‹ Mémoires de Saint-Hilaire (volume 4)Chapitre 149 sur 210 · C'est 2 juin, et non 2 juillet · texte numérisé non relu

C'est 2 juin, et non 2 juillet

échoués. Ils mirent aussi le feu à quelques bâtiments de transport, les plus éloignés du rivage où 1 inlanterie de l'armée étoit en bataille. Elle eut f «Fct^f ' ainsi que le roi d'Angleterre et le maréchal de Bellefont, sans qu'il fût possible d'y remédier-, et tout ce f^rand dessein s'en alla en fumée.

" Au partir de là, l'armée ennemie alla croiser vers Ouessant. sur les mers de Bretagne, pour s'opposer a la jonction du comte d'Estrées avec le debns de la flotte, et tint quelque temps les vaisseaux retires a Saint-Malo bloqués dans le port, où on les désarma-, et de peur qu'il ne leur arrivât pareil accident, on les ht entrer dans la rivière, où ils furent bien à couvert.

Le roi d'Angleterre revint à Saint-Germam, [aussi triste qu'on le peut bien penser,] et le maréchal de Bellefont demeura pendant toute la campagne poui tarder les côtes. Comme il n'avoit pas besoin de tant de troupes, il eut ordre d'envoyer les Irlandois dans les autres armées, où ils étoient plus nécessaires.

[Le Roi étoit devant Namur lorsqu'il apprit la mauvaise aventure de son armée de mer S et les courtisans peu charitables, blàmoient impitoyablement M. de TourviUe d'avoir été chercher les ennemis avec quarante-quatre vaisseaux, sachant qu'ils en avoient le double ; mais Sa Majesté ferma toutes les bouches en déclarant que c'étoit par son ordre, et quil m avoit commandédelesaller charger fort ou foible : d ouon e confirma que le roi Jacques avoit été trompe et que le nôtre l'avoit bien voulu être, ou avoit été trop crédule.]

1 Vovez, dans les Mémoires de Saint-Simon, t. I, p. 52-54 l.a;;cdot: des deux courriers successils, dont le pre^.er annonça la victoire, et le second la dclaitc.

Campagne de Catalogne. — Le duc de Noailles commanda encore cette année l'armée de France en Catalogne, où il ne se passa rien de considérable. Les deux armées se contentèrent de s'observer mutuellement, et M . de Noailles fut trop foible pour rien entreprendre ; car, lorsque le duc de Savoie entra en Dauphiné, on détacha trois ou quatre mille hommes de l'armée de Catalogne pour venir joindre M. de Catinat, [dont les Espagnols furent ravis ; car ils ne perdirent rien cette année en Catalogne].

[Pendant que je suis sur leur chapitre, 11 faut que j'égaie un peu cet écrit à leurs dépens. Dans ce temps-là, un tailleur de la reine d'Espagne fut déféré aux inquisiteurs de ^ladrid, et aussitôt arrêté par leur ordre. Le sujet étoit assez grave et sérieux ; car on l'accusoit de sortilège sur ce qu'on avoit trouvé du plomb cousu dans les manches d'un des habits de la reine, sur lequel il y avoit quelques caractères imprimés. On examina fort sérieusement ce que ce pouvoit être, et, après une recherche fort exacte, on conclut que ce plomb ne servoit qu'à tenir les manches en état, comme il est d'usage en France, et que, pour cela, le tailleur avoit employé des plombs que les marchands mettent aux étoffes avec leurs marques; mais les inquisiteurs ne vouloient pas se rendre, ni que l'accusé fût relâché, soutenant que ces caractères étoient magiques. Par bonheur pour lui, on trouva le marchand qui vendoit les étoffes : on lui fit reconnoitre et certifier son plomb dans toutes les formes. Après cela, le tailleur fut relâché, malgré le murmure des inquisiteurs, qui, malgré cet éclaircissement, vouloient toujours qu'il y eût en cela de la magie.]

Affaires d'Italie. - Le Roi avoit envoyé cette année en Italie M. de RébenacS pour y négocier. [Quoiqu il n'eut d'autre succès que celui d'être bien reçu dans les cours des princes, et notamment à Rome par le pape Innocent XII, qu'on disoit être grand ami de la France, le ne laisserai pas de rapporter ce qui se passa a ce suiet, afin que, suivant les règles que je me suis prescrites, je n'omette rien de ce qui est venu à ma connoissance d'un peu considérable.]

Le but de la négociation de M. de Rebenac etoit de former en Italie un parti qui pût contraindre les troupes de l'Empereur et celles du prince d'Orange d en sortir. Il s'étendit fort sur l'ambition coutumière de la maison d'Autriche et l'envie qu'elle avoit de subjuguer toute l'Italie, démontrant que les troupes de 1 Empereur Y étoient entrées dans cette vue, et non pour secourir M. de Savoie, qui n'avoit servi que de prétexte ce qu'il s'efforça de prouver par le peu d'égard que les impériaux avoient pour lui à présent qu'ils le tenoient en-a-é, et par les contributions qu'ils exigeoient des princes d'Italie. Il ajouta qu'il étoit facile déjuger, par les vexations et les brigandages que les A lemands exerçoient dans leurs États, que leur principal dessem étoit de les réduire dans l'impuissance de se pouvoir défendre, quand l'Empereur jugeroit à propos de tomber sur eux ; qu'il les exhorloit, pendant qu il en etoit encore temps, de songer à leur propre sûreté et a leurs intérêts les plus intimes; qu'il venoit donc leur offrir, de la part du Roi, une puissante protection et des

1. François de Pas-Feuquière, comte de Rébenac (1649- 1694), avait eu des missions en Suède (1677), puis en Danemark et à Berlin, enfin en Espagne (1688).

armées de terre et de mer si nombreuses et si accoutumées à vaincre, qu'en une seule campagne ils seroient assurés d'être entièrement délivrés du péril imminent dans lequel ils étoient.

Ces princes, [dont la foiblesse est évidente et] qui n'aiment pas la guerre, et encore moins les François, qu'ils craignent et redoutent, ne voulurent point prendre parti, et aimèrent mieux se reposer sur la parole que l'Empereur leur avoient donnée de ne rien entreprendre de contraire à leur liberté et à leur souveraineté, que de se livrer à la France, dont la bonne foi leur étoit suspecte .

M. de Rébenac employa les mêmes discours auprès du Pape, auquel il remontra vivement le péril de la religion catholique, disant que les hérétiques avoient déjà les pieds dans le sanctuaire (c'est ainsi qu'il appeloit l'Italie), où, sous la protection de la maison d'Autriche, ils exerçoient publiquement toutes les fonctions de leur nouvelle religion et répandoient à pleines mains le venin de leur hérésie. [« Qui est-ce, disoit-il, « qui les tient les armes à la main dans l'Italie, tout « prêts à se venger des injures qu'ils prétendent avoir « reçues de l'Église? Qui est-ce qui s'est uni si intime- « ment avec eux, dont s'est déjà ensuivi le détrône- « ment d'un roi si zélé pour la foi? Qui leur fait faire « la guerre à un autre roi qui vient de donner, quoique « contre ses intérêts, de si grandes preuves de son « zèle pour la religion catholique?] C'est la maison « d'Autriche. — Très Saint Père, ajoutoit-il, je ne pré- « tends point pourtant parler de ses augustes chefs ; « leur piété est connue dans tout le monde, et le Roi « mon maitre puniroit sévèrement en moi la faute que

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« je commettrois, si je m'éloignois de mon devoir en « cette occasion; mais c'est de leurs ministres, qui, « toujours poussés d'une ambition outrée et d'une « haine implacable contre la France, ne se soucient « guère de mettre l'Église en un péril évident, pourvu « qu'ils donnent des marques de leur animosité contre « le Roi mon maître.

« Qu'il plaise donc à Votre Sainteté, continua-t-il, « de se ressouvenir du respect et de l'attachement « que les rois de France ont toujours eu pour le saint- « siège, et de l'état auquel la maison d'Autriche a réduit « quelques-uns de ses prédécesseurs. Quel rapport de « l'un à l'autre! Mais, ajouta-t-il, quand j'ai l'honneur « de parler ainsi à Votre Sainteté, ce n'est point que « le Roi mon maître redoute leurs armes; ils savent « combien les siennes sont pesantes, et ce n'est que le « péril évident de l'Église et la désolation de l'Italie qui « le font gémir.

« On leur impute de contribuer à la destruction de « l'Église catholique : qu'ils abandonnent le prince « d'Orange; qu'ils ne remplissent plus l'Itahe de « troupes hérétiques; qu'ils ne protègent plus les pro- « testants. On leur reproche de vouloir s'emparer de « l'Italie et des États qui ne leur appartiennent pas : « qu'ils n'exercent plus de violences. [S'ils trouvent « mauvais qu'on les accuse de manquer de respect « pour le saint-siège, ils ont des troupes dans les tiefs « qui en dépendent : qu'ils les retirent.] Le Roi mon « maître ne veut point par là diminuer le nombre de « ses ennemis; il ne craint point qu'ils viennent l'atta- « quer dans ses propres États : il méprise leurs efforts; « mais il demande que l'Église soit délivrée, au moins

« en Italie, du péril évident qui la menace, et que les « Impériaux cessent de la ravager et d'y établir une « autorité tyrannique, sous le prétexte chimérique des « anciens droits des empereurs. »

[J'ai fait ici le précis de ce discours, qui fut beaucoup plus long et rendu public \ afin de démontrer que les princes mettent toutes pièces en œuvre pour arriver à leur but.]

L'effet de toute cette rhétorique fut que le Pape envoya des brefs à l'Empereur et au roi d'Espagne pour les exhorter à la paix. Leur réponse contint une espèce de récrimination [et servit d'une ample critique à cet écrit]. Ils offrirent toutefois d'entendre à une paix raisonnable, du consentement de leurs alliés.

Le Roi dépêcha M. de Ghamlay en particulier au duc de Savoie, et lui écrivit de sa propre main, pour l'exhorter à une réconciHation. On a dit qu'il ne voulut pas recevoir la lettre, afin de ne pas donner de défiance aux Impériaux. Je ne déciderai point là-dessus; mais je ne feindrai pas de dire qde ce prince, étant dégoûté du mauvais succès qu'il avoit *u en Dauphiné, et des généraux de l'Empereur, qui lui sembloient ne pas assez déférer à ses ordres, [comme aussi de la cour de Vienne, qui ne lui tenoit pas tout ce qu'elle lui avoit promis,] ne tarda guère à se rendre à quelques propositions secrètes. Elles aboutirent depuis à une paix particulière avec la France ; mais il

1. Il n'en courut sans doute que des copies; car ni \a. Bibliothèque historique du P. Lelong ni le Catalogue de la Bibliothèque nationale n'en indiquent l'impression. Les volumes Rome 355, loi. 274, et 356, fol. 86 et 130, renferment divers mémoires de Rébenac sur ce sujet; mais aucun ne correspond exactement au texte donné par notre auteur.

fut trois ans à la marchander, afin de faire ses conditions meilleures, comme je le dirai dans son temps, après avoir déduit toute la trame de cette négociation. [Les partisans en France devenoient de plus en plus en vogue pai' le besoin pressant qu'on en avoit pour soutenir la guerre, et on mit de nouveaux impôts jusque sur l'eau*. Tous les donneurs d'avis étoient bien reçus, et, ce qui parut affreux, c'est que des gens entre les premiers de la cour produisoient ces gens-là au ministre, qui leur en faisoit récompense 2. Ainsi la pauvre France étoit sucée par ces sangsues, qui augmentoient tous les jours comme les insectes au soleil qui leur donne la vie. Aussi le Roi les gorgeoit-il de biens et leur abandonnoit le quart de toutes les levées qui se faisoient, dont un dixième se prenoit sur le public, qui étoit encore accablé des frais que les partisans lui faisoient en la perception des impôts. Ce qu'il y a de surprenant en tout cela, c'est qu'il n'y eut jamais le moindre soulèvement, tant l'autorité du Roi étoit absolue:]

Année 1693. — [Le Roi fit, au commencement de cette année, sept maréchaux de France ^ qui furent le

1. Nous ne savons de quelle mesure ûscale veut parler Saint-Hilaire; nous n'avons trouvé que l'établissement de droits sur les eaux-de-vie en février 1692.

2. C'était ce qu'on appelait le droit d'avis. Saint-Simon cite les principaux personnages de la cour comme ne négligeant pas ces petits bénéfices : notamment, le comte de Marsan, de la maison de Lorraine, la duchesse de Ventadour, la princesse d'Harcourt, le comte de Matignon, le grand écuyer comte d'Armagnac, la maréchale de Noailles, etc.

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