pourparlers, des allées et des venues de la part des Portugais, l'or en barres pour la capitulation, de convention faite par écrit entre le mestre de camp, le juge de fore, M. Du Guay et moi, a été reçu sur le pied de seize testons le gros, poids de Portugal, faisant monnoie de France huit livres, l'or en poudre à quatorze testons et quatre vingtains, qui font sept livres huit sols, et les monnoies d'or neuves à quarante-huit testons la pièce.
Attendu que je n'avois aucune connoissance de Tor ni des poids de Portugal, j'ai rapporté avec moi le marc et les balances qui ont servi à peser l'or qui nous a été donné, que je faisois mettre dans des sacs de cuir bien fermés et cachetés, qui s'emballoient dans des caisses à mesure que je le recevois. Les deux otages que nous avons eus pour sûreté de la capitulation et le contraste [sic), qui est la personne commise par le roi pour la vérification des poids, m'ont donné un certificat qui assure que le marc qui m'a été remis est celui dont on se sert dans tous les bureaux du roi; il m'a paru à peu près de la même pesanteur que celui d'Espagne.
Comme il y avoit de la justice de gratifier ceux qui avoient donné des marques de leur zèle et désintéressement, M. Du Guay s'est servi d'une partie de l'or apporté par des officiers qui l'avoient trouvé dans quelques maisons particulières et couvents de Riogenero pour en faire des gratifications aux officiers les plus exacts et aux estropiés. Ce même or est destiné aussi à récompenser les veuves des morts et les enfants, auxquels on fera payer une somme proportionnée à leurs besoins.
J'ai l'honneur, etc.
De Ricouart.
Extrait général des effets provenant de Riogenero dont l'escadre du Roi est chargée.
Savoir :
Or en barres et en poudre . . . 1,624 livres 18 gros.
Monnoies neuves d'or .... 2,310.
Monnoies vieilles 222 1/2.
ECUS de Portugal 740 1/2.
Testons 27 1/2. .
Argenterie, non pesée .... 4 bahuts pleins.
Piastres 20,000 en 5 caisses.
Rançon (en une lettre de change). 3,500 livres sterling.
Sucre 1,484 caisses, 3 barriques et 2 quartauts.
Canons de fonte 27, de 8 et 10 livres
de balles.
Barbes de baleine Ijl67, grosse et petite.
Paquets de baleine 50, —
Toile grise 750 paquets, pièces
ou morceaux.