‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 3)Chapitre 63 sur 96 · Arch. nat., Marine, B"* 36, fol. 49 et suiv · texte numérisé non relu

Arch. nat., Marine, B"* 36, fol. 49 et suiv

2. Nous supprimons les indications de direction des vents et de longitude et de latitude.

furent variables. Le 20, à trois heures après midi, environ soixante-quinze lieues à l'ouest des Berlingues, nous aperçûmes quatre vaisseaux, que nous chassâmes jusques à cinq heures du soir. Nous les jugeâmes hollandois. La nuit venant sans les avoir beaucoup approchés, l'escadre se rallia pour continuer sa route.

Le lendemain 21, à sept heures et demie du matin, nous vîmes un navire h environ quatre lieues. Nous lui donnâmes chasse, et, à neuf heures et demie, V Amazone l'amarina. C'étoit un petit vaisseau de Londres d'environ cent vingt tonneaux et dix-huit hommes, sortant avec son lest de Lisbonne, où il avoit porté du blé, du lard et du bœuf, qui retouruoit à Dublin charger de pareilles munitions pour porter à Lisbonne. Comme ce navire marchoit bien, nous le gardâmes, comptant qu'il pourroit être de quelque utilité dans l'entreprise que nous allions faire.

Le 22, le Li/s démâta de son grand mât de perroquet à quatre heures et demie après midi, par un vent frais et une mer fort houleuse. Cet accident fit tomber à la mer le matelot de la découverte. Sur-le-champ, on arma un canot qui étoit à la remorque, et, quelque diligence qu'on fît, on ne put le sauver.

Le 23, à midi, Madère nous restoit au sud-est environ quarante lieues.

Le 25, à huit heures du matin, le vaisseau du Roi le Profond, commandé par M. d'Arvilliers pour aller à Cayenne, qui étoit parti avec nous de la Rochelle, nous quitta.

Le 1®"" juillet, à trois heures du soir, nous vîmes terre, que nous jugeâmes être les îles du Cap-Vert. Nous chassâmes dessus et les reconnûmes. Une heure et demie environ avant la nuit, nous eûmes connoissance de V Aigle, qui étoit resté au port des barques pour être soufQé; il joignit l'escadre la nuit, après avoir fait les signaux de reconnoissance.

Le lendemain, h huit heures du matin, nous mouillâmes à l'île Saint-Vincent, par un vent de nord-est très frais, qui venoit par tourmentes et rafales avec tant de violence que quelques-uns de nos vaisseaux furent obligés d'amener les vergues pour serrer les basses voiles. Nous mouillâmes par dix brasses, bon fond de gros sable. Le Profond y étoit arrivé le dernier juin et en repartit le 3 juillet, après avoir fait de l'eau et du bois.

L'île de Saint- Vincent, une des îles du Cap-Vert, est inhabitée ; l'eau y est en petite quantité, pas bonne et difficile à faire, aussi bien que le bois. Il n'v a point de raffraîchissements ; on peut cependant en faire venir de l'île Saint-Antoine, habitée, fertile, qui est à trois lieues de Saint- Vincent. Comme nous n'avions pas de temps à perdre, M. Du Guay ne jugea point à propos d'attendre la réponse de quelques Portugais qui étoient venus à bord offrir leurs services et qui avoient promis de faire apporter des raffraîchissements. Nous ne restâmes que trois jours francs h Saint- Vincent, pendant lesquels on fit un peu d'eau et de bois. Les troupes descendirent à terre, et chacun sut la destination qu'il devoit avoir pour la descente que nous allions faire. Les bataillons parurent fort beaux, et le soldat, à l'exemple de l'officier, souhaitoit avec ardeur trouver l'occasion de se signaler.

Voici la disposition qui fut faite des bataillons. Il y avoit dans l'escadre 2,440 soldats, dont on fit neuf bataillons, qui composèrent trois brigades.

La première, commandée par M. le chevalier de Gouyon, fut formée :

Du bataillon du Braillant de . . . . 290 hommes.

De celui du Fidèle de 250 —

Et de celui de V Amazone de. . . . 250 —

La seconde brigade, commandée par M. le chevalier de Courserac, fut composée :

Du bataillon du Magnanime de . . 300 hommes.

De celui du Mars de 250 hommes.

Et de celui de r^ï^^'/e de 250 —

La troisième brigade, commandée par M. le chevalier de Bauve, fut formée :

Du bataillon du Lys de . . . . . 350 hommes.

De celui de V Achille de 250 —

Et de celui du Glorieux de . . . . 250 —

Chaque bataillon porta le nom du vaisseau d'où il étoit débarqué et fut distingué par la couleur de son drapeau; les compagnies étoient composées de trois officiers et de cinquante hommes. Cinq cents matelots furent choisis dans l'escadre pour être armés de sabres et de fusils. On les répartit à la suite de chaque bataillon pour porter des munitions de bouche, des pierriers avec leurs chandeliers, trois petits mortiers, des caisses de cartouches, des pierres h fusil, des grenades, des baguettes de rechange, des outils à remuer la terre, des civières, et généralement tout ce qu'on croyoit nécessaire aux troupes.

Le 6 juillet, à huit heures et demie du matin, nous appareillâmes de la rade de Saint- Vincent pour aller passer la ligne.

Le 10 du même mois, étant par les dix degrés nord, les vents se rangèrent au sud, et ont régné pendant près d'un mois assez frais, et plusieurs de nos vaisseaux ont démâté de leurs mâts de hune par le mauvais temps.

Le 11 août, nous avons coupé la ligne par dix degrés de longitude, ce qui n'est jamais arrivé, si l'on en croit les journaux des navigateurs, qui disent qu'il faut passer la ligne entre le 354^ degré de longitude et le 1®' méridien.

Le 19, à une heure après midi, nous aperçûmes l'île de l'Ascension à l'ouest environ douze lieues, qui, suivant tous les points, devoit nous rester beaucoup à l'est. L'erreur où nous nous sommes trouvés prouve que les courants de la côte de Guinée, que nous approchâmes, nousavoient transportés plus à l'est que nous n'avions compté. Ainsi il

est à présumer que nous avons passé la ligne plus à l'est qu'il n'est marqué ci-dessus.

Le 27 août, étant h la hauteur de la Baie de Tous-les- Saints', on tint conseil pour décider si nous irions attaquer cette Baie ou Riogenero. Il y eut quelques voix pour aller à la Baie de Tous-les-Saints; mais à la fin tout le monde convint qu'il étoit plus h propos d'aller à Riogenero, par trois raisons essentielles : la première, pour délivrer les prisonniers de M. Du Clerc, qui étoient traités fort inhumainement; la seconde, parce que M. le chevalier de Courserac assura qu'il entre roit dans Riogenero comme dans la rade de Brest, ce qu'il exécuta en homme de guerre qui sait parfaitement son métier; et la troisième raison fut que , les vaisseaux commençant à manquer d'eau, il falloit absolument aller en lieu où l'on pût en faire, et ne point risquer à descendre à la Baie de Tousles-Saints, qui n'étoit connue que très imparfaitement de ceux mêmes qui disoient y avoir demeuré longtemps et qui n'étoient pas sûrs qu'on pût y faire de l'eau sans être continuellement inquiétés des ennemis, quand même on seroit maître de l'aiguade, qui est au pied d'un terrain montagneux et fourré. A quatre heures et demie, le conseil fut levé ; chaque capitaine retourna h son bord, et nous fîmes route par Riogenero.

Le 10 septembre, à cinq heures du soir, nous mîmes en panne pour sonder; on trouva soixante brasses, fond de sable gris et vasar.

Le 11, par notre estime nous comptions que le cap Frio nous restoit au nord-ouest environ douze lieues. Quand la nuit fut venue, M. Du Guay prit son parti en très habile navigateur à qui les instants sont précieux quand il s'agit de travailler pour la gloire des armes du Roi. Il fit faire route, le Lys à la tête, au nord-nord-ouest, par un vent

Page 1