‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 2 sur 210 · Tome I, p · texte numérisé non relu

Tome I, p

2. Le traité fut signé le 25 mars 1682 par l'ambassadeur FouUé de Martangis [Recueil des instructions, p. 44).

indirects sont les moins sensibles, on pouvoit la chagriner impunément avant qu'on eût à craindre le réveil de ceux qui étoient obligés, par leurs propres intérêts, de prendre son parti.

A l'égai^d de l'Italie, (luoique le Roi commençât de se brouiller avec le Pape, on ne prévoyoit pas que ce qui se passoit pût exciter aucun orage dans un pays si divisé par la quantité de souverains qui l'occupent; car, excepté la république de Venise et le grand-duc de Toscane, avec lesquels on étoit en bonne intelligence, et le duc de Savoie, dont la France se tenoit assurée par le moyen de Madame Royale, qui régissoit les États du duc son fils pendant sa minorité *, le reste étoit de peu de considération pai^ rapport à la France.

Pour la Pologne, il est très probable qu'elle auroit été entièrement dévouée à la France, si, avec l'argent qu'on y envoyoit, on eût été un peu plus libéral de certains honneurs que la reine Marie d'Arquien, née Françoise, et qui avoit un grand ascendant sur l'esprit du roi Jean Sobieski, son mari, demandoit en faveur de sa famille habituée en France ^

Les princes de l'Empire étoient assez divisés entre eux, et s'étoient séparés mécontents les uns des autres après la paix, ainsi que toute la Confédération.

Dans cette conjoncture, que le Roi jugea favorable,

1. Marie-Jeanne-Baptiste de Savoie-Nemours (1644-1724) avait perdu son mari en 1675 et exerça la régence jusqu'à la majorité de Victor-Amédée (1682).

2. Saint-Simon a raconté comment le refus de la dignité de duc pour M. d'Arquien, père de la reine, et aussi certaines questions de cérémonial, poussèrent Jean Sobieski à s'allier aux ennemis de la France (Mémoires, éd. Boislisle, t. XV, p. 158j.

1680-1681] MÉMOIRES DE SAINT-HILAIRE. ï

il commença d'exécuter son projet, non par une rupture ouverte, car on ne lui en donnoit aucun sujet, et sa puissance étoit trop redoutée, mais sous le prétexte spécieux d'entrer en possession de ce qui lui appartcnoit. Pour expliquer ce point, je dirai que l'Espagne, par le traité de Nimègue, avoit aussi cédé à la France le comté de Chiny, et, en cela, cette couronne avoit cru donner seulement cinq ou six villages; elle négligea, ou, pour mieux dire, ses ministres, d'en limiter les dépendances, aussi bien que celles des autres pays et villes cédées. Les ministres de l'Empereur firent aussi la même omission en ce qui concernoit les dépendances ou annexes de l'Alsace. Sur ce fondement, le Roi fit fouiller dans tous les vieux archives ^ que ses gens détenoient, tant de la Lorraine que d'autres pays, et on trouva, ou l'on voulut trouver, que presque tout le duché de Luxembourg, et même la capitale, dépendoit du comté de Chiny, [aussi bien que plusieurs petites villes et villages de la Flandre espagnole dépendoient de fiuelques villes et pays cédés]; et, à l'égard de l'Empire, que la ville de Strasbourg étoit une annexe de l'Alsace. On n'en demeura pas là; car, à force de feuilleter ces vieux titres, les intendants des frontières faisoient tous les jours de nouvelles découvertes, dont ils faisoient leur cour au ministre-.

[Ainsi, on prétendit justifier que les anciens évêques

1. Archive était primitivement, et encore au xvi^ siècle, du genre masculin; mais la première édition du Dictionnaire de V Académie, en 1694, le donna du féminin. Ce terme d'ailleurs, au masculin, s'appliquait alors, non pas aux pièces et documents, mais aux bâtiments et locaux qui les contenaient.

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