‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 126 sur 210 · Hameau entre Hérinnes et Hal · texte numérisé non relu

Hameau entre Hérinnes et Hal

Certainement, si, dans cette première surprise, qui dura plus d'une heure, le prince d'Orange avoit brusquement poussé sa pointe, toute la Maison du Roi auroit été entièrement défaite ; car elle étoit dans un terrain où elle ne se pouvoit manier, [et réduite à faire plastron de son corps] . Toute l'armée se trouvoit dans une grande confusion; mais, par un bonheur singulier, les ennemis voulurent faire une attaque régulière et attendre la colonne droite de leur infanterie, qui s'étoit égarée pendant sa marche. Ce retardement donna le temps à M. de Luxembourg de faire venir les trois brigades d'infanterie et son artillerie, qu'il avoit envoyé chercher. Elles firent trois lignes : la première doubla sur la brigade de Bourbonnois, les dragons du Roi S pied à terre, étoient à la droite, et le canon à la tête, dans les postes les plus avantageux. Pendant cette manœuvre, M. de Luxembourg craignant d'être encore attaqué par son centre et par la gauche, dont le terrain étoit encore plus mauvais pour la cavalerie, n'osoit la dégarnir d'infanterie; mais, ayant reconnu en peu de temps que l'ennemi se préparoit à faire tous ses efforts sur sa droite, il retira la brigade des gardes d'Enghien, et y envoya celle de Lyonnois, qui étoit moindre, et la fit marcher à la droite avec celle des gardes suisses. Ceux-ci se mirent en quatre et cinq lignes derrière les trois autres, le terrain ne permettant pas de s'étendre davantage. '

Ces dispositions étant faites, le prince d'Orange, ayant achevé les siennes vers une heure après midi, fit commencer les attaques par un feu prodigieux, qui

1. Ce régiment, levé en 1656, était alors commandé par le marquis d'Alègre.

partit de tous les postes occupés près de nos lignes. La droite fut un peu ébranlée, et se remit bientôt par le o-rand soin qu'on y apporta; mais lo centre, sur lequel l'ennemi fit son principal effort, plia. Les trois premières lignes, qui se soutenoient fort près les unes des autres, furent culbutées; les ennemis s'avancèrent sur le terrain qu'elles venoient de perdre, se rendirent maîtres, chemin faisant, d'une batterie de six pièces de canon, plantèrent devant eux les chevaux de frise dont ils se serventS et firent un feu terrible pendant une grosse demi-heure qu'on fut à se reconnoitre.

M. de Luxembourg vit bientôt l'importance qu'il y avoitde débusquer brusquement l'ennemi, et, faisant avancer les brigades des gardes françoises et des gardes suisses, voulut mettre pied à terre pour les mener à la charge; maison l'en empêcha. Monsieur le Duc, lieutenant général de jour, M. le prince de Conti^, M. de Vendôme, le duc de Villeroy^, le marquis de Tilladet^ et le chevalier de Gassion^ se mirent à leur tête, et les

1. Voici ce que dit à ce sujet l'annotateur des Mémoires de Sourches (t. IV, p. 104) : « Ils portoient certains bâtons ferrés par les deux bouts, avec certains rouleaux de bois percés, dans lesquels fourrant ces bâtons, ils formoient tout d'un coup des chevaux de frise, qu'ils mettoient devant eux, et cela étoit bon en certaines occasions. »

2 François-Louis de Bourbon (1664-1709), d'abord prince de la Roche-sur-Yon, avait succédé en 1686 au titre de son aîné.

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