Colbert mourut le 6 septembre
4 Madame (Correspondance, recueil Jœglé, t. 1, p. ^^-^t>) confirme ces détails de l'hostilité populaire; voyez aussi les documents publiés par Pierre Clément, Lettres de Colbert, t. VII, p. CLXxxix et cxc.
La famille de M. Colbert pensa être culbutée par sa mort et par le crédit de M. de Louvois; mais elle fut sauvée par M""^ de Maintenon, qui commençoit à entrer en grande faveur, et qui représenta sagement au Roi qu'il étoit de son intérêt de conserver ceux de cette famille qui étoient déjà dans le ministère, afin de tempérer l'humeur hautaine de M. de Louvois*. M. de Croissy fut donc continué dans sa charge de secrétaire d'État au département des affaires étrangères, M. de Seignelay confirmé dans celle de feu son père qu'il exerçoit déjà de son vivant^; mais d'Ormoy, son frère, fut débusqué par M. de Louvois de la Surintendance des bâtiments^, dont dépend la direction des arts, des sciences et du commerce, qu'il entendoit [moins qu'on ne fait en France le haut-allemand^]. M. de Louvois eut encore, de la dépouille de M. Colbert, le soin des haras et la garde des pierreries de la couronne^. Ce ministre fit donner les finances à M. le président Pele-
1. La lettre de M"^ de Maintenon du 10 septembre 1683 à M""*^ de Saint-Géran, où elle témoigne de l'iiostilité pour Seignelay, est fausse, ainsi que l'a établi M. Lavallée, Correspondance générale de M"'^ de Maintenon, t. II, p. 317.
2. Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay (1651-1690), avait été associé à son père comme survivancier de la ciiarge de secrétaire d'Etat de la marine dès février 1679.
3. Jules-Armand Colbert (1663-1704), marquis d'Ormoy, puis de Blainville, et plus connu sous ce dernier nom, avait eu la survivance de la Surintendance des bâtiments dès 1672, mais dut céder cette charge à Louvois; il entra dans l'armée et mourut, lieutenant général, à la bataille d'Hochstedt.
4. L'édition de 1766 porte : « Qu'il n'entendoit point du tout. »
5. 11 ne dut pas y avoir de provisions expédiées pour attribuer à Louvois la direction des haras et la garde des pierreries
lier', son parent^, en sorte que, tenant la bourse par les cordons, avec tout le crédit qu'il avoit d'ailleurs, rien ne se faisoit plus que par lui.
Caractère de M. Peletier. — M. Peletier, jusque-là, avoit peu fréquenté la cour; il s'étoit attaché uniquement aux affaires du Palais et s'y étoit acquis la réputation d'un juge intègre et éclairé. Aussi est-iP homme de bien, d'honneur et de bon esprit, mais droit et doux, et aimant le repos, [et {)oint du tout à se surcharger d'affaires]. Aussi, quand il fut une fois attaché à la cour, où la probité la plus confirmée court grand risque, et qu'il se vit chargé d'une quantité d'affaires épineuses et difficiles, et qu'il eut à essuyer l'humeur brusque et impérieuse de M. de Louvois, il se repentit d'avoir (juitté son premier genre de vie. La guerre s'étant rallumée peu d'années après, M. Peletier prévit qu'il seroit obligé d'avoir recours à toutes sortes de moyens forcés pour remplir les coffres du Roi [et contenter l'avidité du ministre de la guerre] . Sa conscience tendre et timorée ne lui permit pas de continuer plus longtemps cette fonction, qu'il abdiqua volontairement. Il se réserva seulement celle de
de la couronne; du nnoins, elles ne furent enregistrées ni au Parlement, ni au secrétariat de la Maison du Roi.
1. Claude Le Peletier (1631-1711) était alors conseiller d'État; il conserva le Contrôle général des finances jusqu'en 1689, mais n'eut une charge de président à mortier au Parlement qu'en
2. Le chancelier Le Tellier, père de Louvois, était cousin issu de germain de M. Le Peletier, par les Chauvelin.
3. Ce présent montre que l'auteur écrivait avant la mort de M. Le Peletier, arrivée en 1711. L'édition de 1766 avait mis cette phrase au passé.
ministre, qu'il exerça encore quelques années avec assiduité et réputation. Puis, il s'en dégoûta par des raisons secrètes ou par amour du repos ; il s'est retiré à une maison de campagne et ne vient plus du tout à
la cour^.
Caractère de M. de Croissy. — Pour M. de Groissy, il fut ministre et secrétaire d'État à son retour de Nimègue, où il avoit été un des plénipotentiaires de France pour la paix^ Il eut la place de M. de Pomponne, qui fut congédié parce qu'on prétendit qu'il avoit omis, dans les instructions des ambassadeurs, certaines choses concernant des villages du Tournaisis, qu'il fallut rendre^. [S'il en fit seul la faute, il y a bien de l'apparence qu'elle lui eût été pardonnée, si M. Colbert n'avoit pas eu un frère à placer dans le ministère.] M. de Croissy étoit fort assidu dans son travail, [et n'a pas plus brillé dans son emploi que son devancier*]. Son humeur étoit austère et chagrine et rebutoit ceux
1. Claude Le Peletier s'était démis des Finances en 1689, mais avait continué à assister au Conseil comme ministre d'Etat. En septembre 1697, il quitta définitivement la cour pour se retirer dans son château de Villeneuve-le-Roi, entre Paris et Corbeil. Voyez le récit de cette retraite et l'éloge qu'a fait de lui Saint- Simon dans ses Mémoires (éd. Boislisle, t. IV, p. 258 et suiv.).