Ainsi qu'il a déjà été dit ci-dessus, p
la campagne suivante n'étoient pas favorables à leurs autres alliés.
Cession des Pays-Bas à l'électeur de Bavière. — Pendant cette année, le roi d'Espagne céda et transporta à l'électeur de Bavière les Pays-Bas espagnols, tels que Charles 11 les avoit possédés, pour lui servir de gages de tous les efforts que les deux Couronnes feroient pour la restitution dans sa dignité et ses États, qu'autrement on jugeoit bien qu'on seroit obligé d'abandonner à l'Autriche*. Après cet abandon bien scellé et bulle ^, comme on dit communément, ce prince partit dans le mois de juin pour aller prendre possession du comté de Namur et du duché de Luxembourg, les deux seules provinces des Pays- Bas qui restoient aux deux Couronnes.
Mort de M. le Dauphin le premier^. — Louis Dauphin de France, le seul fruit du mariage du Roi avec Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, mourut de la petite vérole en son château de Meudon, le 14 avril, âgé de quarante-neuf ans et demi^. Ce prince avoit toujours été fort soumis au Roi son père; il
1. L'acte officiel de donation est daté du 2 janvier 1712; il a été imprimé par Du Mont dans son Corps universel diplomatique, t. VIII, première partie, p, 288-290.
2. Le Dictionnaire de Trévoux dit qu'on employait familièrement cette expression par allusion aux actes de concession de bénéfices faits par le pape, qui étaient authentiqués par un sceau en plomb appelé bulle.
3. Saint-Hilaire l'appelle ainsi pour le distinguer du duc de Bourgogne, qui porta aussi le titre de Dauphin à partir de la mort de son père.
4. Sur la maladie et la mort du grand Dauphin, voyez les Mémoires de Saint-Simon, t. XXI, p. 5 et suivantes.
laissa une haute idée de sa bonté, par les espérances qu'il donnoit d'un règne paisible, après celui d'un roi guerrier ^ et fut regretté universellement.
Mort des maréchaux de Boufflers et de Catinat. — Les maréchaux de Boufflers et de Catinat, l'un jugé plus grand capitaine que l'autre, payèrent aussi cette année le tribut commun - ; et entre les gens de distinction, le célèbre Boileau-Despréaux^.
Le duc d'Albe, ambassadeur d'Espagne, mourut aussi à Paris ^, et le marquis de Leganès, qui étoit exilé depuis du temps à Vincennes^; pareillement le duc de Medina-Gœli, dont j'ai parlé ci-devant^.
Année il 12. — Ouverture des conférences à Utrecht pour la paix. — Quoique les plénipotentiaires des potentats souverains et république d'Hollande inté-
1. Saint-Simon (t. XXI, p. 45 et suivantes) a donné un portrait détaillé du caractère de Monseigneur.
2. Boufflers mourut à Fontainebleau le 22 août 1711, âgé de soixante-huit ans. Quant au maréchal de Catinat, il ne mourut que le 22 février 1712, à soixante-quatorze ans, bien oublié depuis qu'il ne servait plus.
3. Nicolas Boileau-Despréaux mourut le 13 mars 1711 dans sa maison du cloître Notre-Dame et fut inhumé à la Sainte- Chapelle.
4. Il mourut le 28 mai, à trente-neuf ans, après une assez longue maladie; il était à Paris depuis 1703.
5. M. de Leganès, soupçonné de conspiration en 1705, comme il a été dit dans le tome IV, p. 215, avait été arrêté et emprisonné à Bordeaux au Château-Trompette, puis transféré à Vincennes; en 1709, on l'avait remis en liberté, sous condition qu'il demeurerait à Paris. C'est dans cette ville, et non à "Vincennes, qu'il mourut le 28 février, et il fut enterré aux Minimes de la place Royale.
6. Tome V, p. 202. Il mourut dans la citadelle de Pampelune le 26 janvier, et sa mort parut suspecte.
ressés dans cette guerre se fussent presque tous rendus à Utrecht, lieu désigné pour le Congrès, dans le mois de janvier, et que les conférences y eussent été ouvertes le t9 du même mois, on se préparoit de part et d'autre à une vigoureuse campagne en Flandre, où les armées furent très nombreuses. Le prince Eugène y commanda celle des Alliés, dont les troupes angloises faisoient partie sous le duc d'Ormond*, substitué par le nouveau ministère au duc de Marlborough, qui fut tout à fait disgracié. Ce nouveau général, étant arrivé à la Haye, demanda, conformément à ses instructions, au pensionnaire de Hollande, la communication du plan dont on étoit convenu pour les opérations de la campagne, à quoi il ajouta que la reine étoit dans la résolution de pousser la guerre, afin d'obtenir une paix solide. Sur cet article on lui répondit qu'on n'avoit projeté aucun plan particulier et qu'on s'en étoit remis à la prudence des généraux et des députés, qui, étant sur les lieux, pouvoient mieux juger de ce qui seroit le plus expédient pour le bien de la cause commune. On le renvoya aux députés et au prince Eugène, qui étoient déjà partis pour Tournay, quand ce duc arriva à la Haye. Le président de semaine^ lui fit quelques excuses sur ce qu'on avoit déféré le commandement général au prince Eugène et ajouta que le prince et lui, duc d'Ormond, seroient considérés comme égaux en autorité. En arrivant à l'armée, il trouva que les Alliés vouloient prendre poste à Oisy^, sur la Sensée, et a voient projeté de