Arch. nat., G
Après M. le maréchal de la Meilleraye, M. le duc de Mazarin en a joui en la même qualité et en a fait des gratifications de temps en temps à dififérentes personnes. Il gratifia entre autres le feu sieur de Saint-Hilaire, lieutenant de l'artillerie, d'un logement dans l'un des corps de logis, et le sieur de Saint-Hilaire en a joui pendant un temps considérable. Après la mort dudit sieur de Saint- Hilaire, sa veuve, craignant d'être dépossédée par M. le duc de Mazarin, surprit à son insu, en 1687, un brevet du Roi, par lequel elle se fit accorder par Sa Majesté les mêmes logements <}u'elle et son défunt mari tenoient auparavant de la libéralité de M. le duc de Mazarin, n'ayant jamais eu d^autre titre avant 1687, ce qui prouve bien la surprise.
Depuis ce temps, la veuve du sieur de Saint-Hilaire et le sieur de Saint-Hilaire, son fils, ont toujours fait quelques nouvelles entreprises et ont même osé usurper, depuis environ trois ans, une partie du logement accordé par M. le duc de Mazarin à M™® la maréchale de la Meilleraye, sa belle-mère, dans ledit Arsenal.
M. le duc de Mazarin, touché de cette violence et ingratitude, a voulu savoir par quel motif le sieur de Saint- Hilaire en usoit ainsi, et il a découvert ce brevet surpris en 1687, duquel jusque-là il n'avoit eu aucune connoissance, parce que la veuve du sieur de Saint-Hilaire l'avoit toujours tenu secret, pendant que M. le duc de Mazarin la laissoit jouir paisiblement, elle et son fils, d'une partie de son logement.
Mais, pour vous faire connoître. Monsieur, qu'il n'y a, de la part des sieur et dame de Saint-Hilaire, que surprise et ingratitude et que le logement qu'ils occupent appartient incontestablement au surintendant des poudres, M. le duc de Mazarin rapporte l'extrait de l'édit de création de ladite charge de l'année 1634, et il vous supplie d'ordonner au
commissaire général des poudres et au contrôleur général de rapporter les brevets de leurs logements, parce que vous verrez par les tenants et aboutissants l'étendue et la consistance de ce qui appartient au surintendant des poudres.
M. le duc de Mazarin vous supplie encore, Monsieur, de vouloir ordonner aux sieur et dame de Saint-Hilaire de rapporter les brevets en vertu desquels ils en ont joui avant l'année 1687, et ils seront obligés de convenir qu'ils tenoient leur logement de la liberté [sic] du surintendant des poudres.
M. le duc de Mazarin est persuadé qu'il n'y aura aucune difficulté, lorsque la vérité sera éclaircie, de déclarer le brevet surpris en 1687 nul, eu conséquence de le conserver dans le logement qui lui appartient en sadite qualité de surintendant des poudres et salpêtres et d'ordonner aux sieur et dame de Saint-Hilaire de vider incessamment les lieux, attendu qu'ils n'ont ni titre ni qualité.
M. le duc de Mazarin vous demande en grâce, Monsieur, de commettre quelque personne désintéressée, autre que ceux qui habitent dans l'Arsenal, pour vérifier les faits ci-dessus.
Extrait de l'édit de création de l'année 1634 : « En outre nous voulons et entendons que notre dit surintendant ait son logement dans notre Petit-Arsenal h Paris, dans les deux corps d'hôtel en entrant à main gauche, aboutissant à la Bastille d'un côté et de l'autre au magasin des bonnetiers, avec la cour et jardin, comme le tout étoit occupé ci-devant par le sieur Lapin fils, et ledit commissaire général dans la première cour du Petit- Arsenal, au logement ci-devant occupé par le commissaire des salpêtres, commençant au coin de la grande porte qui entre de ladite cour au grand jardin et de l'autre audit atelier des bonnetiers, en outre les masures qui font l'aile du côté du grand jardin jusqu'à l'allée de la Bastille. »
Le secrétaire d'Etat de la Guerre chargea M. Le Camus de Beaulieu, un des lieutenants généraux de l'artillerie, de faire une enquête à ce sujet, et celui-ci lui répondit le 21 juin 1103 :
Je crois, Monseigneur, que, pour satisfaire à l'ordre que vous me donnez dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire en m'adressant le mémoire que je vous renvoie, il n'y a rien qui puisse vous mettre mieux en état de rendre compte au Roi de ce qui est contenu dans ledit placet que de vous envoyer un récit fidèle de tout ce qui s'est passé sur l'affaire dont est question, me paroissant que le Roi n'a à régler là-dessus qu'un seul point, qui est de savoir si Sa Majesté veut laisser décider pour cette occasion à la justice ordinaire les droits du grand maître et ceux du surintendant général des salpêtres ou s'il veut s'en réserver la connoissance. En ce cas-là, on pourra examiner les raisons de l'un et de l'autre.
Camus-Beaulieu.
A cette lettre est joint ce mémoire :
M. de Saint-Hilaire occupe une maison dans le Petit- Arsenal, que feu son père avoit occupée avant lui. Il est vrai que M. le maréchal de la Meilleraye, père de M. le duc Mazarin, pour lors grand maître de l'artillerie, accorda ce logement à M. de Saint-Hilaire le père. Il lui fut continué par M. de Mazarin et par M. le duc du Lude, en qualité de grand maître. M. le maréchal d'Humières et en dernier lieu Mgr le duc du Maine l'ont accordé à M. de Saint-Hilaire le fils. M. de Saint-Hilaire tient donc cette grâce des grands maîtres, qui ont toujours paru disposer de ce logement en cette qualité, sans qu'il y ait eu sur cela aucune contestation.
II y a environ deux ans qu'un nommé Lecointre, tapis-
sier, locataire de M™® de la Meilleraye d'une partie de maison appartenant au surintendant des salpêtres, fit assigner M. de Saint-Hilaire au bailliage de l'Arsenal pour lui paver le loyer de deux chambres en galetas qui sont au-dessus du logement de M. de Saint-Hilaire, prétendant qu'elles faisoient partie du logement qu'il tient de M™® de la Meilleraye. Il y eut sur cela quelques procédures au bailliage, où il étoit près d'être condamné, quand M. de Mazarin intervint, et, en vertu de son committimus, demanda que la contestation fût renvoyée aux requêtes du Palais.
M. de Saint-Hilaire, voyant bien qu'il n'étoit point partie capable pour contester avec M. de Mazarin sur un droit qui regarde Mgr le duc du Maine comme grand maître de l'artillerie, de qui il tient le logement, a demandé qu'il fût mis en cause. Il y est intervenu, et, comme l'affaire devoit être naturellement jugée au bailliage de l'Arsenal, où elle avoit été portée d'abord, Mgr le duc du Maine a demandé son renvoi des requêtes du palais au bailliage.
Depuis son intervention, M. le duc de Mazarin n'a fait aucune poursuite et s'est contenté de présenter deux mémoires contre M. de Saint-Hilaire, qui n'a aucune part dans cette affaire, où il est question d'un logement dont les grands maîtres ont toujours disposé.
Le Roi accorda en 1687 un brevet à M™^ de Saint- Hilaire la mère de cette maison, lequel brevet n'a point été surpris, comme on l'expose, et il paroît expédié dans la forme ordinaire de tous les autres que le Roi accorde dans l'Arsenal de Paris.
Nous ne savons quelle solution fut donnée à cette affaire.
Supplément a la correspondance de Saint-Hilaire.
Mémoire pour M. de Saint-Hilaire'^.
Saint-Germain, 20 juillet 1679.
Le sieur de Saint-Hilaire, en se transportant à Nancy et à Metz pour y visiter les magasins, vérifiera s'il y a des bombes de 12 pouces de diamètre de bonne qualité.
Il fera scier les pièces d'artillerie qui ne sont pas en état de servir, les fera voiturer à Saint-Quentin et en donnera avis à M. du Metz, afin qu'il les fasse venir à la fonte.
Il laissera à Mézières deux pièces de 24, deux pièces de 16, quatre pièces de 12 et vingt-deux pièces d'autres calibres au-dessous, à proportion de ce qu'il y avoit de boulets dans la place.
Il fera conduire une pièce de 24 à Bouillon, et il peut prendre une de celles qui seront les moins défectueuses.
Il enverra à la fonte les deux pièces de trente.
Il laissera dans Mézières quatre cents boulets pour pièce.
Il envolera h Bouillon deux cents boulets de 24.
Il laissera seulement cent milliers de poudre au Mont- Olympe, quarante milliers de plomb et quarante milliers de mèche; à Mézières, soixante milliers de poudre, quarante milliers de plomb et quarante milliers de mèche.
Il ne laissera à Sedan que soixante milliers de poudre, cinquante milliers de plomb et cinquante milliers de mèche.
Il tirera de Sedan trente mille sacs à terre.
M. de Louvois à M. de Saint-Hilaire^.
Saint-Germain, 2 décembre 1679.
Aussitôt que j'ai reçu votre lettre du 27 du mois passé,