SECONDE PARTIE
de ces Mémoires, contenant ce qui s'est passé de plus considérable en France sous le règne de Louis XIV, surnommé le Grand, depuis la paix de ISimègue jusques à celle de Ryswijk inclusivement.
i680-i68i. — [La* guerre que le Roi avoit soutenue avec tant de gloire et d'avantage contre presque toutes les puissances de l'Europe jointes ensemble, et qu'il venoit de terminer par une paix avantageuse, négociée avec dextérité, rendit sa puissance formidable par tout le monde. Il crut donc être en état de faire la loi à quiconque il lui plairoit, et peut-être aussi que son courage, sa grandeur et ses prospérités continuelles lui donnèrent les idées de parvenir à la
1. On rappelle que les passages mis entre crochets n'existaient pas dans l'édition de 1766 et sont rétablis d'après les manuscrits.
monarchie univei sellée] Quoi qu'il en soit, il est certain que la paix de Nimèguc ne fut pas plus tôt faite, qu'il conçut de nouveaux projets de s'agrandir ; mais, avant d'entamer cette matière, je rapporterai sommairement la situation où étoient, dans ce temps, les puissances principales de l'Eui'ope.
L'Empereur commençoit d'être troublé par les rebelles d'Hongrie, et le comte Tœkœly^ qui s'étoit mis à leur tête, faisoit déjà des progrès en Hongrie : ce qui donnoit à croire que le Turc se mettroit tientôt de la partie, ainsi qu'il ne manqua pas d'arriver.
Les électeurs de Cologne, de Brandebourg et de Bavière firent de nouveaux traités avec la France ^ La princesse de Bavière, que Mgr le Dauphin épousa^ fut le lien de cette dernière alliance, qui renouvela les inquiétudes de l'Empereur; cai% pendant la guerre précédente, le duc, son père, qui avoit épousé une princesse françoise de la maison de Nemours ^ avoit
1. Voyez tome I, p. 309, note 5, le traité secret avec l'électeur de Brandebourg en cas de vacance du trône inapérial.
2. Émeric, comte Tœkoely, succéda à Rakoczy en 1678 comme chef des Mécontents de Hongrie; il mourut en 1705, retiré en Asie-Mineure.
3. Le Corps diplomatique de Du Mont ne donne pas le texte de ces traités, qui ne furent conclus que dans le courant de 1682 (A. Lebon, Instructions aux ambassadeurs en Bavière,
p. 71 et suiv.).
4 Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière, fille de 1 électeur Ferdinand-Marie, épousa le Dauphin le 28 janvier 1680.
5. C'est une erreur : Ferdinand-Marie, duc de Bavière, avait épousé en 1652 Henriette-Adélaïde de Savoie, sreur du duo Charles-Emmanuel, qui, lui, était marié à Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours, Madame Royale, que nous allons retrouver ci-après, p. 4.
tâché, par ses intrigues et une armée de quinze mille hommes soudoyée par la France, d'exciter des troubles dans l'Empire et d'y former un tiers parti.
La Suède n'avoit pas renouvelé son alliance avec la France, parce qu'elle prétendoit que cette couronne n'avoit pas assez ponctuellement exécuté les conventions qui avoient été stipulées entre les deux royaumes, quoique la France eût lait rendre à la Suède tout ce que ses ennemis lui avoient pris pendant la guerre précédente ^ Au lieu de cette alliance, le Roi en fit une avec le Danemark-, afin d'opposer, dans le besoin, un des deux rois du Nord à l'autre, et de contenir les États voisins.
Pour ce qui est de l'Angleterre, le Roi étoit assuré de l'amitié de ce monarque, et, quoiqu'il fût la plupart du temps brouillé avec son Parlement, il manioit avec tant de dextérité ces esprits difficiles, qu'il n'en craignoit aucun événement forcé.
On avoit grand soin d'entretenir les HoUandois dans la crainte qu'on leur avoit insinuée du prince d'Orange, et ces républicains avoient tant de satisfaction de jouir des fruits de la paix et de l'abondance de leur commerce, qu'ils renouvelèrent d'abord leurs anciens traités avec la France, comme un moyen sur de conserver leur repos et leur tranquillité.
L'Espagne étoit si foible et languissante, que, loin d'être en état de former un parti, elle ne pouvoit se maintenir que par l'intérêt que les autres puissances avoient en sa conservation; mais, comme les motifs